Notre projet sur “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” fait progressivement apparaître des personnages particulièrement importants auxquels nous consacrons donc, sur le même modèle, une fiche détaillée.
« Le sourire moqueur empreint sur ses lèvres le faisait quelquefois mal juger ; mais après un peu de fréquentation, on ne tardait pas à apprécier son esprit délié et enjoué. Il fut aussi le premier gérant du journal L’Atelier, mais sans porter avec lui l’aspect sectaire de la plupart des autres membres du cénacle ; sa figure souriante formait contraste avec l’air constamment grincheux du pontife Corbon1.»

| NOM : LENEVEUX Prénoms : Henri, Charles. N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 2032 mais son nom est masqué d’un papier blanc3. Rôle dans la BAI-III : juste lecteur très temporairement de la BAI-III puis président du comité consultatif et des études de la BAI-XIV4. Donateur de livres dès 1861 à la BAI-III et en 1875 à la BAI-XIV. |
État-civil et famille
Naissance et famille d’origine
Henri LENEVEUX naît à Paris, ancien XIe arrondissement le 10/2/18175. Son père, âgé de 35 ans, est noté professeur d’écriture. Sa mère a 20 ans.
Lors de son baptême, à Saint Pierre de Montrouge (actuel XIVe), il a pour marraine Madame De PONTCHARTRAIN, au service de laquelle sa grand-mère paternelle est attachée6.
Henri LENEVEUX devient enfant unique à l’âge de 5 ans en 1820, suite au décès en nourrice d’un frère âgé de 18 mois7.
Les grands-parents maternels
Georgine (Georgette) RENAUD (REGNAULT) et Jean Baptiste Marie PIGNOT se marient à Paris en 17928.
Le couple réside d’abord à Gray en Haute-Saône, où elle accouche d’un premier enfant pendant qu’il se trouve à Paris en 17959. L’enfant meurt à 2 mois à Gray ; le père, revenu, est commis à l’administration du district10.
Le couple réside ensuite à Montluçon, où naît Marie Louise en 1797. Jean Baptiste Marie meurt d’une fièvre putride à 39 ans le 4/6/1804 à l’hôpital militaire de Lille, dont il est sous-employé de deuxième classe11. Il est noté natif de Paris (vers 1765). Georgine meurt à Paris, ancien IXe arrondissement, le 16 juillet 1804.
La mère de Henri LENEVEUX, Marie Louise PIGNOT, est donc orpheline à 7 ans.
Les grands-parents paternels
Les grands-parents paternels sont tous les deux domestiques. Ils se marient à Paris le 13/10/176812.
Le grand-père Jean Baptiste François meurt le 6/9/1808 dans le château de Saint Barthélémy de Madame de FLAMARENS née du VIGIER, qu’il sert13. Il aurait 73 ans et serait né à Paris vers 1735. à Paris, il habite 6 rue de Varenne dans l’hôtel de Madame de FLAMARENS en tant qu’ancien attaché de Monsieur de FLAMARENS. Figurent dans l’inventaire après décès huit volumes d’une histoire de Marguerite d’ANJOU, prisés 1 franc.
Cette année-là, la grand-mère de LENEVEUX, Marie Magdelaine PIGNEAU est attachée au service de Madame de PONCHARTRAIN. Elle est en outre tutrice de 3 enfants issus de sa fille Marie Sophie Victoire LENEVEUX, épouse de Romain Joseph BEGAT14: Charlotte Gabrielle, Romain Regnault, Marie Louise Gabrielle. Elle demeure au 9 rue Honoré Chevalier chez sa maîtresse. Elle meurt à Puteaux le 7/1/1835 au domicile d’un de ses petits-fils, à 84 ans15. Elle est née vers 1751.
Mariage des parents de Henri LENEVEUX
Les parents se marient à Paris le 17/6/181616. Lui a 35 ans, elle 19. Ils habitent rue Honoré Chevalier, elle au 11, lui au 9.
Le père de LENEVEUX
Jean, François, Henry, Denis est noté sur les actes professeur d’écriture et de mathématiques et une fois professeur de langues. Il naît à Paris le 15/9/1781. En 1808, il séjourne au Portugal. Sa mère n’assiste pas au mariage et donne son consentement par acte notarial. LENEVEUX père est mort avant ses 66 ans et avant 1847 en un lieu non trouvé. Il est noté une fois militaire.
La mère de LENEVEUX
Marie Louise PIGNOT est notée ouvrière en dentelles quand elle se marie. Elle naît à Montluçon d’un père de 32 ans perruquier le 14/11/179717.
Orpheline et mineure anticipée quand elle se marie, c’est son curateur Jean Charles TANIÈRE (3/8/1745, Paris – 12/3/1835, Paris), instituteur, qui est présent. Il est déjà depuis 1808 le subrogé-tuteur d’enfants de la famille LENEVEUX.
Le mariage princier de 1816
Le mariage des parents de Henri LENEVEUX se déroule en grande pompe. C’est le jour du mariage du Duc de BERRY et de Marie-Caroline de NAPLES. En cette occasion, 15 orphelines sont dotées par la municipalité sur vote du conseil municipal. Marie-Louise PIGNOT est choisie par le curé de l’ancien XIe arrondissement. La signature des contrats notariés précisant la dotation de 1200 francs se tient collectivement à l’Hôtel de Ville dans la salle Saint Jean le samedi 15 juin. Le lundi 17, chaque couple se marie dans sa mairie d’arrondissement puis reçoit la bénédiction nuptiale dans l’église de sa paroisse – pour LENEVEUX et PIGNOT l’église Saint Sulpice. En grande pompe, les 15 cortèges réunis entrent dans Notre-Dame pour assister au mariage de l’héritier potentiel de la couronne18.
Le contrat de mariage des parents de Henri Leneveux
Le contrat signé expose la dotation municipale et aussi la partie privée du contrat. Le marié apporte la somme de 1200 francs sous forme de ses meubles, habits, bijoux, linge, instruments de mathématiques, livres et deniers comptants. De plus, il détient une rente de 72 francs inscrite sur le grand livre de la dette publique perpétuelle, provenant de ses gains et épargne. La mariée apporte également 1200 francs sous forme d’habits, linges, bijoux provenant de ses gains et épargnes19.
Évolution professionnelle de la mère
La mère d’Henri LENEVEUX, notée ouvrière en dentelle quand elle se marie, devient éditrice et écrivaine sous son nom marital de Louise LENEVEUX.
Elle publie comme éditeur principalement des écrits de Pierre BOITARD touchant à l’agriculture, comme « les instruments aratoires ».
Elle écrit d’abord des livres de botanique puis des nouvelles « édifiantes » pour les enfants. Un recueil présent au premier catalogue contient une de ses œuvres (voir plus bas).
Elle meurt le 10 février 1876 au 101 avenue d’Orléans, avec pour témoin le mari de sa petite-fille, Charles Mathieu LIMOUSIN20.
Mariage d’Henri LENEVEUX
Il épouse à 31 ans, à la mairie de l’ancien XIe arrondissement, le 4 juillet 1843, Françoise Adélaïde FOUCRIER, 22 ans, née le 6/10/1821 à Paris ancien Xe arrondissement. Le père de Françoise, Jean FOUCRIER, est cuisinier ; sa mère Rose Françoise BERLE est bonnetière21.
Rose Françoise BERLE meurt à 80 ans le 27/2/1869, 101 avenue d’Orléans, à la même adresse que LENEVEUX, qui est témoin22.
Descendance d’Henri LENEVEUX
Le couple LENEVEUX × FOUCRIER a trois enfants :
- Camille, Marie Agathe, née le 9/9/1846 à Paris anc. XIe arrondissement.23. Elle épouse le 14/8/1866 Charles Mathieu LIMOUSIN (24/10/1840, Montaud, ville proche de Saint-Étienne Loire -8/9/1909, Paris XIVe), employé de commerce, âgé de 25 ans. Lors du mariage, elle a 19 ans et est notée coloriste24. Les 4 parents sont présents et Anthime CORBON est témoin. Le père de Charles, Mathieu Antoine est passementier et sa femme est Françoise VIAL. Ils ont deux fils : Charles Antoine Henri, né le 17/3/1868 au 101 route d’Orléans chez ses grands-parents, et Charles Guillaume Georges, né au 114 avenue d’Orléans en 1873.
- Anthime, Alexandre, Henri, né le 12/4/1848, route d’Orléans à Montrouge. Un des deux témoins est Pierre BOITARD25.
- Charles, Adolphe, né le 30/11/1855 à Montrouge, 101 avenue d’Orléans26. En 1891, il habite 144 avenue d’Orléans et est employé27. Il meurt célibataire à 40 ans, le 24/1/1896 à Montrouge28.
Décès d’Henri LENEVEUX et de son épouse
Henri LENEVEUX meurt à 76 ans le 11/5/1893, 122 avenue d’Orléans29. Il choisit d’être incinéré et ses cendres sont déposées au columbarium du Père Lachaise.
Son épouse Françoise Adélaïde FOUCRIER meurt à 72 ans le 6/3/1894 au 84 Boulevard Jourdan, son domicile, Charles Mathieu LIMOUSIN étant témoin30.
Professions
Typographe. Il aurait commencé chez DIDOT en 1833 à 16 ans31.
Compositeur en 184532. Premier gérant du journal L’Atelier, puis membre élu du jury de rédaction33.
En 1848, teneur de livres34. En 1855, teneur de livres ; son épouse est notée coloriste.
En 1850, il collabore au Vote Universel (premier numéro 14/11/1850, bureau 3 rue Jean Jacques Rousseau ; dernier numéro septembre 1851). Il y retrouve Pierre Marie ANDRÉ, futur ami de la BAI-III et BAI-V.
En 1854, il est chez l’imprimeur DUBUISSON35. Il organise alors « la première association en commandite » dans la typographie. Dans un article sur « les écoles pratiques de l’association » publié dans le journal L’Association (page 474) du 15/7/1866, il explique que le terme commandite n’est pas correct. En résumé : « pour réussir une association de production, il faut s’y préparer par des expériences transitoires. Vers 1854, des metteurs en pages d’imprimerie ont choisi de partager la presque intégralité de leurs bonis avec leurs camarades. Des équipes se formèrent autour d’un metteur en page et la nouvelle organisation fut profitable à tous ».
En 1859, LENEVEUX devient éditeur de la Bibliothèque utile : les 123 volumes à 60 centimes sortent chez DUBUISSON jusqu’en 1867, chez PAGNÈRE jusqu’en 1872, chez GERMER-BAILLIÈRE jusqu’en 1884, puis chez ALCAN36.
Les volumes de cette collection sont très présents dans les catalogues des bibliothèques des Amis de l’instruction37.
En 1866, il est noté « prote » d’imprimerie lors du mariage de sa fille ; son épouse est notée coloriste.
En 1867, il quitte son poste de prote chez DUBUISSON38.
En 1869, on le retrouve aux éditions PAGNERRE. C’est alors Madame PAGNERRE qui gère la maison fondée par son époux Laurent, Antoine (1805-1854).
Comptable en 187039.
Publiciste notamment au Siècle, aux Nouvelles diverses, de 1867 à 1870.
En 1891 et 1893 il est receveur d’octroi40.
Adresses connues
- 9 rue Honoré Chevalier en 1817, actuel 6e arrdt.
- 40 rue de Bièvres en 1822, actuel Ve arrdt.
- 15 rue Férou en 1839, actuel VIe arrdt. C’est aussi l’adresse de Madame LENEVEUX, éditrice, en 1837.
- Il habite le XIVe actuel à partir de 1842.
- 101 avenue d’Orléans en 1855 et encore en 1861/1862.
- 144 avenue d’Orléans en 1870 et en 189141.
Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique42.
LENEVEUX a publié en 1855 un Guide-Manuel de la tenue des livres. Une deuxième édition sort en 1862.
LENEVEUX est professeur à la Philotechnique, section de la Sorbonne : d’abord de comptabilité première année en 1861/1862, puis de tenue des livres en 1862/1863.

Il ne figure plus sur la liste des professeurs en 1863/1864.
Fin décembre 1864, il signe le refus de se rallier à l’Association polytechnique avec Louis GRANDEAU (BAI-III puis V), Émile LIONNET (BAI-III puis BAI-V), et Joseph VINOT (BAI-VI)43.
Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique
En 1835, il a 17 ans et organise avec Jules LEROUX une assemblée générale des typographes. Elle se tient clandestinement Chaussée du Maine44. Ils réussissent à faire porter le débat sur la création d’un barème des salaires unique : « le tarif ». LENEVEUX se préoccupera du sujet toute sa vie.
En 1839, il préside le syndicat typographique parisien fondé notamment par un certain LALLEMAND, typographe, et Victor-Eugène Gauthier45. La même année, il fonde une revue corporative, L’Imprimerie, qui paraît du 19/10/1839 au 7/2/1840. Payer l’abonnement donnait droit à une indemnité de 0,75 francs en cas de chômage et de maladie après étude de la situation. Le journal défendait une entente avec les patrons pour sortir de la crise.
En 1840, il adhère au comité de la réforme électorale et signe la pétition : « tout Français qui n’a pas été flétri par un tribunal fait partie de la garde nationale. Tout membre de la garde nationale doit être électeur et éligible46. Il est au comité central en 184147.»
Le 31 mars 1848, LENEVEUX rencontre George SAND et LEDRU-ROLLIN pour une mission de « propagande en province », puis y renonce48. George SAND annoncera la sortie de la Bibliothèque utile dans Le Siècle49.
En 1848, porté par la campagne menée pour les mineurs de la Loire dans le journal L’Atelier, il est candidat aux élections législatives dans ce département. Il reste à Saint-Étienne comme rédacteur gérant de La Sentinelle Populaire (premier numéro juillet 1848 – dernier numéro novembre 1849, en raison de l’état de siège à la suite de l’insurrection à Lyon), ce qui lui vaut quelques problèmes judiciaires50. C’est là qu’il rencontre Antoine LIMOUSIN, père de Charles Mathieu qui deviendra son gendre51.
Sous le Second Empire, il rejoint la fraction modérée de l’opposition républicaine52.
En janvier 1858, il est condamné à 15 jours de prison, 200 francs d’amende et 500 francs de dommages et intérêts et une année de contrainte par corps. LENEVEUX est directeur du journal Les Chroniqueurs parisiens et une plainte pour diffamation a été déposée contre lui par Charles de Brunswick. LENEVEUX dépose un recours en grâce et, après un avis favorable du ministère de l’Intérieur, elle lui est accordée53.
En janvier 1862, il proteste dans L’Opinion Nationale contre l’interdiction au colportage de 6 volumes de la Bibliothèque Utile. On apprend que le colportage dans les gares se fait uniquement par l’intermédiaire de la maison Hachette et que le Vicomte SÉRURIER est rapporteur de la commission54.
En mars 1866, à la demande de Jean-Pierre BÉLUZE, il fait partie du comité de rédaction de L’Association. Il lui envoie sa démission et évoque le départ de Charles LIMOUSIN licencié, de Henri TOLAIN, de CORBON et d’Ernest FRIBOURG devant les difficultés55. Camille BOCQUET et Antoine COHADON de la BAI-V participent au journal.
Maire du XIVe arrondissement quelques jours56. C’est lui qui, en tant que premier maire, proclame la République.

Il a l’occasion pendant ces deux jours de présider la nomination des chefs du « bataillon des typographes ». Élie DUCOUDRAY est nommé maire car LENEVEUX est « empêché de continuer ses fonctions57».
LENEVEUX reste à Paris pendant le premier siège. Le 4 mai, il « fugue chez une vieille cousine à Boissy-Saint-Yon en Seine-et-Oise ». Il choisit de partir pour ne pas avoir de rôle à jouer58.
Élu au conseil municipal de Paris pour le quartier Petit-Montrouge le 24/11/1872. Il siège 9 ans59.

Candidat non élu aux élections législatives de février 1876 :

En 1878, il est présent au 107e anniversaire de Fourier et tient un discours qui réhabilite le travail.
Le 24 juin 1883, il fait les comptes de la librairie des sciences sociales60. Il collabore au Bulletin du mouvement social, dirigé par son gendre Charles LIMOUSIN.
En 1884, il défend le « droit de vote des femmes61.»
Appartenance à une société de bienfaisance, une association
Il appartient à la Société fraternelle des protes.
Il est contributeur du Crédit au travail et membre de la commission de décembre 1865 avec FONTAINE (BAI-III), FRIBOURG Ernest-Édouard (BAI-III et XIV) et LIMOUSIN père (BAI-XIV). Cette commission invite à la création de sociétés d’épargne et de crédit mutuel et propose de l’aide pour la réalisation des projets62.
Adhésion à la Société Franklin
Non identifiée.
Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III
À l’APH, il a notamment pour élève Joseph CHRÉTIEN et Henry BRIÈLE.
Par les associations (voir ci-dessus).
Au journal L’Atelier avec Antoine, Claude FAVELIER, lecteur 77 à la BAI III.
Relations repérées avec d’autres fondateurs de bibliothèques populaires
Avec le Vicomte Sérurier (fondateur de la BAI-VIII).
Éléments biographiques complémentaires
LENEVEUX bénéficie d’une biographie de son vivant dans le Grand dictionnaire universel du XIXe, tome X, 1873, page 359, de Pierre LAROUSSE. Il est aussi cité à plusieurs reprises et présenté par Joseph MAIRET dans ses carnets écrits entre 1839 et 185163.
Il serait allé à l’école primaire d’un village de banlieue et aurait ensuite suivi des cours gratuits du soir64.
LENEVEUX a 13 ans quand sa mère devient éditrice puis autrice.
La vie des LENEVEUX est très liée à celle de Pierre BOITARD au moins à partir de 1832 et jusqu’au décès de BOITARD en 1859.
Pierre BOITARD est un vulgarisateur écrivant principalement sur des sujets de sciences naturelles, ce que fera Louise LENEVEUX, mais élargissant sa compétence à l’impression en taille douce, le métier de cordier ou à l’économie domestique65.
Ils sont à la même adresse rue du cimetière Saint André des Arts (actuelle rue SUGER), les LENEVEUX au 18 et BOITARD au 14 en 1832. Ils vont s’installer à Montrouge dans la partie qui deviendra le quartier « Petit Montrouge » du XIVe. Les LENEVEUX route d’Orléans et BOITARD rue Neuve d’Orléans (actuelle rue Du Couëdic).
Louise LENEVEUX se présente comme une élève de BOITARD sur la page de titre de Petite Botanique élémentaire à l’usage des commençants qui parait en 1844 chez Mme. Vve. MAIRE-NYONS.
Lors du décès de Pierre BOITARD, en 1859, Henri LENEVEUX est témoin66.
Installée 18 rue du-cimetière-Saint-André-des-Arts, Louise LENEVEUX édite principalement des ouvrages pratiques de Pierre BOITARD (1789, Mâcon – 1859, XIVe arrondissement. actuel), comme :
- L’herbier des demoiselles en 1832.
- Les instruments aratoires en 1833. La présentation annonce le début d’une encyclopédie rurale et domestique ou cours complet d’agriculture, d’horticulture ou d’économie domestique, mais le projet n’est pas poursuivi.
Elle écrit notamment :
- Nouveau manuel des fleurs emblématiques, ou leur histoire, leur symbole, leur langage, publié dans les manuels RORET (première édition 1833, 3e édition en 1837).
Elle écrit dans l’introduction :
« Les femmes de l’Orient furent enfermées dans des harems ; en Occident, elles furent soumises à des exigences dont le ridicule et l’injustice les rendent plus véritablement esclaves qu’en Asie. Mais le feu sacré de la liberté brûle dans le cœur d’une jeune fille comme dans celui du républicain le plus indomptable, comme dans celui de tous les êtres vivants. Les femmes, ne pouvant se soustraire à la tyrannie par la force, cherchèrent à lui échapper par la finesse, et l’amour vint aiguiser les armes fournies par la ruse ».
Elle ne se départ pas de sa volonté d’instruire et de moraliser, et invite les enfants à s’éloigner de la fiction.
En 1862, elle écrit un dernier livre, Soirées en famille, qu’elle dédicace à ses deux petits-enfants Camille et Charles. Elle rapporte qu’ils passent des vacances ensemble au bord de la mer en Normandie depuis 12 ans.
LENEVEUX est le premier directeur gérant du journal L’Atelier en septembre 1840. En avril 1844, une société en commandite est créée et c’est Jean-Baptiste-Nicolas PASCAL (1821, Vienne, Isère – 1900, Paris XIVe), ouvrier typographe, qui est le gérant de la société et du journal. L’Atelier publie son dernier numéro le 31 juillet 1850, n’ayant pu trouver les 18 000 francs supplémentaires de cautionnement. LENEVEUX est resté collaborateur permanent pendant 6 années.
En 1859, il fonde la collection éditoriale « la Bibliothèque Utile ». LENEVEUX dans La propagande de l’instruction (voir plus bas) précise :
« Ce ne pouvait être une œuvre de lucre, ni même de retentissement glorieux : le seul désir d’être utile, d’aider à l’affranchissement moral du plus grand nombre, de préparer les voies d’un meilleur avenir pour tous, tel était, tel est encore le seul mobile du sacrifice que la démocratie militante s’est imposé ».
Le catalogue complet comprend 128 volumes édités entre 1859 et 1914. La collection est groupée en 6 catégories : Histoire de France, Pays étrangers, Droit, Philosophie, Sciences, Enseignement-Économie Politique-Arts.
Parmi les auteurs de la collection figurent notamment : Frédéric MORIN (1823-1874) de la BAI-V ; Anthime CORBON (1808-1891) de la BAI-XIV puis XV ; Auguste OTT (1814-1903) de la BAI-XIV ; Maurice CRISTAL (1827-1887) de la BAI-XIV ; Louis COMBES (1822-1881) de la BAI-XIV ; Jules BARNI (1818-1878) de la BAI-XIV ; Jean François ROBINET (1825-1899) de la BAI-VI.
Écrits de la personne :
22 références que l’on peut retrouver dans le catalogue général BnF
LENEVEUX ne semble pas tenir de conférences, mais il travaille et écrit beaucoup. Il lit sûrement, en tout cas il cite MICHELET, La Mer dans La Propagande de l’Instruction, page 120.
Ses écrits sont étudiés encore aujourd’hui67.
- En 1851, il participe à l’Almanach du travail avec CORBON (BAI-XIV puis XV) et PELLARIN (BAI-XIV).
- En 1854, il publie la première édition du Guide-manuel de la tenue des livres de commerce ou traité de comptabilité pratique.
- Il écrit trois volumes pour la collection de la Bibliothèque utile :
- En 1861, De l’instruction en France. Il rédige la deuxième partie : La propagande de l’instruction : études sur les moyens de la propager : il y explique dans le XXe chapitre (page 164) le rôle et les limites de la collection. Il s’agit de participer à l’émancipation des travailleurs.
- En 1872, Le budget du foyer, économie domestique
- En 1879, Paris municipal
- En 1881, Le travail manuel en France
En 1872 dans l’Almanach de la république française de la librairie, deuxième édition publiée 22 ans après la première, il rédige un chapitre ayant pour titre : l’instruction au-delà de l’école primaire. Il y prône l’arrêt de l’éducation religieuse par les maitres. Il souhaite confier aux instituteurs des lectures publiques qui lui semblent abordables par un large public. Il propose la création de bibliothèques communales par souscription adossées à des musées scientifiques confiés aux maitres68.
En 1878, LENEVEUX se prononce dans le Bulletin du mouvement social pour un système de retraite reposant sur des cotisations obligatoires. Toute sa vie il sera préoccupé par ce sujet. Lui-même reprend des fonctions à l’octroi de Paris à un âge avancé69.
LENEVEUX écrit également de la musique. Il compose par exemple une partition pour la chanson « la typographienne » en 1844, mais sa partition n’est pas choisie70. La Typographienne a été chantée dans tous les banquets typographiques à partir de septembre 1844.
Il chante aux banquets de la société des protes en mai 1878 deux chansons de M. Leconte, et “Le Vin bleu du Père Michel“, une “gaudriole désopilante71.”
Il reçoit le ruban d’officier d’académie sur la demande de la Société des protes en août 1881.
Fiche publiée le 12/09/2026.
Auteur : Louise OUDIN
- Portrait par Joseph MAIRET à la page 221 des Carnets de Joseph MAIRET, ouvrier typographe publié par la fédération des travailleurs des industries du livre en 1995. [↩]
- Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
- Pierre FAROUILH et Danièle MAJCHRZAK, “Promenade sur les pas des premiers lecteurs de la BAI-III”, communication au colloque de 2014. Les auteurs soulignent que 7 lignes ont été recouvertes d’un papier blanc. On discerne le nom de LENEVEUX ainsi que son adresse avenue d’Orléans. [↩]
- CR BAI-XIV 1873. [↩]
- AD75, acte de l’état civil reconstitué, naissance, 11/2/1817, page 25/51. [↩]
- Information communiquée par la famille. [↩]
- AD28, Favières, NMD, 1809-1824, page 252/314. [↩]
- AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds ANDRIVEAU, 21/8/1792. [↩]
- AD70, Gray, 1794/1794, page 67/87. [↩]
- AD70, Gray, 1795/1795, page 70/75. [↩]
- AD59, Lille, décès 1805-1806, page 193/1007, acte 2178. [↩]
- AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds Andriveau, 13/10/1768. [↩]
- AD77, Saint Barthélémy, N.M.D., an X-1812, page 151/253. [↩]
- AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds Andriveau, 16/9/1800. [↩]
- AD92, Puteaux, décès, 1835, page 2/15, acte 1. [↩]
- AD 75, acte de l’état civil reconstitué, mariage, 17/6/1816, page 5/44. [↩]
- AD03, Montluçon, Greffe, N, 1796/1803, page 57/265, acte 21. [↩]
- Gazette nationale ou le Moniteur universel, 19/6/1816. [↩]
- AN, MC/ET/XCIII/364, minutes de Maître Marchoux, mariage de Jean François Henri Leneveux, professeur d’écriture et de langue, 9, rue Honoré-Chevalier, avec Marie Louise Pignot, 11, même rue. [↩]
- AD75, décès, XIVe, page 13/31, acte 321. [↩]
- AD75, état civil reconstitué, actes, mariage, page 32/51. [↩]
- AD75, Décès, XIVe, page 3/31, acte 551. [↩]
- AD 75, état civil reconstitué, actes, page 29/51. [↩]
- AD75, mariage, XIVe arrondissement, page 24/31, acte 304. [↩]
- AD92, page 17/54, acte 82. [↩]
- AD92, Montrouge, naissances, 1855, page 99/123, acte 463. [↩]
- LE Paris 91 par Ancestry. [↩]
- AD92, Montrouge, décès, 1896, page 6/70, acte 18. [↩]
- AD75, décès, XIVe, 1893, page 4/18, acte 2000. [↩]
- AD75, état civil, décès, XIVe, 1894, page 5/19, acte 944. [↩]
- Notice LENEVEUX, MAITRON. [↩]
- L’Atelier de février 1845. [↩]
- Gazette de France, 22/2/1845. [↩]
- L’Atelier du 21/5/1848. [↩]
- Jean Baptiste Éloi : né le 23/12/1818 Libourne, Gironde, résidant 5 rue du Coq-Héron, Ier arrondissement., brevet à résidence le 11 mars 1851, décédé le 13/5/1887, Ier arrondissement, même adresse. [↩]
- “La Bibliothèque utile, une collection de vulgarisation pour autodidactes”, Barbara DIMOPOULOU et Jean-Jacques TOMASSO, Les Études Sociales, 2022. [↩]
- Intervention de Selma Munoz-Antimes à la journée sur “Les collections éditoriales dans les bibliothèques d’entreprises, d’associations, d’institutions, les bibliothèques militantes et politiques : Productions sérielles, lectorats pluriels (Europe-Amériques, XIXe-XXIe siècles)”, organisée par Patricia Sorel le 21 mars 2025 au Pôle Métiers du livre de Saint-Cloud. [↩]
- La Typologie-Tucker, novembre 1875. [↩]
- Grand dictionnaire universel du XIXe, tome X, 1873, page 359/1498 de Pierre LAROUSSE. [↩]
- Liste électorale de Paris en 1891 et acte de décès. [↩]
- Liste électorale de Paris 1891. [↩]
- Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952 ; il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
- Voir sur ce carnet : “Des liens historiques étroits entre les premières bibliothèques des amis de l’instruction et l’Association philotechnique” par Agnès SANDRAS et Louise OUDIN. [↩]
- Paul CHAUVET, Les ouvriers du livre en France, Librairie Rivière et Cie, 1956, page 126. [↩]
- Bulletin officiel de l’union syndicale des maîtres imprimeurs, n°12. [↩]
- La Gazette de France, 31/8/1840. [↩]
- La Gazette de France, 8/7/1841. [↩]
- George SAND, Souvenirs et idées, page 9. [↩]
- Le Siècle, 16/2/1859. [↩]
- Jugement dans L’Avenir Républicain du 13/12/1848. [↩]
- Information communiquée par la famille. [↩]
- Georges DUVEAU, La Vie ouvrière en France sous le Second Empire, Gallimard, 1946. [↩]
- AN, Contrôle de la presse, de la librairie et du colportage sous le Second Empire, F/18/280. [↩]
- L’Opinion Nationale, 11/1/1862. [↩]
- H.-CH. LENEVEUX. Two Autograph Letters Signed to Jean-Pierre Beluze, dated March 6 and July 4, 1866, on stationary of the ‘Bibliothèque utile’, concerning the Association des Ouvriers. 2 pieces. 2 pp. and 1, (1 blank) pp. 4to. 1 folder. 1866. International Institute of Social History. [↩]
- Les Murailles politiques françaises : du 5 au 8 septembre 1870. [↩]
- Le Pays, 11/9/1870. [↩]
- Lettres à Madame PAGNERRE, 9 pièces 1865-1872. AN, 67AP/12 dossier 7. [↩]
- Élections du 24/11/1872, 29/11/1874, 6/1/1878 dans Nos Édiles, Ernest Gay, 1895. [↩]
- AN, 10 AS 32, cité par Bernard DESMARS dans Militant de l’utopie, Les Presses du réel, 2010. [↩]
- Le droit des femmes, 1884. [↩]
- Histoire générale de la coopération en France. Les Idées et les Fait, Tome 1 : Les Hommes et les Œuvres, par Jean Gaumont. Fédération Nationale des Coopératives de consommation, 1923. [↩]
- Les Carnets de Joseph MAIRET, ouvrier typographe, ouvrage publié à l’initiative de la Fédération des travailleurs du livre, 1995. [↩]
- Notice MAITRON. [↩]
- Voir ses œuvres dans DataBnF. [↩]
- AD92, Montrouge, Décès ,1859, acte 522, page 89/139. [↩]
- Isabelle OLIVERO, L’invention de la collection, éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1999. Michel HUTEAU, “Deux ouvriers autodidactes et l’orientation professionnelle : Anthime Corbon (1808-1891) et Henri Leneveux (1817-1893)”, L’orientation scolaire et professionnelle [En ligne]. [↩]
- Almanach de la République française pour 1872, librairie Pagnerre. [↩]
- Signalé par Bernard DESMARS dans Militants de l’utopie, Les presses du réel, 2010. [↩]
- “CHANSON LA TYPOGRAPHIENNE“, paroles d’Auguste BOUCHET, musique d’Edmond BONNET, page 19, bulletin de l’Institut CGT de l’histoire sociale du livre parisien, mars 2020. [↩]
- L’imprimerie : journal de la typographie, de la lithographie et des arts accessoires, 1/5/1878. [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Louise Oudin (12 septembre 2026). LENEVEUX, Henri, Charles (1817-1893). Bibliothèques populaires. Consulté le 16 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16rl5