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LENEVEUX, Henri, Charles (1817-1893)

Notre projet sur “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” fait progressivement apparaître des personnages particulièrement importants auxquels nous consacrons donc, sur le même modèle, une fiche détaillée.

« Le sourire moqueur empreint sur ses lèvres le faisait quelquefois mal juger ; mais après un peu de fréquentation, on ne tardait pas à apprécier son esprit délié et enjoué. Il fut aussi le premier gérant du journal L’Atelier, mais sans porter avec lui l’aspect sectaire de la plupart des autres membres du cénacle ; sa figure souriante formait contraste avec l’air constamment grincheux du pontife Corbon1.»

Henri Leneveux. Cliché aimablement fourni par la famille.

 

NOM : LENEVEUX

Prénoms : Henri, Charles.

N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 2032 mais son nom est masqué d’un papier blanc3.  

Rôle dans la BAI-III : juste lecteur très temporairement de la BAI-III puis président du comité consultatif et des études de la BAI-XIV4. Donateur de livres dès 1861 à la BAI-III et en 1875 à la BAI-XIV.

État-civil et famille

Naissance et famille d’origine

Henri LENEVEUX naît à Paris, ancien XIe arrondissement le 10/2/18175. Son père, âgé de 35 ans, est noté professeur d’écriture. Sa mère a 20 ans.

Lors de son baptême, à Saint Pierre de Montrouge (actuel XIVe), il a pour marraine Madame De PONTCHARTRAIN, au service de laquelle sa grand-mère paternelle est attachée6.

Henri LENEVEUX devient enfant unique à l’âge de 5 ans en 1820, suite au décès en nourrice d’un frère âgé de 18 mois7.

Les grands-parents maternels

Georgine (Georgette) RENAUD (REGNAULT) et Jean Baptiste Marie PIGNOT se marient à Paris en 17928.

Le couple réside d’abord à Gray en Haute-Saône, où elle accouche d’un premier enfant pendant qu’il se trouve à Paris en 17959. L’enfant meurt à 2 mois à Gray ; le père, revenu, est commis à l’administration du district10.

Le couple réside ensuite à Montluçon, où naît Marie Louise en 1797. Jean Baptiste Marie meurt d’une fièvre putride à 39 ans le 4/6/1804 à l’hôpital militaire de Lille, dont il est sous-employé de deuxième classe11. Il est noté natif de Paris (vers 1765). Georgine meurt à Paris, ancien IXe arrondissement, le 16 juillet 1804.

La mère de Henri LENEVEUX, Marie Louise PIGNOT, est donc orpheline à 7 ans.

Les grands-parents paternels

Les grands-parents paternels sont tous les deux domestiques. Ils se marient à Paris le 13/10/176812.

Le grand-père Jean Baptiste François meurt le 6/9/1808 dans le château de Saint Barthélémy de Madame de FLAMARENS née du VIGIER, qu’il sert13. Il aurait 73 ans et serait né à Paris vers 1735. à Paris, il habite 6 rue de Varenne dans l’hôtel de Madame de FLAMARENS en tant qu’ancien attaché de Monsieur de FLAMARENS. Figurent dans l’inventaire après décès huit volumes d’une histoire de Marguerite d’ANJOU, prisés 1 franc.

Cette année-là, la grand-mère de LENEVEUX, Marie Magdelaine PIGNEAU est attachée au service de Madame de PONCHARTRAIN. Elle est en outre tutrice de 3 enfants issus de sa fille Marie Sophie Victoire LENEVEUX, épouse de Romain Joseph BEGAT14: Charlotte Gabrielle, Romain Regnault, Marie Louise Gabrielle. Elle demeure au 9 rue Honoré Chevalier chez sa maîtresse. Elle meurt à Puteaux le 7/1/1835 au domicile d’un de ses petits-fils, à 84 ans15. Elle est née vers 1751.

Mariage des parents de Henri LENEVEUX

Les parents se marient à Paris le 17/6/181616. Lui a 35 ans, elle 19. Ils habitent rue Honoré Chevalier, elle au 11, lui au 9.

Le père de LENEVEUX

Jean, François, Henry, Denis est noté sur les actes professeur d’écriture et de mathématiques et une fois professeur de langues. Il naît à Paris le 15/9/1781. En 1808, il séjourne au Portugal. Sa mère n’assiste pas au mariage et donne son consentement par acte notarial. LENEVEUX père est mort avant ses 66 ans et avant 1847 en un lieu non trouvé. Il est noté une fois militaire.

La mère de LENEVEUX

Marie Louise PIGNOT est notée ouvrière en dentelles quand elle se marie. Elle naît à Montluçon d’un père de 32 ans perruquier le 14/11/179717.

Orpheline et mineure anticipée quand elle se marie, c’est son curateur Jean Charles TANIÈRE (3/8/1745, Paris – 12/3/1835, Paris), instituteur, qui est présent. Il est déjà depuis 1808 le subrogé-tuteur d’enfants de la famille LENEVEUX.

Le mariage princier de 1816

Le mariage des parents de Henri LENEVEUX se déroule en grande pompe. C’est le jour du mariage du Duc de BERRY et de Marie-Caroline de NAPLES. En cette occasion, 15 orphelines sont dotées par la municipalité sur vote du conseil municipal. Marie-Louise PIGNOT est choisie par le curé de l’ancien XIe arrondissement. La signature des contrats notariés précisant la dotation de 1200 francs se tient collectivement à l’Hôtel de Ville dans la salle Saint Jean le samedi 15 juin. Le lundi 17, chaque couple se marie dans sa mairie d’arrondissement puis reçoit la bénédiction nuptiale dans l’église de sa paroisse – pour LENEVEUX et PIGNOT l’église Saint Sulpice. En grande pompe, les 15 cortèges réunis entrent dans Notre-Dame pour assister au mariage de l’héritier potentiel de la couronne18.

Le contrat de mariage des parents de Henri Leneveux

Le contrat signé expose la dotation municipale et aussi la partie privée du contrat. Le marié apporte la somme de 1200 francs sous forme de ses meubles, habits, bijoux, linge, instruments de mathématiques, livres et deniers comptants. De plus, il détient une rente de 72 francs inscrite sur le grand livre de la dette publique perpétuelle, provenant de ses gains et épargne. La mariée apporte également 1200 francs sous forme d’habits, linges, bijoux provenant de ses gains et épargnes19.

Évolution professionnelle de la mère

La mère d’Henri LENEVEUX, notée ouvrière en dentelle quand elle se marie, devient éditrice et écrivaine sous son nom marital de Louise LENEVEUX.

Elle publie comme éditeur principalement des écrits de Pierre BOITARD touchant à l’agriculture, comme « les instruments aratoires ».

Elle écrit d’abord des livres de botanique puis des nouvelles « édifiantes » pour les enfants. Un recueil présent au premier catalogue contient une de ses œuvres (voir plus bas).

Elle meurt le 10 février 1876 au 101 avenue d’Orléans, avec pour témoin le mari de sa petite-fille, Charles Mathieu LIMOUSIN20.

Mariage d’Henri LENEVEUX

Il épouse à 31 ans, à la mairie de l’ancien XIe arrondissement, le 4 juillet 1843, Françoise Adélaïde FOUCRIER, 22 ans, née le 6/10/1821 à Paris ancien Xe arrondissement. Le père de Françoise, Jean FOUCRIER, est cuisinier ; sa mère Rose Françoise BERLE est bonnetière21.

Rose Françoise BERLE meurt à 80 ans le 27/2/1869, 101 avenue d’Orléans, à la même adresse que LENEVEUX, qui est témoin22.

Descendance d’Henri LENEVEUX

Le couple LENEVEUX × FOUCRIER a trois enfants :

  •    Camille, Marie Agathe, née le 9/9/1846 à Paris anc. XIe arrondissement.23. Elle épouse le 14/8/1866 Charles Mathieu LIMOUSIN (24/10/1840, Montaud, ville proche de Saint-Étienne Loire -8/9/1909, Paris XIVe), employé de commerce, âgé de 25 ans. Lors du mariage, elle a 19 ans et est notée coloriste24. Les 4 parents sont présents et Anthime CORBON est témoin. Le père de Charles, Mathieu Antoine est passementier et sa femme est Françoise VIAL. Ils ont deux fils : Charles Antoine Henri, né le 17/3/1868 au 101 route d’Orléans chez ses grands-parents, et Charles Guillaume Georges, né au 114 avenue d’Orléans en 1873.
  •  Anthime, Alexandre, Henri, né le 12/4/1848, route d’Orléans à Montrouge. Un des deux témoins est Pierre BOITARD25.
  •  Charles, Adolphe, né le 30/11/1855 à Montrouge, 101 avenue d’Orléans26. En 1891, il habite 144 avenue d’Orléans et est employé27. Il meurt célibataire à 40 ans, le 24/1/1896 à Montrouge28.

Décès d’Henri LENEVEUX et de son épouse

Henri LENEVEUX meurt à 76 ans le 11/5/1893, 122 avenue d’Orléans29. Il choisit d’être incinéré et ses cendres sont déposées au columbarium du Père Lachaise.

Son épouse Françoise Adélaïde FOUCRIER meurt à 72 ans le 6/3/1894 au 84 Boulevard Jourdan, son domicile, Charles Mathieu LIMOUSIN étant témoin30.

Professions

Typographe. Il aurait commencé chez DIDOT en 1833 à 16 ans31.

Compositeur en 184532. Premier gérant du journal L’Atelier, puis membre élu du jury de rédaction33.

En 1848, teneur de livres34. En 1855, teneur de livres ; son épouse est notée coloriste.

En 1850, il collabore au Vote Universel (premier numéro 14/11/1850, bureau 3 rue Jean Jacques Rousseau ; dernier numéro septembre 1851). Il y retrouve Pierre Marie ANDRÉ, futur ami de la BAI-III et BAI-V.

En 1854, il est chez l’imprimeur DUBUISSON35. Il organise alors « la première association en commandite » dans la typographie. Dans un article sur « les écoles pratiques de l’association » publié dans le journal L’Association (page 474) du 15/7/1866, il explique que le terme commandite n’est pas correct. En résumé : « pour réussir une association de production, il faut s’y préparer par des expériences transitoires. Vers 1854, des metteurs en pages d’imprimerie ont choisi de partager la presque intégralité de leurs bonis avec leurs camarades. Des équipes se formèrent autour d’un metteur en page et la nouvelle organisation fut profitable à tous ».

En 1859, LENEVEUX devient éditeur de la Bibliothèque utile : les 123 volumes à 60 centimes sortent chez DUBUISSON jusqu’en 1867, chez PAGNÈRE jusqu’en 1872, chez GERMER-BAILLIÈRE jusqu’en 1884, puis chez ALCAN36.

Les volumes de cette collection sont très présents dans les catalogues des bibliothèques des Amis de l’instruction37.

En 1866, il est noté « prote » d’imprimerie lors du mariage de sa fille ; son épouse est notée coloriste.

En 1867, il quitte son poste de prote chez DUBUISSON38.

En 1869, on le retrouve aux éditions PAGNERRE. C’est alors Madame PAGNERRE qui gère la maison fondée par son époux Laurent, Antoine (1805-1854).

Comptable en 187039.

Publiciste notamment au Siècle, aux Nouvelles diverses, de 1867 à 1870.

En 1891 et 1893 il est receveur d’octroi40.

Adresses connues

  •           9 rue Honoré Chevalier en 1817, actuel 6e arrdt.
  •           40 rue de Bièvres en 1822, actuel Ve arrdt.
  •           15 rue Férou en 1839, actuel VIe arrdt. C’est aussi l’adresse de Madame LENEVEUX, éditrice, en 1837.
  •           Il habite le XIVe actuel à partir de 1842.
  •        101 avenue d’Orléans en 1855 et encore en 1861/1862.
  •           144 avenue d’Orléans en 1870 et en 189141.

Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique42.

LENEVEUX a publié en 1855 un Guide-Manuel de la tenue des livres. Une deuxième édition sort en 1862.

LENEVEUX est professeur à la Philotechnique, section de la Sorbonne : d’abord de comptabilité première année en 1861/1862, puis de tenue des livres en 1862/1863.

Palmarès de l'Association philotechnique. Recueil. BnF. Cliché A. Sandras
Palmarès de l’Association philotechnique. Recueil. BnF. Cliché A. Sandras

Il ne figure plus sur la liste des professeurs en 1863/1864.

Fin décembre 1864, il signe le refus de se rallier à l’Association polytechnique avec Louis GRANDEAU (BAI-III puis V), Émile LIONNET (BAI-III puis BAI-V), et Joseph VINOT (BAI-VI)43.

Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique

En 1835, il a 17 ans et organise avec Jules LEROUX une assemblée générale des typographes. Elle se tient clandestinement Chaussée du Maine44. Ils réussissent à faire porter le débat sur la création d’un barème des salaires unique : « le tarif ». LENEVEUX se préoccupera du sujet toute sa vie.

En 1839, il préside le syndicat typographique parisien fondé notamment par un certain LALLEMAND, typographe, et Victor-Eugène Gauthier45. La même année, il fonde une revue corporative, L’Imprimerie, qui paraît du 19/10/1839 au 7/2/1840. Payer l’abonnement donnait droit à une indemnité de 0,75 francs en cas de chômage et de maladie après étude de la situation. Le journal défendait une entente avec les patrons pour sortir de la crise.

En 1840, il adhère au comité de la réforme électorale et signe la pétition : « tout Français qui n’a pas été flétri par un tribunal fait partie de la garde nationale. Tout membre de la garde nationale doit être électeur et éligible46. Il est au comité central en 184147.»

Le 31 mars 1848, LENEVEUX rencontre George SAND et LEDRU-ROLLIN pour une mission de « propagande en province », puis y renonce48. George SAND annoncera la sortie de la Bibliothèque utile dans Le Siècle49.

En 1848, porté par la campagne menée pour les mineurs de la Loire dans le journal L’Atelier, il est candidat aux élections législatives dans ce département. Il reste à Saint-Étienne comme rédacteur gérant de La Sentinelle Populaire (premier numéro juillet 1848 – dernier numéro novembre 1849, en raison de l’état de siège à la suite de l’insurrection à Lyon), ce qui lui vaut quelques problèmes judiciaires50. C’est là qu’il rencontre Antoine LIMOUSIN, père de Charles Mathieu qui deviendra son gendre51.

Sous le Second Empire, il rejoint la fraction modérée de l’opposition républicaine52.

En janvier 1858, il est condamné à 15 jours de prison, 200 francs d’amende et 500 francs de dommages et intérêts et une année de contrainte par corps. LENEVEUX est directeur du journal Les Chroniqueurs parisiens et une plainte pour diffamation a été déposée contre lui par Charles de Brunswick. LENEVEUX dépose un recours en grâce et, après un avis favorable du ministère de l’Intérieur, elle lui est accordée53.

En janvier 1862, il proteste dans L’Opinion Nationale contre l’interdiction au colportage de 6 volumes de la Bibliothèque Utile. On apprend que le colportage dans les gares se fait uniquement par l’intermédiaire de la maison Hachette et que le Vicomte SÉRURIER est rapporteur de la commission54.

En mars 1866, à la demande de Jean-Pierre BÉLUZE, il fait partie du comité de rédaction de L’Association. Il lui envoie sa démission et évoque le départ de Charles LIMOUSIN licencié, de Henri TOLAIN, de CORBON et d’Ernest FRIBOURG devant les difficultés55. Camille BOCQUET et Antoine COHADON de la BAI-V participent au journal.

Maire du XIVe arrondissement quelques jours56. C’est lui qui, en tant que premier maire, proclame la République.

[Proclamation du maire provisoire du XIVe arrondissement, invitant ses administrés à concentrer leurs pensées sur la défense de Paris et à inaugurer la République des États-Unis d’Europe, signée : H. Leneveux, Élie Ducoudray, Charles Limousin, Alfred Deberlé.] [Texte imprimé]. Publication : Paris : impr. de A.-E. Rochette, (1870). BnF, cote FOL-LB57-273. Cliché Louise Oudin

Il a l’occasion pendant ces deux jours de présider la nomination des chefs du « bataillon des typographes ». Élie DUCOUDRAY est nommé maire car LENEVEUX est « empêché de continuer ses fonctions57».

LENEVEUX reste à Paris pendant le premier siège. Le 4 mai, il « fugue chez une vieille cousine à Boissy-Saint-Yon en Seine-et-Oise ». Il choisit de partir pour ne pas avoir de rôle à jouer58.

Élu au conseil municipal de Paris pour le quartier Petit-Montrouge le 24/11/1872. Il siège 9 ans59.

Élections municipales du 24 novembre 1872. Quartier du Petit-Montrouge. Candidature Leneveux – Paris, Imprimerie Cusset et Cie, 1872. AFF14806 (12). L’Argonnaute – Bibliothèque numérique de la Contemporaine

Candidat non élu aux élections législatives de février 1876 :

 

Élections législatives du 20 février 1876, Paris, Typographie et lithographie Ves Renou, Maulde et Coc, 1876. Profession de foi de H. Leneveux – Cote AFF10090 -L’Argonnaute – Bibliothèque numérique de la Contemporaine

En 1878, il est présent au 107e anniversaire de Fourier et tient un discours qui réhabilite le travail.

Le 24 juin 1883, il fait les comptes de la librairie des sciences sociales60. Il collabore au Bulletin du mouvement social, dirigé par son gendre Charles LIMOUSIN.

En 1884, il défend le « droit de vote des femmes61.»

Appartenance à une société de bienfaisance, une association

Il appartient à la Société fraternelle des protes.

Il est contributeur du Crédit au travail et membre de la commission de décembre 1865 avec FONTAINE (BAI-III), FRIBOURG Ernest-Édouard (BAI-III et XIV) et LIMOUSIN père (BAI-XIV). Cette commission invite à la création de sociétés d’épargne et de crédit mutuel et propose de l’aide pour la réalisation des projets62.

Adhésion à la Société Franklin

Non identifiée.

Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III

À l’APH, il a notamment pour élève Joseph CHRÉTIEN et Henry BRIÈLE.

Par les associations (voir ci-dessus).

Au journal L’Atelier avec Antoine, Claude FAVELIER, lecteur 77 à la BAI III.

Relations repérées avec d’autres fondateurs de bibliothèques populaires

Avec le Vicomte Sérurier (fondateur de la BAI-VIII).

Éléments biographiques complémentaires

LENEVEUX bénéficie d’une biographie de son vivant dans le Grand dictionnaire universel du XIXe, tome X, 1873, page 359, de Pierre LAROUSSE. Il est aussi cité à plusieurs reprises et présenté par Joseph MAIRET dans ses carnets écrits entre 1839 et 185163.

Il serait allé à l’école primaire d’un village de banlieue et aurait ensuite suivi des cours gratuits du soir64.

LENEVEUX a 13 ans quand sa mère devient éditrice puis autrice.

La vie des LENEVEUX est très liée à celle de Pierre BOITARD au moins à partir de 1832 et jusqu’au décès de BOITARD en 1859.

Pierre BOITARD est un vulgarisateur écrivant principalement sur des sujets de sciences naturelles, ce que fera Louise LENEVEUX, mais élargissant sa compétence à l’impression en taille douce, le métier de cordier ou à l’économie domestique65.

Ils sont à la même adresse rue du cimetière Saint André des Arts (actuelle rue SUGER), les LENEVEUX au 18 et BOITARD au 14 en 1832. Ils vont s’installer à Montrouge dans la partie qui deviendra le quartier « Petit Montrouge » du XIVe. Les LENEVEUX route d’Orléans et BOITARD rue Neuve d’Orléans (actuelle rue Du Couëdic).

Louise LENEVEUX se présente comme une élève de BOITARD sur la page de titre de Petite Botanique élémentaire à l’usage des commençants qui parait en 1844 chez Mme. Vve. MAIRE-NYONS.

Lors du décès de Pierre BOITARD, en 1859, Henri LENEVEUX est témoin66.

 Installée 18 rue du-cimetière-Saint-André-des-Arts, Louise LENEVEUX édite principalement des ouvrages pratiques de Pierre BOITARD (1789, Mâcon – 1859, XIVe arrondissement. actuel), comme :

  • L’herbier des demoiselles en 1832.
  • Les instruments aratoires en 1833. La présentation annonce le début d’une encyclopédie rurale et domestique ou cours complet d’agriculture, d’horticulture ou d’économie domestique, mais le projet n’est pas poursuivi.

Elle écrit notamment :

Elle écrit dans l’introduction :

« Les femmes de l’Orient furent enfermées dans des harems ; en Occident, elles furent soumises à des exigences dont le ridicule et l’injustice les rendent plus véritablement esclaves qu’en Asie. Mais le feu sacré de la liberté brûle dans le cœur d’une jeune fille comme dans celui du républicain le plus indomptable, comme dans celui de tous les êtres vivants. Les femmes, ne pouvant se soustraire à la tyrannie par la force, cherchèrent à lui échapper par la finesse, et l’amour vint aiguiser les armes fournies par la ruse ».

Elle ne se départ pas de sa volonté d’instruire et de moraliser, et invite les enfants à s’éloigner de la fiction.

En 1862, elle écrit un dernier livre, Soirées en famille, qu’elle dédicace à ses deux petits-enfants Camille et Charles. Elle rapporte qu’ils passent des vacances ensemble au bord de la mer en Normandie depuis 12 ans.

LENEVEUX est le premier directeur gérant du journal L’Atelier en septembre 1840. En avril 1844, une société en commandite est créée et c’est Jean-Baptiste-Nicolas PASCAL (1821, Vienne, Isère – 1900, Paris XIVe), ouvrier typographe, qui est le gérant de la société et du journal. L’Atelier publie son dernier numéro le 31 juillet 1850, n’ayant pu trouver les 18 000 francs supplémentaires de cautionnement. LENEVEUX est resté collaborateur permanent pendant 6 années.

En 1859, il fonde la collection éditoriale « la Bibliothèque Utile ». LENEVEUX dans La propagande de l’instruction (voir plus bas) précise :

« Ce ne pouvait être une œuvre de lucre, ni même de retentissement glorieux : le seul désir d’être utile, d’aider à l’affranchissement moral du plus grand nombre, de préparer les voies d’un meilleur avenir pour tous, tel était, tel est encore le seul mobile du sacrifice que la démocratie militante s’est imposé ».

Le catalogue complet comprend 128 volumes édités entre 1859 et 1914. La collection est groupée en 6 catégories : Histoire de France, Pays étrangers, Droit, Philosophie, Sciences, Enseignement-Économie Politique-Arts.

Parmi les auteurs de la collection figurent notamment : Frédéric MORIN (1823-1874) de la BAI-V ; Anthime CORBON (1808-1891) de la BAI-XIV puis XV ; Auguste OTT (1814-1903) de la BAI-XIV ; Maurice CRISTAL (1827-1887) de la BAI-XIV ; Louis COMBES (1822-1881) de la BAI-XIV ; Jules BARNI (1818-1878) de la BAI-XIV ; Jean François ROBINET (1825-1899) de la BAI-VI.

Écrits de la personne :

22 références que l’on peut retrouver dans le catalogue général BnF

LENEVEUX ne semble pas tenir de conférences, mais il travaille et écrit beaucoup. Il lit sûrement, en tout cas il cite MICHELET, La Mer dans La Propagande de l’Instruction, page 120.

Ses écrits sont étudiés encore aujourd’hui67.

  •  En 1851, il participe à l’Almanach du travail avec CORBON (BAI-XIV puis XV) et PELLARIN (BAI-XIV).
  •  En 1854, il publie la première édition du Guide-manuel de la tenue des livres de commerce ou traité de comptabilité pratique.
  •  Il écrit trois volumes pour la collection de la Bibliothèque utile :
  •  En 1861, De l’instruction en France. Il rédige la deuxième partie : La propagande de l’instruction : études sur les moyens de la propager : il y explique dans le XXe chapitre (page 164) le rôle et les limites de la collection. Il s’agit de participer à l’émancipation des travailleurs.

En 1872 dans l’Almanach de la république française de la librairie, deuxième édition publiée 22 ans après la première, il rédige un chapitre ayant pour titre : l’instruction au-delà de l’école primaire. Il y prône l’arrêt de l’éducation religieuse par les maitres. Il souhaite confier aux instituteurs des lectures publiques qui lui semblent abordables par un large public. Il propose la création de bibliothèques communales par souscription adossées à des musées scientifiques confiés aux maitres68.

En 1878, LENEVEUX se prononce dans le Bulletin du mouvement social pour un système de retraite reposant sur des cotisations obligatoires. Toute sa vie il sera préoccupé par ce sujet. Lui-même reprend des fonctions à l’octroi de Paris à un âge avancé69. 

LENEVEUX écrit également de la musique. Il compose par exemple une partition pour la chanson « la typographienne » en 1844, mais sa partition n’est pas choisie70. La Typographienne a été chantée dans tous les banquets typographiques à partir de septembre 1844.

Il chante aux banquets de la société des protes en mai 1878 deux chansons de M. Leconte, et “Le Vin bleu du Père Michel“, une “gaudriole désopilante71.”

Il reçoit le ruban d’officier d’académie sur la demande de la Société des protes en août 1881.

Fiche publiée le 12/09/2026.

Auteur : Louise OUDIN

  1. Portrait par Joseph MAIRET à la page 221 des Carnets de Joseph MAIRET, ouvrier typographe publié par la fédération des travailleurs des industries du livre en 1995. [↩]
  2. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  3. Pierre FAROUILH et Danièle MAJCHRZAK, “Promenade sur les pas des premiers lecteurs de la BAI-III”, communication au colloque de 2014. Les auteurs soulignent que 7 lignes ont été recouvertes d’un papier blanc. On discerne le nom de LENEVEUX ainsi que son adresse avenue d’Orléans. [↩]
  4. CR BAI-XIV 1873. [↩]
  5. AD75, acte de l’état civil reconstitué, naissance, 11/2/1817, page 25/51. [↩]
  6. Information communiquée par la famille. [↩]
  7. AD28, Favières, NMD, 1809-1824, page 252/314. [↩]
  8. AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds ANDRIVEAU, 21/8/1792. [↩]
  9. AD70, Gray, 1794/1794, page 67/87. [↩]
  10. AD70, Gray, 1795/1795, page 70/75. [↩]
  11. AD59, Lille, décès 1805-1806, page 193/1007, acte 2178. [↩]
  12. AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds Andriveau, 13/10/1768. [↩]
  13. AD77, Saint Barthélémy, N.M.D., an X-1812, page 151/253. [↩]
  14. AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds Andriveau, 16/9/1800. [↩]
  15. AD92, Puteaux, décès, 1835, page 2/15, acte 1. [↩]
  16. AD 75, acte de l’état civil reconstitué, mariage, 17/6/1816, page 5/44. [↩]
  17. AD03, Montluçon, Greffe, N, 1796/1803, page 57/265, acte 21. [↩]
  18. Gazette nationale ou le Moniteur universel, 19/6/1816. [↩]
  19. AN, MC/ET/XCIII/364, minutes de Maître Marchoux, mariage de Jean François Henri Leneveux, professeur d’écriture et de langue, 9, rue Honoré-Chevalier, avec Marie Louise Pignot, 11, même rue. [↩]
  20. AD75, décès, XIVe, page 13/31, acte 321. [↩]
  21. AD75, état civil reconstitué, actes, mariage, page 32/51. [↩]
  22. AD75, Décès, XIVe, page 3/31, acte 551. [↩]
  23. AD 75, état civil reconstitué, actes, page 29/51. [↩]
  24. AD75, mariage, XIVe arrondissement, page 24/31, acte 304. [↩]
  25. AD92, page 17/54, acte 82. [↩]
  26. AD92, Montrouge, naissances, 1855, page 99/123, acte 463. [↩]
  27. LE Paris 91 par Ancestry. [↩]
  28. AD92, Montrouge, décès, 1896, page 6/70, acte 18. [↩]
  29. AD75, décès, XIVe, 1893, page 4/18, acte 2000. [↩]
  30. AD75, état civil, décès, XIVe, 1894, page 5/19, acte 944. [↩]
  31. Notice LENEVEUX, MAITRON. [↩]
  32. L’Atelier de février 1845. [↩]
  33. Gazette de France, 22/2/1845. [↩]
  34. L’Atelier du 21/5/1848. [↩]
  35. Jean Baptiste Éloi : né le 23/12/1818 Libourne, Gironde, résidant 5 rue du Coq-Héron, Ier arrondissement., brevet à résidence le 11 mars 1851, décédé le 13/5/1887, Ier arrondissement, même adresse. [↩]
  36. “La Bibliothèque utile, une collection de vulgarisation pour autodidactes”, Barbara DIMOPOULOU et Jean-Jacques TOMASSO, Les Études Sociales, 2022. [↩]
  37. Intervention de Selma Munoz-Antimes à la journée sur “Les collections éditoriales dans les bibliothèques d’entreprises, d’associations, d’institutions, les bibliothèques militantes et politiques : Productions sérielles, lectorats pluriels (Europe-Amériques, XIXe-XXIe siècles)”, organisée par Patricia Sorel le 21 mars 2025 au Pôle Métiers du livre de Saint-Cloud. [↩]
  38. La Typologie-Tucker, novembre 1875. [↩]
  39. Grand dictionnaire universel du XIXe, tome X, 1873, page 359/1498 de Pierre LAROUSSE. [↩]
  40. Liste électorale de Paris en 1891 et acte de décès. [↩]
  41. Liste électorale de Paris 1891. [↩]
  42. Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952 ; il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
  43. Voir sur ce carnet : “Des liens historiques étroits entre les premières bibliothèques des amis de l’instruction et l’Association philotechnique” par Agnès SANDRAS et Louise OUDIN. [↩]
  44. Paul CHAUVET, Les ouvriers du livre en France, Librairie Rivière et Cie, 1956, page 126. [↩]
  45. Bulletin officiel de l’union syndicale des maîtres imprimeurs, n°12. [↩]
  46. La Gazette de France, 31/8/1840. [↩]
  47. La Gazette de France, 8/7/1841. [↩]
  48. George SAND, Souvenirs et idées, page 9. [↩]
  49. Le Siècle, 16/2/1859. [↩]
  50. Jugement dans L’Avenir Républicain du 13/12/1848. [↩]
  51. Information communiquée par la famille. [↩]
  52. Georges DUVEAU, La Vie ouvrière en France sous le Second Empire, Gallimard, 1946. [↩]
  53. AN, Contrôle de la presse, de la librairie et du colportage sous le Second Empire, F/18/280. [↩]
  54. L’Opinion Nationale, 11/1/1862. [↩]
  55. H.-CH. LENEVEUX. Two Autograph Letters Signed to Jean-Pierre Beluze, dated March 6 and July 4, 1866, on stationary of the ‘Bibliothèque utile’, concerning the Association des Ouvriers. 2 pieces. 2 pp. and 1, (1 blank) pp. 4to. 1 folder. 1866. International Institute of Social History. [↩]
  56. Les Murailles politiques françaises : du 5 au 8 septembre 1870. [↩]
  57. Le Pays, 11/9/1870. [↩]
  58. Lettres à Madame PAGNERRE, 9 pièces 1865-1872. AN, 67AP/12 dossier 7. [↩]
  59. Élections du 24/11/1872, 29/11/1874, 6/1/1878 dans Nos Édiles, Ernest Gay, 1895. [↩]
  60. AN, 10 AS 32, cité par Bernard DESMARS dans Militant de l’utopie, Les Presses du réel, 2010. [↩]
  61. Le droit des femmes, 1884. [↩]
  62. Histoire générale de la coopération en France. Les Idées et les Fait, Tome 1 : Les Hommes et les Œuvres, par Jean Gaumont. Fédération Nationale des Coopératives de consommation, 1923. [↩]
  63. Les Carnets de Joseph MAIRET, ouvrier typographe, ouvrage publié à l’initiative de la Fédération des travailleurs du livre, 1995. [↩]
  64. Notice MAITRON. [↩]
  65. Voir ses œuvres dans DataBnF. [↩]
  66. AD92, Montrouge, Décès ,1859, acte 522, page 89/139. [↩]
  67. Isabelle OLIVERO, L’invention de la collection, éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1999. Michel HUTEAU, “Deux ouvriers autodidactes et l’orientation professionnelle : Anthime Corbon (1808-1891) et Henri Leneveux (1817-1893)”, L’orientation scolaire et professionnelle [En ligne]. [↩]
  68. Almanach de la République française pour 1872, librairie Pagnerre. [↩]
  69. Signalé par Bernard DESMARS dans Militants de l’utopie, Les presses du réel, 2010. [↩]
  70. “CHANSON LA TYPOGRAPHIENNE“, paroles d’Auguste BOUCHET, musique d’Edmond BONNET, page 19, bulletin de l’Institut CGT de l’histoire sociale du livre parisien, mars 2020. [↩]
  71. L’imprimerie : journal de la typographie, de la lithographie et des arts accessoires, 1/5/1878. [↩]

La Bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous la Troisième République

 

Dans ses précédents billets sur la Bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement (BAI-V), Louise Oudin a principalement évoqué cette bibliothèque sous le Second Empire. En effet, ce carnet s’attache plus particulièrement aux débuts des bibliothèques populaires entre 1861 et 1871. Il est néanmoins passionnant, et nous le ferons de plus en plus sur ce carnet, d’évoquer le sort des bibliothèques populaires après la Commune. Rappelons que d’une part l’union parfois improbable de gens de tous bords pour développer les premières bibliothèques populaires1 s’effrite après 1871, d’autre part la gauche radicale s’intéresse tout particulièrement à ces bibliothèques qui constituent d’excellentes officines électorales2. C’est le cas de la BAI-V.Agnès Sandras
I/ La BAI-V pendant l’année terrible et sous l’Ordre moral

1/ Devenir de la bibliothèque et de certains de ses membres

La bibliothèque reste ouverte pendant le premier siège de la guerre franco-prussienne.Antoine COHADON, administrateur de la BAI-V dès son origine, lance avec « quelques autres » un appel pour « des sociétés alimentaires pour réaliser la vie à bon marché » et nourrir les gardes sédentaires sur les fortifications3. Ils utilisent par exemple la technique de la « marmite norvégienne » qui avait été présentée à l’Exposition universelle de 1867.Pendant le premier Siège on trouve Pierre André ANDRÉ et Florent COLLIN, tous les deux vice-présidents de la BAI-V au comité d’armement du Ve arrondissement4.

Florent Collin. Photographie de Marius Rouffiac, Conseil municipal de Paris : 1871-1890. [Photographies de MM. les conseillers municipaux : AC-HU] . Tome 2. BHdV.

 Par voie de presse, la société républicaine lance une souscription pour des ballons propagandistes destinés à répandre des circulaires en allemand sur l’armée ennemie pour les inciter à « repasser le Rhin et à se libérer de leurs rois ». Pour participer il faut s’adresser à l’Épargne immobilière chez COHADON aux 23 bd. Magenta ou chez Cyrille LAMY5 au siège 3 rue d’Arras6. COLLIN est élu adjoint au maire en novembre 18707. COHADON, qui avait signé le Manifeste des Soixante en février 18648 est candidat aux élections législatives sur la liste antimonarchique de février 18719 qui comprend Raspail, Rochefort, Hugo, Henri Martin, etc. Il est soutenu par ANDRÉ et Théodore SCHUDZE, administrateur de la BAI-V et publie sa profession de foi10. COLLIN est candidat aux élections municipales, non élu le 26 mars 187111. Frédéric MORIN, sociétaire de la BAI-V, rejoint « la Ligue d’union républicaine des droits de Paris » et y retrouve Henri HARANT (BAI-III), Anthime CORBON (BAI-XIV et XV) et Félix JOBBE-DUVAL (BAI-XV)12.

La BAI-V reste ouverte pendant le deuxième siège jusqu’au dimanche 21 mai inclus (premier jour de la Semaine sanglante) grâce à ANDRÉ et au bibliothécaire A. DUMONT qui assurent le service. Elle est fermée le 22 mai, jusqu’au lundi 7 août. À sa réouverture, tout est en parfait état13. Aux élections municipales de juillet 1871 trois membres actifs de la BAI-V sont candidats :

  • COLLIN est élu14. Il affirme qu’il a existé dans le Ve arrondissement un foyer de résistance à l’arbitraire de la Commune. Il restera conseiller jusqu’en 1893. La manufacture, qui l’emploie 55 ans durant, le rémunère quand il s’absente pour remplir ses fonctions politiques15.
  • Frédéric MORIN et Camille BOCQUET (qui souligne sur ses affiches qu’il est fondateur de la bibliothèque), membres actifs fondateurs de la BAI-V, sont candidats non élus.
Affiche électorale de 1871 : profession de foi de Camille Bocquet. L’Argonaute (Bibliothèque La Contemporaine)Après la Commune, la bibliothèque est rouverte par Camille BOCQUET, qui se proclame président provisoire et Frédéric MORIN.
II/ La BAI-V à l’heure des bibliothèques populaires républicaines

1/ Le 2 juillet 1876

Dans une réunion qui se tient dans la salle des écoles de la rue d’Arras, BOCQUET lance une campagne d’adhésion à la bibliothèque : il introduit son discours en excusant Louis BLANC, député du Ve qui adhère mais ne peut être présent16. De nombreux députés et conseillers municipaux sont dans la salle. ANDRÉ présente la situation de la bibliothèque17. BOCQUET exprime son inquiétude devant le fait que les subventions du conseil municipal aillent « aux bibliothèques administratives » alors créées par les municipalités et non aux « bibliothèques laïques et libres ». Louis Anne DUBIEF est nommé maire du Ve en mai. Il est décidé de travailler à de nouveaux statuts, de changer de local, d’établir une liste de citoyens à inviter à adhérer. Quatre commissions sont créées, une par quartier de l’arrondissement, les conseillers municipaux sont membres de droit. Trois des conseillers sont républicains radicaux. COLLIN pour le quartier du Val de Grace est étiqueté républicain18.

Nous connaissons : LAMY, COLLIN, BOCQUET.

Par voie de presse une assemblée générale est annoncée pour le 15 février 1879 dans la salle des écoles de la rue d’Arras19. Le compte-rendu de cette assemblée ne nous est pas parvenu.De janvier à mai 1877, Léon GAMBETTA fait une série de conférences pour les BAI de Paris (repérées dans la presse : en janvier pour celle du XIe et du XIVe, février pour le XXe, mars pour le XIIe et le XVe, mai pour le IIIe). Il ne vient pas dans le Ve. Sa présence n’est probablement pas désirée car Louis BLANC prend le plus souvent possible ses distances avec lui par exemple en août 187620.

2/ La démission de LABOULAYE

Le 14 février 1878, LABOULAYE démissionne par un courrier adressé à la direction de la Sûreté générale au ministère de l’Intérieur qui le transmet au ministère de l’Instruction publique et des Beaux-arts21. Il a 67 ans et il est président depuis 18 ans.

A-t-il été découragé par l’échec de DELACOUR, Orléaniste qu’il patronne avec le maire RATAUD aux élections législatives en février 1876 ? Dans le même temps COLLIN et BOCQUET font partie du comité du Ve pour la candidature de Louis BLANC, républicain intransigeant22. Louis BLANC obtient 64,23 % des suffrages, DELACOUR 25,4 %. Ou plus vraisemblablement sa démission est due à un changement des statuts. Lors de la réunion de juillet 1876 une commission a été organisée pour les modifier. L’exemplaire des nouveaux statuts conservé à la BnF précise qu’il n’y a plus de président permanent23.

Le conseil d’administration de 21 membres nommés par l’Assemblée générale choisit un président en début de séance et ce ne doit jamais être le même. Les contraintes imposées par les autorités en 1861 sont enfin supprimées.En 1880 GIRARD est fait officier d’académie24 comme secrétaire de la Société Franklin25 et agent général de l’Association Philotechnique26. En 1885, GIRARD, qui a 64 ans, ne vient plus aider à l’APH que durant les deux mois qui précèdent la distribution des prix. Il garde une indemnité annuelle inchangée27.

3/ Le legs de Louis BLANC

Nous avons précédemment indiqué que le catalogue s’était considérablement étoffé grâce à un legs en 1882. Il s’agissait d’une générosité testamentaire de Louis BLANC toujours député du Ve lors de son décès28. Son légataire universel est son cousin Joseph Pierre Marie JATTIOT (1815, Ajaccio, Corse-1894, Alger), contrôleur agent comptable aux Gobelins de novembre 1871 à février 188329 où il demeure comme COLLIN au moins de 1880 à 188330. Les Gobelins sont alors sous le contrôle de Charles BLANC, frère de Louis, directeur des Beaux-Arts au ministère de l’Intérieur de 1870 à 1873. Nommé une première fois en février 1848, il avait alors occupé ce poste durant 5 ans.Un des exécuteurs testamentaires est Charles EDMOND, bibliothécaire du Sénat. Charles EDMOND est l’auteur du catalogue « l’Égypte à l’exposition universelle de 186731».

Dans le cortège, lors des obsèques de BLANC, de la rue de Rivoli au Père Lachaise, le bureau de la BAI-V est en 2e position et les autres « Amis de l’Instruction » sont à la 56e.BLANC avait déjà aidé la bibliothèque en 1880 en donnant une conférence à son profit le 22 février 1880 rue d’Arras (prix des places 2 francs)32.

4/ Les conférences après 1880

Quelques conférences sont commentées dans la presse comme celle de Charles PERRINELLE (1832-1894):

Le Réveil du 2/2/1882, Gallica (BnF)

  5/ Les déménagements successifs de la BAI-V

En 110 ans d’existence, la bibliothèque déménage 4 fois :

  • 3 rue d’Arras (2) dès 187233 et encore en 188234 dans l’immeuble construit par l’Épargne immobilière qui devient le siège de l’Épargne immobilière et de la Société des maçons. S’y trouvent plusieurs salles de réunion.
  • 75 rue du Cardinal Lemoine (3) en 188435 et encore en 189836
  • 47, rue Lacépède (4) en 1963 et lors de sa fermeture en 197737.
  • En 1878 : 4500 volumes et 1000 brochures, 437 volumes ont été achetés et 635 reliés38.
  • En 1891 : c’est de toutes les BAI la bibliothèque la mieux dotée avec 10 657 volumes par suite d’un legs39.
  • En 1963 : 17 000 ouvrages. La bibliothèque ferme en 197540.

Le dernier président est René Eugène PRÉTESEILLE (1897 Paris, 7e – 1992 Paris 5e). En 1954 il habite 20 rue Lacépède et il est un des trois administrateurs de la société MALAUD-BASLY qui a pour objet l’exploitation d’un portefeuille d’assurances41.

  1. Voir Des bibliothèques populaires à la lecture publique [dir. A. Sandras], Presses de l’enssib, 2014. [↩]
  2. Voir Laure Léveillé, Les petites bibliothèques de la République : aux origines de la lecture publique parisienne, des années 1870 aux années 1930. Thèse de doctorat en histoire sous la direction de Philippe Levillain, Université Paris X-Nanterre, 1998. [↩]
  3. Le Siècle, 24/9/1870. [↩]
  4. Les Murailles politiques françaises, 27/10/1870, in Les Murailles politiques françaises depuis le 18 juillet 1870 jusqu’au 25 mai 1871. Affiches françaises et allemandes. La guerre, la Commune, Le Chevalier, Paris,1874. [↩]
  5. Cyrille LAMY-AU-ROUSSEAU, 1825 -Les Rousses, Jura – 1884 Paris 5e. [↩]
  6. La Patrie en danger, 20/10/1870. [↩]
  7. La Vérité, 10/11/1870. [↩]
  8. Le Manifeste des Soixante proclame la nécessité de candidature ouvrière, du droit de réunion et de chambre du travail. [↩]
  9. Séance du 5 février 1871, Les murailles politiques françaises depuis le 4 septembre 1870, A. Le Chevallier, Paris, 1873-1874. [↩]
  10. La Vérité, 5/2/1871. [↩]
  11. La Vérité, 24/6/1871. [↩]
  12. Affiche de la Ligue d’union républicaine des droits de Paris, 18/4/1871. [↩]
  13. La Nation souveraine, 9/8/1871. [↩]
  14. La Vérité du 21/7/1871. [↩]
  15. Archives de la Manufacture des Gobelins : Cote G 20. [↩]
  16. Louis BLANC est élu dans plusieurs circonscriptions en février 1876 et choisit de représenter le Ve. Il est à nouveau élu en octobre 1877 après la dissolution et en août 1881. [↩]
  17. Les Droits de l’homme, 3/7/1876. [↩]
  18. Nagaï, Nobuhito. Les conseillers municipaux de Paris sous la Troisième République (1871-1914). Éditions de la Sorbonne, 2002, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.1309. [↩]
  19. Le Siècle, 15/2/1879. [↩]
  20. Le Rappel, 14/8/1876. [↩]
  21. AN b. [↩]
  22. Le Rappel, 13/2/1876. [↩]
  23. CR-BAI-V, 1878, noté CR-78. Bibliothèque populaire des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement, Paris, imprimerie de A. Parent, rue Monsieur Le Prince, 31. [↩]
  24. Manuel général de l’instruction primaire, 22/5/1880. [↩]
  25. La société FRANKLIN est d’abord hébergée par Hachette puis au 6 rue de Savoie VIe en 1866 puis au 1 rue Christine Ve. [↩]
  26. La philotechnique se trouve 16 rue de Condé VIe en 1864 puis 1 rue Christine en 1869 et 24 rue serpente VIe en 1874 et encore en 1888. [↩]
  27. PV du conseil d’administration du 15/4/1885 communiqué par Cécile AKTOUF, APH. [↩]
  28. Le Petit Quotidien, 11/12/1882. [↩]
  29. Archives de la Manufacture des Gobelins, Cote F 26 . [↩]
  30. Annuaire almanach du commerce et de l’industrie,1880. [↩]
  31. En 1867 c’est Ismaël PACHA, alors vice-roi d’Égypte, qui confie à Charles EDMOND, de son vrai nom CHOJECKI l’organisation de la présence égyptienne à l’exposition universelle (qui se tiendra au Champ-de-Mars du 1er avril au 3 novembre) et la rédaction du catalogue. Ismaël PACHA offre 500 catalogues à distribuer dans les bibliothèques populaires. [↩]
  32. Le Mot d’Ordre, 24/2/1880. [↩]
  33. Le Rappel du 23/10/1872. [↩]
  34. Tableau des bibliothèques syndiquées 1882, conservé à la BAI-III rue de Turenne. [↩]
  35. Tableau des bibliothèques syndiquées 1884, conservé rue de Turenne. [↩]
  36. Liste des bibliothèques syndiquées 1898 conservée rue de Turenne. [↩]
  37. Michel ROSZEWITCH, la Gazette du 54 n°1. [↩]
  38. Rapport de BOURNEVILLE, Conseil municipal de Paris,1878. [↩]
  39. Rapport d’A. BOLL, Conseil municipal de Paris,1891. [↩]
  40. Michel ROSZEWITCH, la Gazette du 54, n°1. [↩]
  41. La Loi, 14/7/1954. [↩]

La Bibliothèque des Amis de l’Instruction au féminin

Isabelle Pasquet a longtemps travaillé dans les métiers de la communication (en presse, agence, édition) avant de créer sa propre structure Les Carnets de tropiques, spécialisée dans l’histoire des voyages.

Professeure de lettres pendant dix ans, elle a constitué un corpus féminin adapté aux programmes pour ses élèves de collège et lycée en l’absence de textes écrits par des femmes dans les manuels scolaires. En 2020, la Maison d’édition Talents hauts lui a demandé de participer en tant que lectrice et préfacière au lancement de la première collection destinée à faire revivre les autrices oubliées.

C’est ainsi qu’Isabelle Pasquet avait choisi de répondre à la biographie de quelques lignes que la Bibliothèque des Amis de l’Instruction (BAI) demande à ses conférenciers de rédiger. Une présentation discrète et efficace, à l’image de sa présence parmi nous. Elle faisait partie de ces personnes que n’annonce aucune entrée tonitruante et dont on s’aperçoit qu’elles sont devenues indispensables et précieuses. Les rayons de la Bibliothèque étaient un terrain d’exploration privilégié pour elle qui faisait moisson d’ouvrages écrits par des femmes, sous des noms oubliés, trop peu connus, voire ignorés. Son travail patient, élégant à son image, nous a été restitué sous forme d’une conférence, le 17 mai 2025. On peut l’écouter ICI  sur le site de la BAI. 

Elle avait longuement préparé cette conférence, et projetait de la valoriser sous diverses formes. On trouvera ICI ses recherches que nous publions dans une version qui était encore une version de travail mais dont les pistes fructueuses sont une invitation à poursuivre son entreprise.

Nous remercions sa fille, Carlotta Cucuzza, d’avoir bien voulu nous communiquer ces précieux documents. Isabelle Pasquet nous a quittés à la fin du mois de janvier 2026.

Hélène Personnaz, secrétaire générale de la BAI-III (Bibliothèque des Amis de l’Instruction, 54 rue de Turenne, 75003 PARIS)

 

On parle encore et toujours des bibliothèques populaires : partons à Dieulefit (Drôme) !

Deux belles journées organisées par Jean-Charles Geslot et Jean-Gatien Gilbert les 6 et 7 juin derniers à l’UVSQ ont permis d’évoquer “LES BIBLIOTHÈQUES RELIGIEUSES FACE AUX DÉFIS DU MONDE CONTEMPORAIN, ENTRE DÉCLIN ET RENOUVEAU (XIXE -XXIE SIÈCLES)“.

Les bibliothèques populaires ont été mentionnées à diverses reprises. J’ai pu présenter l’œuvre de Jean-Marie Coueslant, instituteur protestant, qui a créé en 1860 une bibliothèque populaire à Dieulefit. Cette bibliothèque n’est pas populaire au sens que lui donnent les Amis de l’Instruction (populaire : par et pour le peuple) mais la démarche de Coueslant, son inventivité, son réseau (Léon Bretegnier, Jean Macé, Edouard de Laboulaye, etc.) en font une pièce centrale du développement des bibliothèques de cette période. On notera par exemple que Coueslant crée un observatoire réputé, correspond avec Flammarion et Vinot qui sont des soutiens des bibliothèques des Amis de l’Instruction. On attend donc la publication des actes de ces journées pour parler encore davantage des bibliothèques populaires !

 

 

 

 

 

On parle toujours des bibliothèques populaires : et si on partait dans le Centre-Val de Loire ?


Entre 2021 et 2022, William Trouvé a mené une enquête sur les collections de livres héritées des bibliothèques populaires dans la région Centre-Val de Loire.  Dans le cadre d’une mission patrimoine écrit financée par le ministère de la Culture, 41 collections, conservées par des collectivités territoriales, ont été recensées. L’article publié dans le Bulletin des bibliothèques de France se concentre sur 34 d’entre elles qui sont en déshérence, c’est-à-dire qui ne bénéficient aujourd’hui d’aucune politique de conservation ni de valorisation. L’auteur cherche à montrer comment ces livres sont en train de doucement disparaître et tente d’esquisser des solutions entre gestion raisonnée des collections et conservation de traces qui témoignent d’un pan de l’histoire des bibliothèques. Vous trouverez ICI cette passionnante enquête dont les conclusions sont bien entendu à élargir à l’ensemble du territoire.

Exemple d'ouvrage provenant de la bibliothèque populaire de Mézières-en-Brenne. Cliché William Trouvé.  Ce type de reliure, préconisé par la Société Franklin car peu coûteux, a contribué au peu d'attractivité des bibliothèques populaires, car triste et uniforme.
Exemple d’ouvrage provenant de la bibliothèque populaire de Mézières-en-Brenne. Cliché William Trouvé. Ce type de reliure, préconisé par la Société Franklin car peu coûteux, a contribué au peu d’attractivité des bibliothèques populaires, car triste et uniforme.

William Trouvé s’est également attaché à un exemple intéressant de bibliothèque populaire dont les résultats n’ont pas été éblouissants, celle de la Ferté-Saint-Aubin : « Une bibliothèque “populaire” ? Maux et déclin de la bibliothèque populaire du canton de La Ferté-Saint-Aubin à travers les procès-verbaux de ses assemblées générales (1889-1912) », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 132-3, 2025, p. 201-216. Si ce carnet se consacre essentiellement au dynamisme et aux réussites des premières bibliothèques populaires, il ne faut en effet pas oublier que nombre de bibliothèques populaires nées sous la IIIe République ont périclité pour diverses raisons, ce qui explique en partie que leur historiographie a longtemps été présentée sous un angle négatif ...

On parle encore et toujours des bibliothèques populaires : colloque Laboulaye et la galaxie libérale

Le programme du colloque “Laboulaye et la galaxie libérale”est en ligne ici.

La communication, qui portera sur Édouard Laboulaye et les bibliothèques populaires, évoquera notamment le rôle important de Laboulaye au sein de la Bibliothèque des Amis de l’instruction du Ve arrondissement mais aussi auprès de la bibliothèque populaire de Versailles et de la Société Franklin.

On devrait prochainement retrouver les interventions de ce colloque en ligne.

La bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous le Second Empire : une fondation compliquée

 

Dès les débuts de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction du Troisième arrondissement parisien (BAI-III), en 1861, le projet de créer une bibliothèque dans chaque arrondissement de Paris est dans l’air. Charles Honoré PLOMB [Voir la fiche PLOMB sur ce carnet], “bibliothécaire1” de la BAI-III, l’expose dès novembre 1862 dans L’Organe des bibliothèques populaires : « Nous avons l’espoir qu’avant peu chaque arrondissement de Paris aura suivi notre initiative, et que l’on comptera dans cette ville autant de lecteurs que d’habitants ».

Continuer la lecture de « La bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous le Second Empire : une fondation compliquée »

  1. Rappelons que les “bibliothécaires” des bibliothèques populaires ont la charge des ouvrages (distribution ; catalogue ; etc.) mais qu’ils n’ont pas reçu pour cela de formation spécifique. [↩]

La bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous le Second Empire : fonctionnement et adhérents

Dans le billet précédent, nous avons retracé les démarches administratives des fondateurs de la bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement (BAI-V). Le 24 janvier 1864, la bibliothèque ouvre au 23 rue Contrescarpe-Saint-Marcel (nommé par la suite 9 rue de Blainville) avec 160 adhérents et 919 volumes. L’adresse est centrale pour l’arrondissement mais, sur proposition de Jean-Baptiste GIRARD [voir sur ce carnet la  fiche GIRARD], on étudie la possibilité de créer des antennes : les lecteurs pourraient le matin y consulter le catalogue, choisir un livre, et repasser le prendre en sortant du travail1. Continuer la lecture de « La bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous le Second Empire : fonctionnement et adhérents »

  1. CR-BAI-V, 1866, noté CR-66. Rapport de M. ADAM, CA du 7/2/1866. [↩]

La bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous le Second Empire : un réseau complexe

Dans les billets précédents, nous avons vu la fondation et le fonctionnement au quotidien de la bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement (BAI-V). Cette fondation, à une période où les associations Ésont étroitement surveillées par les autorités, ne doit son existence qu’à la volonté d’hommes venus d’horizons divers, qui la protègent pour des raisons variées. L’analyse de ces provenances montre que ce réseau est particulièrement complexe dans la BAI-V. Continuer la lecture de « La bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous le Second Empire : un réseau complexe »

La bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous le Second Empire : le rôle des associations

Introduction (par Agnès SANDRAS)

Dans les précédents billets, nous avons évoqué la naissance et le fonctionnement de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement (BAI-V). Dans le dernier billet, nous avons vu que les fondateurs, les protecteurs et les animateurs connus de la BAI-V proviennent de milieux variés et ont sans doute des motivations politiques différentes. Néanmoins tous s’entendent pour que la BAI-V puisse naître malgré le peu de signes positifs donnés par l’administration. Continuer la lecture de « La bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous le Second Empire : le rôle des associations »

La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur de la réflexion sur les finalités de la lecture

Dans les deux précédents billets (billet 1, billet 2), nous avons vu comment la bibliothèque populaire communale de Vernon a fait partie d’une expérience bibliothéconomique pionnière : il s’agissait de prêter à toutes et tous des ouvrages, tant pour l’instruction que pour le délassement. Cette expérience originale ne n’est pas faite au hasard. Les fondateurs de la bibliothèque réfléchissent, expérimentent, tâtonnent. Le registre des délibérations reflète leurs discussions : ce rare document (les archives des bibliothèques populaires sont souvent disparu) nous place au cœur de la réflexion sur les finalités de la lecture au XIXe siècle1. Continuer la lecture de « La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur de la réflexion sur les finalités de la lecture »

  1. Voir Agnès Sandras, “Défense et promotion de la littérature : le rôle clé des bibliothèques populaires”, in Splendeurs et misères de la littérature ou la démocratisation des lettres, de Balzac à Houellebecq (dir. Olivier Bessard-Banquy), Armand Colin, 2022. [↩]

La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur de la transmission des savoirs

Dans un précédent billet, nous avons évoqué la genèse et l’originalité de cette bibliothèque qui s’est trouvée dans les années 1860 au cœur d’une expérience bibliothéconomique sans précédent : prêter des livres à toutes et tous, dans des villages de campagne comme des petites villes, en prenant modèle et appui sur la bibliothèque des Amis de l’Instruction du IIIe arrondissement (BAI-III) de Paris. Voyons dans ce billet comment la transmission des savoirs a constitué un impératif pour les fondateurs de la bibliothèque populaire communale de Vernon. Continuer la lecture de « La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur de la transmission des savoirs »

La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur d’une expérimentation bibliothéconomique

Dans la décennie 1860, se développent les premières véritables bibliothèques populaires, c’est-à-dire celles qui prêtent des livres aux thématiques variées pour que toutes et  tous accèdent à l’instruction et au loisir procurés par la lecture1. L’impulsion donnée par les Bibliothèques des Amis de l’Instruction à Paris s’accompagne d’une expérience bibliothéconomique : deux bibliothèques populaires sont implantées en province, l’une dans un petit village de Haute-Marne, l’autre à Vernon (Eure). Si la première disparaît après avoir vivoté une douzaine d’années, la seconde est ouverte pendant de longues décennies, ce qui explique sans doute qu’une bonne partie de ses archives ont été conservées. Au travers des premières délibérations, des courriers et autres traces écrites2, se dessine une réflexion dense sur les missions de cette bibliothèque qui veut offrir au peuple, au sens large, de quoi se nourrir intellectuellement, notamment grâce à un système de prêt de livres jusqu’alors inédit. Continuer la lecture de « La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur d’une expérimentation bibliothéconomique »

  1. Voir Des bibliothèques populaires à la lecture publique (dir. Agnès Sandras.). Villeurbanne, Presses de l’enssib, 2014 et Agnès Sandras, “Défense et promotion de la littérature : le rôle clé des bibliothèques populaires”, in Splendeurs et misères de la littérature ou la démocratisation des lettres, de Balzac à Houellebecq (dir. Olivier Bessard-Banquy), Armand Colin, 2022. [↩]
  2. Je remercie les différentes personnes qui m’ont aidée dans ces recherches à la Médiathèque (BMV) et aux Archives de Vernon (AMV), ainsi que le Cercle d’études vernonnais. [↩]

Les réseaux des premiers acteurs de la BAI-III : Jean-Louis Rimet

RIMET, Jean-Louis (1807-1881)  

[Cette fiche appartient au projet “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” (voir ici)]

La vie de RIMET est en tous points semblable à  celle de GIRARD dont il semble avoir été un ami sa vie durant : ces provinciaux venus travailler à Paris trouvent des emplois parmi les lithographes, s’impliquent dans les combats politiques et dans l’associationnisme. Les bibliothèques populaires constituent une mise en œuvre de leurs idéaux.

 

NOM : RIMET

Prénoms : Jean-Louis

N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 281

Rôle dans la BAI-III : RIMET aide le bibliothécaire PLOMB les premiers mois puis entre au bureau et devient administrateur en 1862. Il est trésorier de 1863 à 1871 sous le secrétariat de Henri HARANT puis de Paul DELAMARCHE. Il figure sur la liste des donateurs de livres dès 1862.

État-civil et famille : Jean-Louis RIMET est né à Pont-en-Royans (Isère) le 14/7/18072. RIMET est l’aîné d’une fratrie d’au moins quatre et il est le seul à quitter le Royans, région à cheval sur les départements de la Drôme et de l’Isère. Il est orphelin de mère à 12 ans.

  • Son frère François Joseph, cultivateur, est né le 5/1/ 1812 à Pont-en-Royans. Veuf de Louise REBATET, il épouse en seconde noce sa belle-sœur Mélanie REBATET, le 26 mai 1846 à Choranche, canton de Pont-en-Royans3. Il meurt à 80 ans.
  • Son frère Jean-Baptiste, dont on perd la trace, a une jumelle Marie-Victoire. Ils sont nés en 1815 à Choranche. Elle s’y marie le 7/1/1862 avec Eugène DUMONT, propriétaire cultivateur4.

Les parents se sont mariés à Saint Laurent en Royans (Drôme) le 12/2//18065.

  • Le père Louis (RIMET ou GARNIER RIMEY selon les actes), est noté tantôt voiturier c’est-à-dire qu’il transporte des gens ou des marchandises tantôt cultivateur Il est né à Choranche le 12/8/1782. Il meurt le 10 juin 1844 à Pont-en-Royans.
  • La mère de RIMET est Marie PALLIER. Il n’est jamais noté de profession dans les actes. Elle est née à Saint-Laurent-en-Royans le 29/10/17826. Elle meurt à 37 ans le 22 décembre 1819 à Pont en Royans.

Les grands-parents paternels sont Antoine GARNIER RIMEY ou RIMET dit GRENIER, cultivateur et Marie BODIN, mariés le 11 septembre 1773 à Saint-Laurent-en-Royans7. Les grands-parents maternels sont Jean Baptiste PALLIER, cultivateur en 1806 et Marie MILLION. Ils se sont mariés le 3/2/1780 à Saint-Laurent-en-Royans, il est alors faiseur de peignes pour métier à tisser8.

Jean-Louis RIMET épouse à 30 ans à la mairie de l’anc. 2e arrdt. le 11 août 1837 : Marie, Madeleine, Césarine SELINCOURT, femme de chambre, 22 ans, née le 27/2/1818 à Montagne-Fayel dans la Somme.  Elle est orpheline de mère depuis l’âge de 7 ans et de père depuis l’âge de 14 ans.

  • La mère de Marie SELINCOURT, Marie Anne Mélanie TURLOT, est fileuse de laine en 1807 et 18259. Elle meurt le 26/4/182510.
  • Le père Jacques est noté manouvrier en 1807 et marchand de vaches en 1818 et 1825. Il meurt le 5/11/183211.

Le couple RIMET /SELINCOURT a quatre enfants connus :

  • Théophile, Édouard, né le 21/3/1838, et qui meurt à 4 ans le 5/7/1842
  • Marie Eugénie, née à Paris le 15 décembre 1841. Ouvrière en parapluie quand elle se marie avec Eugène, Jean Baptiste DESPREZ, comptable le 26/4/1864 dans le 3e12.
  • Édouard, né le 29/6/1844, à Paris. Inscrit à la BAI-III vers 1861 (n° 294) comme écrivain-lithographe, il habite alors 44 rue des Gravilliers. La rue des Gravilliers est un épicentre pour les fondateurs de la BAI-III comme GIRARD ou PLOMB et le 44 est le siège du premier bureau parisien de l’AIT (Association internationale du Travail, fondée en 1864 à Londres) en 1865. Il est employé à la Chambre des députés en 1881 (décès son père) et au moins jusqu’en 1903. Il y devient chef du service autographique. Il habite 140 rue Saint-Dominique Saint-Germain en 1874 puis 128 rue de l’Université en 1885 (naissance de sa fille). En 1892, il habite à Asnières au 122 avenue d’Argenteuil13(décès d’un fils à 29 mois). En 1903 il habite à Versailles, au Palais, Cour des princes (mariage de sa fille). Il a épousé Émilie HUCHET, couturière, le 10/2/187214. Il est franc-maçon, à la loge La Justice, en 189115.
  • Théophile, Auguste, né à Paris le 7/5/1848. Accusé d’avoir commandé une bande armée pendant la Commune, il est acquitté16. Il se marie le 24/1/1874 à Paris (1er arrdt) avec Augustine SIMON. Il est alors lithographe, elle est employée de commerce, ils habitent 17 rue Molière 1e17.

Jean-Louis RIMET est veuf à 47 ans. Ses enfants ont 13, 10 et 6 ans. Sa femme meurt dans son village natal chez sa sœur et son beau-frère le 5/9/1854 où elle est revenue depuis plusieurs mois18.

RIMET meurt à 74 ans le 27/7/188119, à Courbevoie (actuels Hauts-de-Seine).

Professions : Il a appris la lithographie à « l’école régimentaire d’artillerie » puis « quitte le service militaire20. Il arrive à Paris avant 1837. Il est lithographe puis imprimeur lithographe en association puis seul exploitant de son imprimerie. Il est rentier en 1874 après l’arrêt de son activité.

Adresses connues :

– personnelles :

  • En 1837, 42 rue Saint-Jacques-De-La-Boucherie, anc. 6e quand il se marie.
  • En 1838, 45 rue de Cléry, 2e arrdt actuel.
  • En 1843 et 1848, 61 rue du Faubourg-Saint-Denis, 10e arrdt actuel. (actes de naissance de Théophile-Auguste et d’Édouard.
  • En 1850, 58 rue du Faubourg-Saint-Denis, 10e arrdt actuel.
  • En 1858 et 1866, cour de Rome, passage qui débouche au 24 rue des Gravilliers, 3e arrdt
  • En 1873, 67 rue de Turenne (mariage de Théophile-Auguste) 3e arrdt
  • En 1881, 87 rue Haute de Bezons à Courbevoie (Hauts-de-Seine)

– professionnelles :

  • En 1843, 19 rue du Bouloi 1er arrdt actuel
  • En 1848, 64-65 passage du Caire, 2e arrdt actuel
  • En 1851, cour des Bleus 268 rue Saint Denis, actuellement 146 rue Saint Denis 10e arrdt
  • En 1857, 100 rue Beaubourg, 3e arrdt actuel
  • En 1866, 33 rue Beaubourg, 3e arrdt actuel
Rue Beaubourg, vue prise de la rue au Maire. Paris (IIIe arrdt.), 1865-1868. Photographie de Charles Marville (1813-1879). CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
Ibid. Détail. Une affiche à droite signale “L’imprimerie qui était rue Beaubourg, 100, est transférée même rue, 33.” Le n° 100 a été démoli en 1865 lors du percement de la rue de Turbigo.

Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique21 :

Jean-Louis RIMET signe la lettre ouverte publiée dans Le Temps le 6/10/1867 à la mort d’Auguste PERDONNET [voir billets PERDONNET] avec Hippolyte LANDRIN [voir fiche LANDRIN] (qui a tenu les cordons du poêle et prononcé un discours), Frédéric ERBS [voir fiche ERBS] et Jean Victor BELLAMY [voir fiche BELLAMY] en tant qu’anciens élèves de l’Association polytechnique et/ou Amis de l’Instruction22.

Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique :

En 1844, J.L. RIMET participe à une souscription pour les mineurs de Rive-de Gier organisé par le journal l’Atelier23.

En 1846, il participe à une souscription organisée par le journal L’Atelier24 pour venir en aide à la veuve et aux enfants d’André TRONCIN, tailleur et militant ouvrier25.

Le rapport de police établi en 1866 dans le cadre de la procédure de rachat du brevet d’imprimeur de PETTRE indique : « ses opinions politiques sont inconnues mais rien ne fait supposer qu’elles sont hostiles au gouvernement ».

En novembre 1872, il signe une « adresse de soutien »26 au président de la République THIERS27.

Appartenance à une société de bienfaisance, une association : RIMET est membre de la Société de secours mutuel du 3e arrdt.

 Il est membre de la commission d’initiative de « la Société coopérative d’enseignement indépendant », qui s’organise en juillet 1868. On retrouve dans cette Société :

  • Charles-Honoré PLOMB [voir fiche PLOMB]
  • Frédéric ERBS [voir fiche ERBS]
  • Henri LENEVEUX, membre de la BAI-III puis de la BAI-XIV [voir fiche LENEVEUX]
  • Jean-Pierre HELIGON, ouvrier imprimeur sur papiers peints, proudhonien, libre penseur et franc-maçon, membre fondateur de l’Internationale. Il favorisera la création de la BAI-XIV en juillet 1871 alors qu’il est encore maire de l’arrondissement.
  • Charles CAUZART, au comité d’enseignement, lecteur 336 de la BAI-III, puis membre du comité consultatif et des études de la BAI-XIV
  • Albert LEROY qui fera une conférence organisée par la BAI-III en 1870 et qui participera à la fondation de la BAI-VI [voir billet BAI VI]
  • Ernest HENDLÉ qui fait aussi des conférences organisées par la BAI-III en 1870.
  • Alexandre MASSOL, proche un temps de Charles FAUVETY [voir billet FAUVETY],  un des fondateurs avec GIRARD de la BAI d’Asnières28.                                               Les adhésions et souscriptions sont reçues chez les différents sociétaires et aussi 12 rue du Banquier (13e arrdt), siège des Équitables de Paris, société coopérative de consommation née en 1864 dans le XIIIe arrdt avec DELAMARCHE (élément important de la BAI-III puis fondateur de la BAI-XIV) et Florent, Jacques COLLIN (de la BAI-V) parmi les fondateurs [voir fiche DELAMARCHE].

Après cinq séances publiques auxquels participent aussi Jean-Baptiste GIRARD, Édouard Ernest FRIBOURG [voir fiche FRIBOURG], la société limite l’accès à la sixième séance pour aboutir à la constitution. Il semble que malgré 400 adhérents la société est mise en difficulté en janvier 1869. Ses statuts ne correspondent pas en effet à la loi sur les coopératives du 24 juillet 186729.

Adhésion à la Société Franklin :  non identifiée

Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III :

Voir également ci-dessus.

Par le biais de la lithographie dès 1844 avec les sociétaires du journal l’Atelier dont Henri LENEVEUX.

Il est associé avec GIRARD en 1849.

Relations repérées avec d’autres fondateurs de bibliothèques populaires :

Voir aussi plus haut.

Avec Anthime CORBON, un des fondateurs de l’Atelier, et probablement un membre de l’AIT, qui est un des fondateurs de la BAI-XIV et de la BAI-XV.

Écrits de la personne : pas d’écrits repérés à ce jour

Éléments biographiques complémentaires :

RIMET exerce sa profession dans différentes sociétés de 1843 à 187430.

* RIMET fait partie d’une société formée le 23 octobre 1843 pour l’exploitation d’un brevet d’imprimeur-lithographe délivré à Marie Michel DEULIN (5/11/1816, Paris- 9/7/1859, Londres). Il y a 6 associés dont un ancien négociant, André, Régis MATHEY (27/10/1790, Cluses en Haute Savoie-21/6/1869, Paris 4e arrdt.) qui a la seule signature sociale et qui est chargé de tenir la caisse, les écritures, de faire les marchés, ventes et achats. Antoine ROUX-MOLLARD (3/11/1818, Bonvillard en Savoie -après 1879) et Charles TELLIER sont lithographes. Le sixième associé Jean-Louis-Paul LEROUX est écrivain lithographe ou dessinateur lithographe (24/6/1821, Epaux dans l’Aisne -16/9/1868, Château-Thierry dans l’Aisne). Le siège de la société est 19 rue du Bouloi (Paris 1). Ils lithographient notamment en 1844 une affiche pour le journal l’Atelier et un document pour une association socialiste icarienne (“Liberté, égalité, fraternité, solidarité. Aux démocrates socialistes “).

L’Atelier, organe spécial de la classe laborieuse… : [affiche], Paris, Deulin et Mollard, 1844. Gallica (BnF).

À la suite de malversations, l’affaire est vendue en juillet 1845

* RIMET est un des associés le 1er mai 1849 de « La Fraternelle des ouvriers imprimeurs lithographes »31 dite aussi “GRELLÉ, RIMET ET Cie”. On y retrouve :

  • Jean Baptiste GIRARD [voir fiche et billets GIRARD], imprimeur-lithographe, 2 rue des Vertus, fondateur de la BAI-III
  • François Martin BOUCHERON (15/1/1821, Paris-25/6/1871, Paris 15e ) qui a été inculpé en 1848
  • Antoine GRELLÉ (24/3/1811, Saint Rémy-les-Chevreuses-19/7/1863, Paris 9e)
  • François GARRIOT,
  • François, Pierre CHAPPELIER (5/5/1821, Paris-20/4/1880,  Saint-Ouen 93.), inculpé en 48.

Le siège est 64 et 65 passage du Caire à l’adresse d’Antoine GRELLÉ. « GRELLÉ reste le gérant de l’imprimerie et la part des ouvriers dans le capital est constituée par une retenue sur leurs travaux ce qui laisse GRELLÉ pour longtemps encore majoritaire dans le capital. » Ils impriment notamment la planche n° 18 d’objets présentés à l’Exposition nationale des produits de l’industrie agricole et manufacturière en 1849 pour le Mercure Universel  dont le « lévrier du rail » de DEROSNE et CAIL32. La société, modifiée un mois après l’arrestation et l’emprisonnement de GIRARD (dissolution le 30/6/1850), perdure jusqu’en 1854.

* RIMET travaille ensuite avec Armand PETTRÉ (futur lecteur de la BAI-III) à partir de 1850. PETTRÉ (23/7/1818, Ribecourt dans l’Oise-3/4/1878, Paris 3e) dispose d’un brevet en 1845. En 1848, il a formé une coopérative sous le nom d’Association fraternelle des ouvriers lithographes PETTRÉ et Cie, 268 rue Saint Denis. Ils impriment notamment des cartes pour d’autres associations fraternelles33, notamment l’association fraternelle et égalitaire des charbonniers ainsi que celle des cordonniers. PETTRÉ s’associe avec Pierre François NOMBRAL (26/2/1818 Toulouse- 1900, Toulouse). NOMBRAL est arrêté lors de l’Affaire de la rue Michel Lecomte34, avec J.B. GIRARD et L.J. DELBROUCK, futur fondateur de la bibliothèque de Vernon [voir fiche DELBROUCK]. Laissé libre sous caution puis condamné à 6 mois de prison, il voit sa peine confirmée en appel. Il se pourvoit en cassation et le jugement est cassé pour vice de forme. Il est à nouveau condamné à 6 mois de prison le 27/7/1851. Le 27/3/1850 le dépôt des statuts précise qu’il s’agit d’une société en nom collectif pour PETTRÉ et NOMBRAL et en commandite pour tout citoyen qui adhère aux statuts par une prise d’action. Le capital social est de 20 000 francs divisés en 800 actions de 25 francs35. Ils éditent notamment : Le Vice réel du capital dans les services qu’il rend  de Charles BESLAY36, Paris, Pettré (1851).

* Ensuite, PETTRÉ et RIMET s’associent. En 1856. L’imprimerie PETTRÉ et Cie se présente comme une imprimerie d’ouvriers associés. Ses spécialités sont les travaux de ville : factures, circulaires, cartes de visite, registres, billets de décès. Ils impriment notamment un décret de Napoléon III.

RIMET rachète à PETTRÉ son imprimerie en février 1866. Il s’associe un moment avec Frédéric LEGROS (24/11/1834, Saint Just en Chaussée, Oise -21/10/1900, Paris 9e arrdt.). Il exploite alors 6 presses. Il cesse son activité en 1874 et c’est PETTRÉ qui reprend l’affaire le 12 juin 187437.

Fiche publiée le 23 juillet 2025.

Auteur : Louise Oudin

  1. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  2. AD38, Pont-en-Royans, naissances, collection départementale 1793-1810, page 207-253, acte 17. [↩]
  3. AD38, Choranche, collection départementale, page 194/283, acte 5. [↩]
  4. AD38, Choranche, mariages, collection départementale, 1793-1872, page 243 / 283, acte 1. [↩]
  5. AD26, Saint-Laurent-En-Royans, NMD, an XI-1812, page 104/268. [↩]
  6. AD26, Saint-Laurent-en-Royans, BMD, 1749-1792, page 280 /367. [↩]
  7. AD26, Saint-Laurent-En-Royans, NMD, 1749-1792, page 188/367. [↩]
  8. AD26, Saint-Laurent-En-Royans, NMD, 1749-1792, page 250/367. [↩]
  9. AD80, Montagne-Fayel, BMS,1813-1836, page 106/450. [↩]
  10. AD80, BMS,1813-1836, page 224/450. [↩]
  11. AD80, Fourdrinoy, NMD, 1815-1836, page 282/363, acte 25. [↩]
  12. AD75, 3e arrdt., mariage, 1864, page 14/31, acte 284. [↩]
  13. NB : GIRARD a également résidé avenue d’Argenteuil. [↩]
  14. AD75, 3e, mariage, 1872, page 3/31, acte 124. [↩]
  15. Fichier BOSSU. [↩]
  16. Jean-Claude Farcy, La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880) lire ici. [↩]
  17. AD75 ,1er arrdt., mariages, 1874, page 24/31, acte 46. [↩]
  18. AD80, Montagne-Fayel, NMD, 1850 /1856, acte 12. [↩]
  19. AD92, Courbevoie, décès, 1881, page 56/105, acte 224. [↩]
  20. AN, dossier de demande de brevet d’imprimeur lithographe 1866, F/18/1819. [↩]
  21. Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, histoire, sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952, il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
  22. Le Temps, 6/10/1867. [↩]
  23. L’Atelier, 1/6/1844. [↩]
  24. L’Atelier, avril 1846. [↩]
  25. Michael D. SIBALIS, “André TRONCIN, ouvrier tailleur (1802-1846) : une victime de la prison politique“, Revue d’histoire du XIXe siècle,1991, p. 83-91. [↩]
  26. Le Rappel, 23/11/1872. [↩]
  27. La Cloche, 27/11/1872, lire ici. [↩]
  28. Le Réveil du 8/10/1868, lire ici. [↩]
  29. La liberté, 8/1/1869. [↩]
  30. Voir notamment le Dictionnaire des imprimeurs lithographes de l’Ecole nationale des Chartes : RIMET ; Paul CHAUVET, Les ouvriers du livre ; Isidore FINANCE, Les associations professionnelles ouvrières ; Ian FRAZER , Lectures et lecteurs au XIXe siècle : la Bibliothèque des Amis de l’instruction. — Paris : Bibliothèque des Amis de l’instruction du Ille arrondissement, 1989, page 56. [↩]
  31. Le Droit,  10/5/1849. [↩]
  32. Notice sur les machines et dessins exposés sous le n° 388 [Texte imprimé] / par N.-J. Raffard ; Exposition de 1849. [↩]
  33. Familistère de Guise, collections, association fraternelle des ouvriers lithographes PETTRÉ et Cie. [↩]
  34. Ian FRAZER , Lectures et lecteurs au XIXe siècle : la Bibliothèque des Amis de l’instruction. — Paris : Bibliothèque des Amis de l’instruction du Ille arrondissement, 1989, page 60. [↩]
  35. Le Droit, 10/4/1850. [↩]
  36. BnF catalogue général, voir ici. [↩]
  37. Cercle de la librairie, Bibliographie de la France : ou Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 1874. [↩]

On parle encore et toujours des bibliothèques populaires : Lire les autrices à la Bibliothèque des Amis de l’Instruction

Le samedi 17 mai 2025, à 17 heures, Isabelle Pasquet évoquera à la BAI-III “Lire les autrices à la BAI“.

 

 

S’appuyant sur les comptes-rendus du conseil d’administration de la BAI-III, sur les cahiers des desiderata conservés et les catalogues, elle évoquera l’évolution des autrices entre 1862, 1920 et
1960 (nombre, nationalité, genres littéraires.) dans les collections de la BAI-III et les  grandes figures de ce corpus. Comment les
ouvrages écrits par des femmes ont-ils été sélectionnés ? Quels éléments de contexte (édition, féminisme, etc.) sont nécessaires pour une meilleure compréhension de cet ensemble ?

Pour s’inscrire à cette conférence, c’est ICI sur le site de la BAI-III.