Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

LENEVEUX, Henri, Charles (1817-1893)

Notre projet sur “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” fait progressivement apparaître des personnages particulièrement importants auxquels nous consacrons donc, sur le même modèle, une fiche détaillée.

« Le sourire moqueur empreint sur ses lèvres le faisait quelquefois mal juger ; mais après un peu de fréquentation, on ne tardait pas à apprécier son esprit délié et enjoué. Il fut aussi le premier gérant du journal L’Atelier, mais sans porter avec lui l’aspect sectaire de la plupart des autres membres du cénacle ; sa figure souriante formait contraste avec l’air constamment grincheux du pontife Corbon1.»

Henri Leneveux. Cliché aimablement fourni par la famille.

 

NOM : LENEVEUX

Prénoms : Henri, Charles.

N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 2032 mais son nom est masqué d’un papier blanc3.  

Rôle dans la BAI-III : juste lecteur très temporairement de la BAI-III puis président du comité consultatif et des études de la BAI-XIV4. Donateur de livres dès 1861 à la BAI-III et en 1875 à la BAI-XIV.

État-civil et famille

Naissance et famille d’origine

Henri LENEVEUX naît à Paris, ancien XIe arrondissement le 10/2/18175. Son père, âgé de 35 ans, est noté professeur d’écriture. Sa mère a 20 ans.

Lors de son baptême, à Saint Pierre de Montrouge (actuel XIVe), il a pour marraine Madame De PONTCHARTRAIN, au service de laquelle sa grand-mère paternelle est attachée6.

Henri LENEVEUX devient enfant unique à l’âge de 5 ans en 1820, suite au décès en nourrice d’un frère âgé de 18 mois7.

Les grands-parents maternels

Georgine (Georgette) RENAUD (REGNAULT) et Jean Baptiste Marie PIGNOT se marient à Paris en 17928.

Le couple réside d’abord à Gray en Haute-Saône, où elle accouche d’un premier enfant pendant qu’il se trouve à Paris en 17959. L’enfant meurt à 2 mois à Gray ; le père, revenu, est commis à l’administration du district10.

Le couple réside ensuite à Montluçon, où naît Marie Louise en 1797. Jean Baptiste Marie meurt d’une fièvre putride à 39 ans le 4/6/1804 à l’hôpital militaire de Lille, dont il est sous-employé de deuxième classe11. Il est noté natif de Paris (vers 1765). Georgine meurt à Paris, ancien IXe arrondissement, le 16 juillet 1804.

La mère de Henri LENEVEUX, Marie Louise PIGNOT, est donc orpheline à 7 ans.

Les grands-parents paternels

Les grands-parents paternels sont tous les deux domestiques. Ils se marient à Paris le 13/10/176812.

Le grand-père Jean Baptiste François meurt le 6/9/1808 dans le château de Saint Barthélémy de Madame de FLAMARENS née du VIGIER, qu’il sert13. Il aurait 73 ans et serait né à Paris vers 1735. à Paris, il habite 6 rue de Varenne dans l’hôtel de Madame de FLAMARENS en tant qu’ancien attaché de Monsieur de FLAMARENS. Figurent dans l’inventaire après décès huit volumes d’une histoire de Marguerite d’ANJOU, prisés 1 franc.

Cette année-là, la grand-mère de LENEVEUX, Marie Magdelaine PIGNEAU est attachée au service de Madame de PONCHARTRAIN. Elle est en outre tutrice de 3 enfants issus de sa fille Marie Sophie Victoire LENEVEUX, épouse de Romain Joseph BEGAT14: Charlotte Gabrielle, Romain Regnault, Marie Louise Gabrielle. Elle demeure au 9 rue Honoré Chevalier chez sa maîtresse. Elle meurt à Puteaux le 7/1/1835 au domicile d’un de ses petits-fils, à 84 ans15. Elle est née vers 1751.

Mariage des parents de Henri LENEVEUX

Les parents se marient à Paris le 17/6/181616. Lui a 35 ans, elle 19. Ils habitent rue Honoré Chevalier, elle au 11, lui au 9.

Le père de LENEVEUX

Jean, François, Henry, Denis est noté sur les actes professeur d’écriture et de mathématiques et une fois professeur de langues. Il naît à Paris le 15/9/1781. En 1808, il séjourne au Portugal. Sa mère n’assiste pas au mariage et donne son consentement par acte notarial. LENEVEUX père est mort avant ses 66 ans et avant 1847 en un lieu non trouvé. Il est noté une fois militaire.

La mère de LENEVEUX

Marie Louise PIGNOT est notée ouvrière en dentelles quand elle se marie. Elle naît à Montluçon d’un père de 32 ans perruquier le 14/11/179717.

Orpheline et mineure anticipée quand elle se marie, c’est son curateur Jean Charles TANIÈRE (3/8/1745, Paris – 12/3/1835, Paris), instituteur, qui est présent. Il est déjà depuis 1808 le subrogé-tuteur d’enfants de la famille LENEVEUX.

Le mariage princier de 1816

Le mariage des parents de Henri LENEVEUX se déroule en grande pompe. C’est le jour du mariage du Duc de BERRY et de Marie-Caroline de NAPLES. En cette occasion, 15 orphelines sont dotées par la municipalité sur vote du conseil municipal. Marie-Louise PIGNOT est choisie par le curé de l’ancien XIe arrondissement. La signature des contrats notariés précisant la dotation de 1200 francs se tient collectivement à l’Hôtel de Ville dans la salle Saint Jean le samedi 15 juin. Le lundi 17, chaque couple se marie dans sa mairie d’arrondissement puis reçoit la bénédiction nuptiale dans l’église de sa paroisse – pour LENEVEUX et PIGNOT l’église Saint Sulpice. En grande pompe, les 15 cortèges réunis entrent dans Notre-Dame pour assister au mariage de l’héritier potentiel de la couronne18.

Le contrat de mariage des parents de Henri Leneveux

Le contrat signé expose la dotation municipale et aussi la partie privée du contrat. Le marié apporte la somme de 1200 francs sous forme de ses meubles, habits, bijoux, linge, instruments de mathématiques, livres et deniers comptants. De plus, il détient une rente de 72 francs inscrite sur le grand livre de la dette publique perpétuelle, provenant de ses gains et épargne. La mariée apporte également 1200 francs sous forme d’habits, linges, bijoux provenant de ses gains et épargnes19.

Évolution professionnelle de la mère

La mère d’Henri LENEVEUX, notée ouvrière en dentelle quand elle se marie, devient éditrice et écrivaine sous son nom marital de Louise LENEVEUX.

Elle publie comme éditeur principalement des écrits de Pierre BOITARD touchant à l’agriculture, comme « les instruments aratoires ».

Elle écrit d’abord des livres de botanique puis des nouvelles « édifiantes » pour les enfants. Un recueil présent au premier catalogue contient une de ses œuvres (voir plus bas).

Elle meurt le 10 février 1876 au 101 avenue d’Orléans, avec pour témoin le mari de sa petite-fille, Charles Mathieu LIMOUSIN20.

Mariage d’Henri LENEVEUX

Il épouse à 31 ans, à la mairie de l’ancien XIe arrondissement, le 4 juillet 1843, Françoise Adélaïde FOUCRIER, 22 ans, née le 6/10/1821 à Paris ancien Xe arrondissement. Le père de Françoise, Jean FOUCRIER, est cuisinier ; sa mère Rose Françoise BERLE est bonnetière21.

Rose Françoise BERLE meurt à 80 ans le 27/2/1869, 101 avenue d’Orléans, à la même adresse que LENEVEUX, qui est témoin22.

Descendance d’Henri LENEVEUX

Le couple LENEVEUX × FOUCRIER a trois enfants :

  •    Camille, Marie Agathe, née le 9/9/1846 à Paris anc. XIe arrondissement.23. Elle épouse le 14/8/1866 Charles Mathieu LIMOUSIN (24/10/1840, Montaud, ville proche de Saint-Étienne Loire -8/9/1909, Paris XIVe), employé de commerce, âgé de 25 ans. Lors du mariage, elle a 19 ans et est notée coloriste24. Les 4 parents sont présents et Anthime CORBON est témoin. Le père de Charles, Mathieu Antoine est passementier et sa femme est Françoise VIAL. Ils ont deux fils : Charles Antoine Henri, né le 17/3/1868 au 101 route d’Orléans chez ses grands-parents, et Charles Guillaume Georges, né au 114 avenue d’Orléans en 1873.
  •  Anthime, Alexandre, Henri, né le 12/4/1848, route d’Orléans à Montrouge. Un des deux témoins est Pierre BOITARD25.
  •  Charles, Adolphe, né le 30/11/1855 à Montrouge, 101 avenue d’Orléans26. En 1891, il habite 144 avenue d’Orléans et est employé27. Il meurt célibataire à 40 ans, le 24/1/1896 à Montrouge28.

Décès d’Henri LENEVEUX et de son épouse

Henri LENEVEUX meurt à 76 ans le 11/5/1893, 122 avenue d’Orléans29. Il choisit d’être incinéré et ses cendres sont déposées au columbarium du Père Lachaise.

Son épouse Françoise Adélaïde FOUCRIER meurt à 72 ans le 6/3/1894 au 84 Boulevard Jourdan, son domicile, Charles Mathieu LIMOUSIN étant témoin30.

Professions

Typographe. Il aurait commencé chez DIDOT en 1833 à 16 ans31.

Compositeur en 184532. Premier gérant du journal L’Atelier, puis membre élu du jury de rédaction33.

En 1848, teneur de livres34. En 1855, teneur de livres ; son épouse est notée coloriste.

En 1850, il collabore au Vote Universel (premier numéro 14/11/1850, bureau 3 rue Jean Jacques Rousseau ; dernier numéro septembre 1851). Il y retrouve Pierre Marie ANDRÉ, futur ami de la BAI-III et BAI-V.

En 1854, il est chez l’imprimeur DUBUISSON35. Il organise alors « la première association en commandite » dans la typographie. Dans un article sur « les écoles pratiques de l’association » publié dans le journal L’Association (page 474) du 15/7/1866, il explique que le terme commandite n’est pas correct. En résumé : « pour réussir une association de production, il faut s’y préparer par des expériences transitoires. Vers 1854, des metteurs en pages d’imprimerie ont choisi de partager la presque intégralité de leurs bonis avec leurs camarades. Des équipes se formèrent autour d’un metteur en page et la nouvelle organisation fut profitable à tous ».

En 1859, LENEVEUX devient éditeur de la Bibliothèque utile : les 123 volumes à 60 centimes sortent chez DUBUISSON jusqu’en 1867, chez PAGNÈRE jusqu’en 1872, chez GERMER-BAILLIÈRE jusqu’en 1884, puis chez ALCAN36.

Les volumes de cette collection sont très présents dans les catalogues des bibliothèques des Amis de l’instruction37.

En 1866, il est noté « prote » d’imprimerie lors du mariage de sa fille ; son épouse est notée coloriste.

En 1867, il quitte son poste de prote chez DUBUISSON38.

En 1869, on le retrouve aux éditions PAGNERRE. C’est alors Madame PAGNERRE qui gère la maison fondée par son époux Laurent, Antoine (1805-1854).

Comptable en 187039.

Publiciste notamment au Siècle, aux Nouvelles diverses, de 1867 à 1870.

En 1891 et 1893 il est receveur d’octroi40.

Adresses connues

  •           9 rue Honoré Chevalier en 1817, actuel 6e arrdt.
  •           40 rue de Bièvres en 1822, actuel Ve arrdt.
  •           15 rue Férou en 1839, actuel VIe arrdt. C’est aussi l’adresse de Madame LENEVEUX, éditrice, en 1837.
  •           Il habite le XIVe actuel à partir de 1842.
  •        101 avenue d’Orléans en 1855 et encore en 1861/1862.
  •           144 avenue d’Orléans en 1870 et en 189141.

Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique42.

LENEVEUX a publié en 1855 un Guide-Manuel de la tenue des livres. Une deuxième édition sort en 1862.

LENEVEUX est professeur à la Philotechnique, section de la Sorbonne : d’abord de comptabilité première année en 1861/1862, puis de tenue des livres en 1862/1863.

Palmarès de l'Association philotechnique. Recueil. BnF. Cliché A. Sandras
Palmarès de l’Association philotechnique. Recueil. BnF. Cliché A. Sandras

Il ne figure plus sur la liste des professeurs en 1863/1864.

Fin décembre 1864, il signe le refus de se rallier à l’Association polytechnique avec Louis GRANDEAU (BAI-III puis V), Émile LIONNET (BAI-III puis BAI-V), et Joseph VINOT (BAI-VI)43.

Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique

En 1835, il a 17 ans et organise avec Jules LEROUX une assemblée générale des typographes. Elle se tient clandestinement Chaussée du Maine44. Ils réussissent à faire porter le débat sur la création d’un barème des salaires unique : « le tarif ». LENEVEUX se préoccupera du sujet toute sa vie.

En 1839, il préside le syndicat typographique parisien fondé notamment par un certain LALLEMAND, typographe, et Victor-Eugène Gauthier45. La même année, il fonde une revue corporative, L’Imprimerie, qui paraît du 19/10/1839 au 7/2/1840. Payer l’abonnement donnait droit à une indemnité de 0,75 francs en cas de chômage et de maladie après étude de la situation. Le journal défendait une entente avec les patrons pour sortir de la crise.

En 1840, il adhère au comité de la réforme électorale et signe la pétition : « tout Français qui n’a pas été flétri par un tribunal fait partie de la garde nationale. Tout membre de la garde nationale doit être électeur et éligible46. Il est au comité central en 184147.»

Le 31 mars 1848, LENEVEUX rencontre George SAND et LEDRU-ROLLIN pour une mission de « propagande en province », puis y renonce48. George SAND annoncera la sortie de la Bibliothèque utile dans Le Siècle49.

En 1848, porté par la campagne menée pour les mineurs de la Loire dans le journal L’Atelier, il est candidat aux élections législatives dans ce département. Il reste à Saint-Étienne comme rédacteur gérant de La Sentinelle Populaire (premier numéro juillet 1848 – dernier numéro novembre 1849, en raison de l’état de siège à la suite de l’insurrection à Lyon), ce qui lui vaut quelques problèmes judiciaires50. C’est là qu’il rencontre Antoine LIMOUSIN, père de Charles Mathieu qui deviendra son gendre51.

Sous le Second Empire, il rejoint la fraction modérée de l’opposition républicaine52.

En janvier 1858, il est condamné à 15 jours de prison, 200 francs d’amende et 500 francs de dommages et intérêts et une année de contrainte par corps. LENEVEUX est directeur du journal Les Chroniqueurs parisiens et une plainte pour diffamation a été déposée contre lui par Charles de Brunswick. LENEVEUX dépose un recours en grâce et, après un avis favorable du ministère de l’Intérieur, elle lui est accordée53.

En janvier 1862, il proteste dans L’Opinion Nationale contre l’interdiction au colportage de 6 volumes de la Bibliothèque Utile. On apprend que le colportage dans les gares se fait uniquement par l’intermédiaire de la maison Hachette et que le Vicomte SÉRURIER est rapporteur de la commission54.

En mars 1866, à la demande de Jean-Pierre BÉLUZE, il fait partie du comité de rédaction de L’Association. Il lui envoie sa démission et évoque le départ de Charles LIMOUSIN licencié, de Henri TOLAIN, de CORBON et d’Ernest FRIBOURG devant les difficultés55. Camille BOCQUET et Antoine COHADON de la BAI-V participent au journal.

Maire du XIVe arrondissement quelques jours56. C’est lui qui, en tant que premier maire, proclame la République.

[Proclamation du maire provisoire du XIVe arrondissement, invitant ses administrés à concentrer leurs pensées sur la défense de Paris et à inaugurer la République des États-Unis d’Europe, signée : H. Leneveux, Élie Ducoudray, Charles Limousin, Alfred Deberlé.] [Texte imprimé]. Publication : Paris : impr. de A.-E. Rochette, (1870). BnF, cote FOL-LB57-273. Cliché Louise Oudin

Il a l’occasion pendant ces deux jours de présider la nomination des chefs du « bataillon des typographes ». Élie DUCOUDRAY est nommé maire car LENEVEUX est « empêché de continuer ses fonctions57».

LENEVEUX reste à Paris pendant le premier siège. Le 4 mai, il « fugue chez une vieille cousine à Boissy-Saint-Yon en Seine-et-Oise ». Il choisit de partir pour ne pas avoir de rôle à jouer58.

Élu au conseil municipal de Paris pour le quartier Petit-Montrouge le 24/11/1872. Il siège 9 ans59.

Élections municipales du 24 novembre 1872. Quartier du Petit-Montrouge. Candidature Leneveux – Paris, Imprimerie Cusset et Cie, 1872. AFF14806 (12). L’Argonnaute – Bibliothèque numérique de la Contemporaine

Candidat non élu aux élections législatives de février 1876 :

 

Élections législatives du 20 février 1876, Paris, Typographie et lithographie Ves Renou, Maulde et Coc, 1876. Profession de foi de H. Leneveux – Cote AFF10090 -L’Argonnaute – Bibliothèque numérique de la Contemporaine

En 1878, il est présent au 107e anniversaire de Fourier et tient un discours qui réhabilite le travail.

Le 24 juin 1883, il fait les comptes de la librairie des sciences sociales60. Il collabore au Bulletin du mouvement social, dirigé par son gendre Charles LIMOUSIN.

En 1884, il défend le « droit de vote des femmes61.»

Appartenance à une société de bienfaisance, une association

Il appartient à la Société fraternelle des protes.

Il est contributeur du Crédit au travail et membre de la commission de décembre 1865 avec FONTAINE (BAI-III), FRIBOURG Ernest-Édouard (BAI-III et XIV) et LIMOUSIN père (BAI-XIV). Cette commission invite à la création de sociétés d’épargne et de crédit mutuel et propose de l’aide pour la réalisation des projets62.

Adhésion à la Société Franklin

Non identifiée.

Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III

À l’APH, il a notamment pour élève Joseph CHRÉTIEN et Henry BRIÈLE.

Par les associations (voir ci-dessus).

Au journal L’Atelier avec Antoine, Claude FAVELIER, lecteur 77 à la BAI III.

Relations repérées avec d’autres fondateurs de bibliothèques populaires

Avec le Vicomte Sérurier (fondateur de la BAI-VIII).

Éléments biographiques complémentaires

LENEVEUX bénéficie d’une biographie de son vivant dans le Grand dictionnaire universel du XIXe, tome X, 1873, page 359, de Pierre LAROUSSE. Il est aussi cité à plusieurs reprises et présenté par Joseph MAIRET dans ses carnets écrits entre 1839 et 185163.

Il serait allé à l’école primaire d’un village de banlieue et aurait ensuite suivi des cours gratuits du soir64.

LENEVEUX a 13 ans quand sa mère devient éditrice puis autrice.

La vie des LENEVEUX est très liée à celle de Pierre BOITARD au moins à partir de 1832 et jusqu’au décès de BOITARD en 1859.

Pierre BOITARD est un vulgarisateur écrivant principalement sur des sujets de sciences naturelles, ce que fera Louise LENEVEUX, mais élargissant sa compétence à l’impression en taille douce, le métier de cordier ou à l’économie domestique65.

Ils sont à la même adresse rue du cimetière Saint André des Arts (actuelle rue SUGER), les LENEVEUX au 18 et BOITARD au 14 en 1832. Ils vont s’installer à Montrouge dans la partie qui deviendra le quartier « Petit Montrouge » du XIVe. Les LENEVEUX route d’Orléans et BOITARD rue Neuve d’Orléans (actuelle rue Du Couëdic).

Louise LENEVEUX se présente comme une élève de BOITARD sur la page de titre de Petite Botanique élémentaire à l’usage des commençants qui parait en 1844 chez Mme. Vve. MAIRE-NYONS.

Lors du décès de Pierre BOITARD, en 1859, Henri LENEVEUX est témoin66.

 Installée 18 rue du-cimetière-Saint-André-des-Arts, Louise LENEVEUX édite principalement des ouvrages pratiques de Pierre BOITARD (1789, Mâcon – 1859, XIVe arrondissement. actuel), comme :

  • L’herbier des demoiselles en 1832.
  • Les instruments aratoires en 1833. La présentation annonce le début d’une encyclopédie rurale et domestique ou cours complet d’agriculture, d’horticulture ou d’économie domestique, mais le projet n’est pas poursuivi.

Elle écrit notamment :

Elle écrit dans l’introduction :

« Les femmes de l’Orient furent enfermées dans des harems ; en Occident, elles furent soumises à des exigences dont le ridicule et l’injustice les rendent plus véritablement esclaves qu’en Asie. Mais le feu sacré de la liberté brûle dans le cœur d’une jeune fille comme dans celui du républicain le plus indomptable, comme dans celui de tous les êtres vivants. Les femmes, ne pouvant se soustraire à la tyrannie par la force, cherchèrent à lui échapper par la finesse, et l’amour vint aiguiser les armes fournies par la ruse ».

Elle ne se départ pas de sa volonté d’instruire et de moraliser, et invite les enfants à s’éloigner de la fiction.

En 1862, elle écrit un dernier livre, Soirées en famille, qu’elle dédicace à ses deux petits-enfants Camille et Charles. Elle rapporte qu’ils passent des vacances ensemble au bord de la mer en Normandie depuis 12 ans.

LENEVEUX est le premier directeur gérant du journal L’Atelier en septembre 1840. En avril 1844, une société en commandite est créée et c’est Jean-Baptiste-Nicolas PASCAL (1821, Vienne, Isère – 1900, Paris XIVe), ouvrier typographe, qui est le gérant de la société et du journal. L’Atelier publie son dernier numéro le 31 juillet 1850, n’ayant pu trouver les 18 000 francs supplémentaires de cautionnement. LENEVEUX est resté collaborateur permanent pendant 6 années.

En 1859, il fonde la collection éditoriale « la Bibliothèque Utile ». LENEVEUX dans La propagande de l’instruction (voir plus bas) précise :

« Ce ne pouvait être une œuvre de lucre, ni même de retentissement glorieux : le seul désir d’être utile, d’aider à l’affranchissement moral du plus grand nombre, de préparer les voies d’un meilleur avenir pour tous, tel était, tel est encore le seul mobile du sacrifice que la démocratie militante s’est imposé ».

Le catalogue complet comprend 128 volumes édités entre 1859 et 1914. La collection est groupée en 6 catégories : Histoire de France, Pays étrangers, Droit, Philosophie, Sciences, Enseignement-Économie Politique-Arts.

Parmi les auteurs de la collection figurent notamment : Frédéric MORIN (1823-1874) de la BAI-V ; Anthime CORBON (1808-1891) de la BAI-XIV puis XV ; Auguste OTT (1814-1903) de la BAI-XIV ; Maurice CRISTAL (1827-1887) de la BAI-XIV ; Louis COMBES (1822-1881) de la BAI-XIV ; Jules BARNI (1818-1878) de la BAI-XIV ; Jean François ROBINET (1825-1899) de la BAI-VI.

Écrits de la personne :

22 références que l’on peut retrouver dans le catalogue général BnF

LENEVEUX ne semble pas tenir de conférences, mais il travaille et écrit beaucoup. Il lit sûrement, en tout cas il cite MICHELET, La Mer dans La Propagande de l’Instruction, page 120.

Ses écrits sont étudiés encore aujourd’hui67.

  •  En 1851, il participe à l’Almanach du travail avec CORBON (BAI-XIV puis XV) et PELLARIN (BAI-XIV).
  •  En 1854, il publie la première édition du Guide-manuel de la tenue des livres de commerce ou traité de comptabilité pratique.
  •  Il écrit trois volumes pour la collection de la Bibliothèque utile :
  •  En 1861, De l’instruction en France. Il rédige la deuxième partie : La propagande de l’instruction : études sur les moyens de la propager : il y explique dans le XXe chapitre (page 164) le rôle et les limites de la collection. Il s’agit de participer à l’émancipation des travailleurs.

En 1872 dans l’Almanach de la république française de la librairie, deuxième édition publiée 22 ans après la première, il rédige un chapitre ayant pour titre : l’instruction au-delà de l’école primaire. Il y prône l’arrêt de l’éducation religieuse par les maitres. Il souhaite confier aux instituteurs des lectures publiques qui lui semblent abordables par un large public. Il propose la création de bibliothèques communales par souscription adossées à des musées scientifiques confiés aux maitres68.

En 1878, LENEVEUX se prononce dans le Bulletin du mouvement social pour un système de retraite reposant sur des cotisations obligatoires. Toute sa vie il sera préoccupé par ce sujet. Lui-même reprend des fonctions à l’octroi de Paris à un âge avancé69. 

LENEVEUX écrit également de la musique. Il compose par exemple une partition pour la chanson « la typographienne » en 1844, mais sa partition n’est pas choisie70. La Typographienne a été chantée dans tous les banquets typographiques à partir de septembre 1844.

Il chante aux banquets de la société des protes en mai 1878 deux chansons de M. Leconte, et “Le Vin bleu du Père Michel“, une “gaudriole désopilante71.”

Il reçoit le ruban d’officier d’académie sur la demande de la Société des protes en août 1881.

Fiche publiée le 12/09/2026.

Auteur : Louise OUDIN

  1. Portrait par Joseph MAIRET à la page 221 des Carnets de Joseph MAIRET, ouvrier typographe publié par la fédération des travailleurs des industries du livre en 1995. [↩]
  2. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  3. Pierre FAROUILH et Danièle MAJCHRZAK, “Promenade sur les pas des premiers lecteurs de la BAI-III”, communication au colloque de 2014. Les auteurs soulignent que 7 lignes ont été recouvertes d’un papier blanc. On discerne le nom de LENEVEUX ainsi que son adresse avenue d’Orléans. [↩]
  4. CR BAI-XIV 1873. [↩]
  5. AD75, acte de l’état civil reconstitué, naissance, 11/2/1817, page 25/51. [↩]
  6. Information communiquée par la famille. [↩]
  7. AD28, Favières, NMD, 1809-1824, page 252/314. [↩]
  8. AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds ANDRIVEAU, 21/8/1792. [↩]
  9. AD70, Gray, 1794/1794, page 67/87. [↩]
  10. AD70, Gray, 1795/1795, page 70/75. [↩]
  11. AD59, Lille, décès 1805-1806, page 193/1007, acte 2178. [↩]
  12. AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds Andriveau, 13/10/1768. [↩]
  13. AD77, Saint Barthélémy, N.M.D., an X-1812, page 151/253. [↩]
  14. AD75, mariages à Paris 1613-1805, fonds Andriveau, 16/9/1800. [↩]
  15. AD92, Puteaux, décès, 1835, page 2/15, acte 1. [↩]
  16. AD 75, acte de l’état civil reconstitué, mariage, 17/6/1816, page 5/44. [↩]
  17. AD03, Montluçon, Greffe, N, 1796/1803, page 57/265, acte 21. [↩]
  18. Gazette nationale ou le Moniteur universel, 19/6/1816. [↩]
  19. AN, MC/ET/XCIII/364, minutes de Maître Marchoux, mariage de Jean François Henri Leneveux, professeur d’écriture et de langue, 9, rue Honoré-Chevalier, avec Marie Louise Pignot, 11, même rue. [↩]
  20. AD75, décès, XIVe, page 13/31, acte 321. [↩]
  21. AD75, état civil reconstitué, actes, mariage, page 32/51. [↩]
  22. AD75, Décès, XIVe, page 3/31, acte 551. [↩]
  23. AD 75, état civil reconstitué, actes, page 29/51. [↩]
  24. AD75, mariage, XIVe arrondissement, page 24/31, acte 304. [↩]
  25. AD92, page 17/54, acte 82. [↩]
  26. AD92, Montrouge, naissances, 1855, page 99/123, acte 463. [↩]
  27. LE Paris 91 par Ancestry. [↩]
  28. AD92, Montrouge, décès, 1896, page 6/70, acte 18. [↩]
  29. AD75, décès, XIVe, 1893, page 4/18, acte 2000. [↩]
  30. AD75, état civil, décès, XIVe, 1894, page 5/19, acte 944. [↩]
  31. Notice LENEVEUX, MAITRON. [↩]
  32. L’Atelier de février 1845. [↩]
  33. Gazette de France, 22/2/1845. [↩]
  34. L’Atelier du 21/5/1848. [↩]
  35. Jean Baptiste Éloi : né le 23/12/1818 Libourne, Gironde, résidant 5 rue du Coq-Héron, Ier arrondissement., brevet à résidence le 11 mars 1851, décédé le 13/5/1887, Ier arrondissement, même adresse. [↩]
  36. “La Bibliothèque utile, une collection de vulgarisation pour autodidactes”, Barbara DIMOPOULOU et Jean-Jacques TOMASSO, Les Études Sociales, 2022. [↩]
  37. Intervention de Selma Munoz-Antimes à la journée sur “Les collections éditoriales dans les bibliothèques d’entreprises, d’associations, d’institutions, les bibliothèques militantes et politiques : Productions sérielles, lectorats pluriels (Europe-Amériques, XIXe-XXIe siècles)”, organisée par Patricia Sorel le 21 mars 2025 au Pôle Métiers du livre de Saint-Cloud. [↩]
  38. La Typologie-Tucker, novembre 1875. [↩]
  39. Grand dictionnaire universel du XIXe, tome X, 1873, page 359/1498 de Pierre LAROUSSE. [↩]
  40. Liste électorale de Paris en 1891 et acte de décès. [↩]
  41. Liste électorale de Paris 1891. [↩]
  42. Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952 ; il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
  43. Voir sur ce carnet : “Des liens historiques étroits entre les premières bibliothèques des amis de l’instruction et l’Association philotechnique” par Agnès SANDRAS et Louise OUDIN. [↩]
  44. Paul CHAUVET, Les ouvriers du livre en France, Librairie Rivière et Cie, 1956, page 126. [↩]
  45. Bulletin officiel de l’union syndicale des maîtres imprimeurs, n°12. [↩]
  46. La Gazette de France, 31/8/1840. [↩]
  47. La Gazette de France, 8/7/1841. [↩]
  48. George SAND, Souvenirs et idées, page 9. [↩]
  49. Le Siècle, 16/2/1859. [↩]
  50. Jugement dans L’Avenir Républicain du 13/12/1848. [↩]
  51. Information communiquée par la famille. [↩]
  52. Georges DUVEAU, La Vie ouvrière en France sous le Second Empire, Gallimard, 1946. [↩]
  53. AN, Contrôle de la presse, de la librairie et du colportage sous le Second Empire, F/18/280. [↩]
  54. L’Opinion Nationale, 11/1/1862. [↩]
  55. H.-CH. LENEVEUX. Two Autograph Letters Signed to Jean-Pierre Beluze, dated March 6 and July 4, 1866, on stationary of the ‘Bibliothèque utile’, concerning the Association des Ouvriers. 2 pieces. 2 pp. and 1, (1 blank) pp. 4to. 1 folder. 1866. International Institute of Social History. [↩]
  56. Les Murailles politiques françaises : du 5 au 8 septembre 1870. [↩]
  57. Le Pays, 11/9/1870. [↩]
  58. Lettres à Madame PAGNERRE, 9 pièces 1865-1872. AN, 67AP/12 dossier 7. [↩]
  59. Élections du 24/11/1872, 29/11/1874, 6/1/1878 dans Nos Édiles, Ernest Gay, 1895. [↩]
  60. AN, 10 AS 32, cité par Bernard DESMARS dans Militant de l’utopie, Les Presses du réel, 2010. [↩]
  61. Le droit des femmes, 1884. [↩]
  62. Histoire générale de la coopération en France. Les Idées et les Fait, Tome 1 : Les Hommes et les Œuvres, par Jean Gaumont. Fédération Nationale des Coopératives de consommation, 1923. [↩]
  63. Les Carnets de Joseph MAIRET, ouvrier typographe, ouvrage publié à l’initiative de la Fédération des travailleurs du livre, 1995. [↩]
  64. Notice MAITRON. [↩]
  65. Voir ses œuvres dans DataBnF. [↩]
  66. AD92, Montrouge, Décès ,1859, acte 522, page 89/139. [↩]
  67. Isabelle OLIVERO, L’invention de la collection, éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1999. Michel HUTEAU, “Deux ouvriers autodidactes et l’orientation professionnelle : Anthime Corbon (1808-1891) et Henri Leneveux (1817-1893)”, L’orientation scolaire et professionnelle [En ligne]. [↩]
  68. Almanach de la République française pour 1872, librairie Pagnerre. [↩]
  69. Signalé par Bernard DESMARS dans Militants de l’utopie, Les presses du réel, 2010. [↩]
  70. “CHANSON LA TYPOGRAPHIENNE“, paroles d’Auguste BOUCHET, musique d’Edmond BONNET, page 19, bulletin de l’Institut CGT de l’histoire sociale du livre parisien, mars 2020. [↩]
  71. L’imprimerie : journal de la typographie, de la lithographie et des arts accessoires, 1/5/1878. [↩]

La Bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement sous la Troisième République

 

Dans ses précédents billets sur la Bibliothèque des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement (BAI-V), Louise Oudin a principalement évoqué cette bibliothèque sous le Second Empire. En effet, ce carnet s’attache plus particulièrement aux débuts des bibliothèques populaires entre 1861 et 1871. Il est néanmoins passionnant, et nous le ferons de plus en plus sur ce carnet, d’évoquer le sort des bibliothèques populaires après la Commune. Rappelons que d’une part l’union parfois improbable de gens de tous bords pour développer les premières bibliothèques populaires1 s’effrite après 1871, d’autre part la gauche radicale s’intéresse tout particulièrement à ces bibliothèques qui constituent d’excellentes officines électorales2. C’est le cas de la BAI-V.Agnès Sandras
I/ La BAI-V pendant l’année terrible et sous l’Ordre moral

1/ Devenir de la bibliothèque et de certains de ses membres

La bibliothèque reste ouverte pendant le premier siège de la guerre franco-prussienne.Antoine COHADON, administrateur de la BAI-V dès son origine, lance avec « quelques autres » un appel pour « des sociétés alimentaires pour réaliser la vie à bon marché » et nourrir les gardes sédentaires sur les fortifications3. Ils utilisent par exemple la technique de la « marmite norvégienne » qui avait été présentée à l’Exposition universelle de 1867.Pendant le premier Siège on trouve Pierre André ANDRÉ et Florent COLLIN, tous les deux vice-présidents de la BAI-V au comité d’armement du Ve arrondissement4.

Florent Collin. Photographie de Marius Rouffiac, Conseil municipal de Paris : 1871-1890. [Photographies de MM. les conseillers municipaux : AC-HU] . Tome 2. BHdV.

 Par voie de presse, la société républicaine lance une souscription pour des ballons propagandistes destinés à répandre des circulaires en allemand sur l’armée ennemie pour les inciter à « repasser le Rhin et à se libérer de leurs rois ». Pour participer il faut s’adresser à l’Épargne immobilière chez COHADON aux 23 bd. Magenta ou chez Cyrille LAMY5 au siège 3 rue d’Arras6. COLLIN est élu adjoint au maire en novembre 18707. COHADON, qui avait signé le Manifeste des Soixante en février 18648 est candidat aux élections législatives sur la liste antimonarchique de février 18719 qui comprend Raspail, Rochefort, Hugo, Henri Martin, etc. Il est soutenu par ANDRÉ et Théodore SCHUDZE, administrateur de la BAI-V et publie sa profession de foi10. COLLIN est candidat aux élections municipales, non élu le 26 mars 187111. Frédéric MORIN, sociétaire de la BAI-V, rejoint « la Ligue d’union républicaine des droits de Paris » et y retrouve Henri HARANT (BAI-III), Anthime CORBON (BAI-XIV et XV) et Félix JOBBE-DUVAL (BAI-XV)12.

La BAI-V reste ouverte pendant le deuxième siège jusqu’au dimanche 21 mai inclus (premier jour de la Semaine sanglante) grâce à ANDRÉ et au bibliothécaire A. DUMONT qui assurent le service. Elle est fermée le 22 mai, jusqu’au lundi 7 août. À sa réouverture, tout est en parfait état13. Aux élections municipales de juillet 1871 trois membres actifs de la BAI-V sont candidats :

  • COLLIN est élu14. Il affirme qu’il a existé dans le Ve arrondissement un foyer de résistance à l’arbitraire de la Commune. Il restera conseiller jusqu’en 1893. La manufacture, qui l’emploie 55 ans durant, le rémunère quand il s’absente pour remplir ses fonctions politiques15.
  • Frédéric MORIN et Camille BOCQUET (qui souligne sur ses affiches qu’il est fondateur de la bibliothèque), membres actifs fondateurs de la BAI-V, sont candidats non élus.
Affiche électorale de 1871 : profession de foi de Camille Bocquet. L’Argonaute (Bibliothèque La Contemporaine)Après la Commune, la bibliothèque est rouverte par Camille BOCQUET, qui se proclame président provisoire et Frédéric MORIN.
II/ La BAI-V à l’heure des bibliothèques populaires républicaines

1/ Le 2 juillet 1876

Dans une réunion qui se tient dans la salle des écoles de la rue d’Arras, BOCQUET lance une campagne d’adhésion à la bibliothèque : il introduit son discours en excusant Louis BLANC, député du Ve qui adhère mais ne peut être présent16. De nombreux députés et conseillers municipaux sont dans la salle. ANDRÉ présente la situation de la bibliothèque17. BOCQUET exprime son inquiétude devant le fait que les subventions du conseil municipal aillent « aux bibliothèques administratives » alors créées par les municipalités et non aux « bibliothèques laïques et libres ». Louis Anne DUBIEF est nommé maire du Ve en mai. Il est décidé de travailler à de nouveaux statuts, de changer de local, d’établir une liste de citoyens à inviter à adhérer. Quatre commissions sont créées, une par quartier de l’arrondissement, les conseillers municipaux sont membres de droit. Trois des conseillers sont républicains radicaux. COLLIN pour le quartier du Val de Grace est étiqueté républicain18.

Nous connaissons : LAMY, COLLIN, BOCQUET.

Par voie de presse une assemblée générale est annoncée pour le 15 février 1879 dans la salle des écoles de la rue d’Arras19. Le compte-rendu de cette assemblée ne nous est pas parvenu.De janvier à mai 1877, Léon GAMBETTA fait une série de conférences pour les BAI de Paris (repérées dans la presse : en janvier pour celle du XIe et du XIVe, février pour le XXe, mars pour le XIIe et le XVe, mai pour le IIIe). Il ne vient pas dans le Ve. Sa présence n’est probablement pas désirée car Louis BLANC prend le plus souvent possible ses distances avec lui par exemple en août 187620.

2/ La démission de LABOULAYE

Le 14 février 1878, LABOULAYE démissionne par un courrier adressé à la direction de la Sûreté générale au ministère de l’Intérieur qui le transmet au ministère de l’Instruction publique et des Beaux-arts21. Il a 67 ans et il est président depuis 18 ans.

A-t-il été découragé par l’échec de DELACOUR, Orléaniste qu’il patronne avec le maire RATAUD aux élections législatives en février 1876 ? Dans le même temps COLLIN et BOCQUET font partie du comité du Ve pour la candidature de Louis BLANC, républicain intransigeant22. Louis BLANC obtient 64,23 % des suffrages, DELACOUR 25,4 %. Ou plus vraisemblablement sa démission est due à un changement des statuts. Lors de la réunion de juillet 1876 une commission a été organisée pour les modifier. L’exemplaire des nouveaux statuts conservé à la BnF précise qu’il n’y a plus de président permanent23.

Le conseil d’administration de 21 membres nommés par l’Assemblée générale choisit un président en début de séance et ce ne doit jamais être le même. Les contraintes imposées par les autorités en 1861 sont enfin supprimées.En 1880 GIRARD est fait officier d’académie24 comme secrétaire de la Société Franklin25 et agent général de l’Association Philotechnique26. En 1885, GIRARD, qui a 64 ans, ne vient plus aider à l’APH que durant les deux mois qui précèdent la distribution des prix. Il garde une indemnité annuelle inchangée27.

3/ Le legs de Louis BLANC

Nous avons précédemment indiqué que le catalogue s’était considérablement étoffé grâce à un legs en 1882. Il s’agissait d’une générosité testamentaire de Louis BLANC toujours député du Ve lors de son décès28. Son légataire universel est son cousin Joseph Pierre Marie JATTIOT (1815, Ajaccio, Corse-1894, Alger), contrôleur agent comptable aux Gobelins de novembre 1871 à février 188329 où il demeure comme COLLIN au moins de 1880 à 188330. Les Gobelins sont alors sous le contrôle de Charles BLANC, frère de Louis, directeur des Beaux-Arts au ministère de l’Intérieur de 1870 à 1873. Nommé une première fois en février 1848, il avait alors occupé ce poste durant 5 ans.Un des exécuteurs testamentaires est Charles EDMOND, bibliothécaire du Sénat. Charles EDMOND est l’auteur du catalogue « l’Égypte à l’exposition universelle de 186731».

Dans le cortège, lors des obsèques de BLANC, de la rue de Rivoli au Père Lachaise, le bureau de la BAI-V est en 2e position et les autres « Amis de l’Instruction » sont à la 56e.BLANC avait déjà aidé la bibliothèque en 1880 en donnant une conférence à son profit le 22 février 1880 rue d’Arras (prix des places 2 francs)32.

4/ Les conférences après 1880

Quelques conférences sont commentées dans la presse comme celle de Charles PERRINELLE (1832-1894):

Le Réveil du 2/2/1882, Gallica (BnF)

  5/ Les déménagements successifs de la BAI-V

En 110 ans d’existence, la bibliothèque déménage 4 fois :

  • 3 rue d’Arras (2) dès 187233 et encore en 188234 dans l’immeuble construit par l’Épargne immobilière qui devient le siège de l’Épargne immobilière et de la Société des maçons. S’y trouvent plusieurs salles de réunion.
  • 75 rue du Cardinal Lemoine (3) en 188435 et encore en 189836
  • 47, rue Lacépède (4) en 1963 et lors de sa fermeture en 197737.
  • En 1878 : 4500 volumes et 1000 brochures, 437 volumes ont été achetés et 635 reliés38.
  • En 1891 : c’est de toutes les BAI la bibliothèque la mieux dotée avec 10 657 volumes par suite d’un legs39.
  • En 1963 : 17 000 ouvrages. La bibliothèque ferme en 197540.

Le dernier président est René Eugène PRÉTESEILLE (1897 Paris, 7e – 1992 Paris 5e). En 1954 il habite 20 rue Lacépède et il est un des trois administrateurs de la société MALAUD-BASLY qui a pour objet l’exploitation d’un portefeuille d’assurances41.

  1. Voir Des bibliothèques populaires à la lecture publique [dir. A. Sandras], Presses de l’enssib, 2014. [↩]
  2. Voir Laure Léveillé, Les petites bibliothèques de la République : aux origines de la lecture publique parisienne, des années 1870 aux années 1930. Thèse de doctorat en histoire sous la direction de Philippe Levillain, Université Paris X-Nanterre, 1998. [↩]
  3. Le Siècle, 24/9/1870. [↩]
  4. Les Murailles politiques françaises, 27/10/1870, in Les Murailles politiques françaises depuis le 18 juillet 1870 jusqu’au 25 mai 1871. Affiches françaises et allemandes. La guerre, la Commune, Le Chevalier, Paris,1874. [↩]
  5. Cyrille LAMY-AU-ROUSSEAU, 1825 -Les Rousses, Jura – 1884 Paris 5e. [↩]
  6. La Patrie en danger, 20/10/1870. [↩]
  7. La Vérité, 10/11/1870. [↩]
  8. Le Manifeste des Soixante proclame la nécessité de candidature ouvrière, du droit de réunion et de chambre du travail. [↩]
  9. Séance du 5 février 1871, Les murailles politiques françaises depuis le 4 septembre 1870, A. Le Chevallier, Paris, 1873-1874. [↩]
  10. La Vérité, 5/2/1871. [↩]
  11. La Vérité, 24/6/1871. [↩]
  12. Affiche de la Ligue d’union républicaine des droits de Paris, 18/4/1871. [↩]
  13. La Nation souveraine, 9/8/1871. [↩]
  14. La Vérité du 21/7/1871. [↩]
  15. Archives de la Manufacture des Gobelins : Cote G 20. [↩]
  16. Louis BLANC est élu dans plusieurs circonscriptions en février 1876 et choisit de représenter le Ve. Il est à nouveau élu en octobre 1877 après la dissolution et en août 1881. [↩]
  17. Les Droits de l’homme, 3/7/1876. [↩]
  18. Nagaï, Nobuhito. Les conseillers municipaux de Paris sous la Troisième République (1871-1914). Éditions de la Sorbonne, 2002, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.1309. [↩]
  19. Le Siècle, 15/2/1879. [↩]
  20. Le Rappel, 14/8/1876. [↩]
  21. AN b. [↩]
  22. Le Rappel, 13/2/1876. [↩]
  23. CR-BAI-V, 1878, noté CR-78. Bibliothèque populaire des Amis de l’Instruction du Ve arrondissement, Paris, imprimerie de A. Parent, rue Monsieur Le Prince, 31. [↩]
  24. Manuel général de l’instruction primaire, 22/5/1880. [↩]
  25. La société FRANKLIN est d’abord hébergée par Hachette puis au 6 rue de Savoie VIe en 1866 puis au 1 rue Christine Ve. [↩]
  26. La philotechnique se trouve 16 rue de Condé VIe en 1864 puis 1 rue Christine en 1869 et 24 rue serpente VIe en 1874 et encore en 1888. [↩]
  27. PV du conseil d’administration du 15/4/1885 communiqué par Cécile AKTOUF, APH. [↩]
  28. Le Petit Quotidien, 11/12/1882. [↩]
  29. Archives de la Manufacture des Gobelins, Cote F 26 . [↩]
  30. Annuaire almanach du commerce et de l’industrie,1880. [↩]
  31. En 1867 c’est Ismaël PACHA, alors vice-roi d’Égypte, qui confie à Charles EDMOND, de son vrai nom CHOJECKI l’organisation de la présence égyptienne à l’exposition universelle (qui se tiendra au Champ-de-Mars du 1er avril au 3 novembre) et la rédaction du catalogue. Ismaël PACHA offre 500 catalogues à distribuer dans les bibliothèques populaires. [↩]
  32. Le Mot d’Ordre, 24/2/1880. [↩]
  33. Le Rappel du 23/10/1872. [↩]
  34. Tableau des bibliothèques syndiquées 1882, conservé à la BAI-III rue de Turenne. [↩]
  35. Tableau des bibliothèques syndiquées 1884, conservé rue de Turenne. [↩]
  36. Liste des bibliothèques syndiquées 1898 conservée rue de Turenne. [↩]
  37. Michel ROSZEWITCH, la Gazette du 54 n°1. [↩]
  38. Rapport de BOURNEVILLE, Conseil municipal de Paris,1878. [↩]
  39. Rapport d’A. BOLL, Conseil municipal de Paris,1891. [↩]
  40. Michel ROSZEWITCH, la Gazette du 54, n°1. [↩]
  41. La Loi, 14/7/1954. [↩]

La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur de la réflexion sur les finalités de la lecture

Dans les deux précédents billets (billet 1, billet 2), nous avons vu comment la bibliothèque populaire communale de Vernon a fait partie d’une expérience bibliothéconomique pionnière : il s’agissait de prêter à toutes et tous des ouvrages, tant pour l’instruction que pour le délassement. Cette expérience originale ne n’est pas faite au hasard. Les fondateurs de la bibliothèque réfléchissent, expérimentent, tâtonnent. Le registre des délibérations reflète leurs discussions : ce rare document (les archives des bibliothèques populaires sont souvent disparu) nous place au cœur de la réflexion sur les finalités de la lecture au XIXe siècle1. Continuer la lecture de « La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur de la réflexion sur les finalités de la lecture »

  1. Voir Agnès Sandras, “Défense et promotion de la littérature : le rôle clé des bibliothèques populaires”, in Splendeurs et misères de la littérature ou la démocratisation des lettres, de Balzac à Houellebecq (dir. Olivier Bessard-Banquy), Armand Colin, 2022. [↩]

La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur de la transmission des savoirs

Dans un précédent billet, nous avons évoqué la genèse et l’originalité de cette bibliothèque qui s’est trouvée dans les années 1860 au cœur d’une expérience bibliothéconomique sans précédent : prêter des livres à toutes et tous, dans des villages de campagne comme des petites villes, en prenant modèle et appui sur la bibliothèque des Amis de l’Instruction du IIIe arrondissement (BAI-III) de Paris. Voyons dans ce billet comment la transmission des savoirs a constitué un impératif pour les fondateurs de la bibliothèque populaire communale de Vernon. Continuer la lecture de « La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur de la transmission des savoirs »

La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur d’une expérimentation bibliothéconomique

Dans la décennie 1860, se développent les premières véritables bibliothèques populaires, c’est-à-dire celles qui prêtent des livres aux thématiques variées pour que toutes et  tous accèdent à l’instruction et au loisir procurés par la lecture1. L’impulsion donnée par les Bibliothèques des Amis de l’Instruction à Paris s’accompagne d’une expérience bibliothéconomique : deux bibliothèques populaires sont implantées en province, l’une dans un petit village de Haute-Marne, l’autre à Vernon (Eure). Si la première disparaît après avoir vivoté une douzaine d’années, la seconde est ouverte pendant de longues décennies, ce qui explique sans doute qu’une bonne partie de ses archives ont été conservées. Au travers des premières délibérations, des courriers et autres traces écrites2, se dessine une réflexion dense sur les missions de cette bibliothèque qui veut offrir au peuple, au sens large, de quoi se nourrir intellectuellement, notamment grâce à un système de prêt de livres jusqu’alors inédit. Continuer la lecture de « La bibliothèque populaire de Vernon : au cœur d’une expérimentation bibliothéconomique »

  1. Voir Des bibliothèques populaires à la lecture publique (dir. Agnès Sandras.). Villeurbanne, Presses de l’enssib, 2014 et Agnès Sandras, “Défense et promotion de la littérature : le rôle clé des bibliothèques populaires”, in Splendeurs et misères de la littérature ou la démocratisation des lettres, de Balzac à Houellebecq (dir. Olivier Bessard-Banquy), Armand Colin, 2022. [↩]
  2. Je remercie les différentes personnes qui m’ont aidée dans ces recherches à la Médiathèque (BMV) et aux Archives de Vernon (AMV), ainsi que le Cercle d’études vernonnais. [↩]

Les réseaux des premiers acteurs de la BAI-III : Jean-Louis Rimet

RIMET, Jean-Louis (1807-1881)  

[Cette fiche appartient au projet “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” (voir ici)]

La vie de RIMET est en tous points semblable à  celle de GIRARD dont il semble avoir été un ami sa vie durant : ces provinciaux venus travailler à Paris trouvent des emplois parmi les lithographes, s’impliquent dans les combats politiques et dans l’associationnisme. Les bibliothèques populaires constituent une mise en œuvre de leurs idéaux.

 

NOM : RIMET

Prénoms : Jean-Louis

N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 281

Rôle dans la BAI-III : RIMET aide le bibliothécaire PLOMB les premiers mois puis entre au bureau et devient administrateur en 1862. Il est trésorier de 1863 à 1871 sous le secrétariat de Henri HARANT puis de Paul DELAMARCHE. Il figure sur la liste des donateurs de livres dès 1862.

État-civil et famille : Jean-Louis RIMET est né à Pont-en-Royans (Isère) le 14/7/18072. RIMET est l’aîné d’une fratrie d’au moins quatre et il est le seul à quitter le Royans, région à cheval sur les départements de la Drôme et de l’Isère. Il est orphelin de mère à 12 ans.

  • Son frère François Joseph, cultivateur, est né le 5/1/ 1812 à Pont-en-Royans. Veuf de Louise REBATET, il épouse en seconde noce sa belle-sœur Mélanie REBATET, le 26 mai 1846 à Choranche, canton de Pont-en-Royans3. Il meurt à 80 ans.
  • Son frère Jean-Baptiste, dont on perd la trace, a une jumelle Marie-Victoire. Ils sont nés en 1815 à Choranche. Elle s’y marie le 7/1/1862 avec Eugène DUMONT, propriétaire cultivateur4.

Les parents se sont mariés à Saint Laurent en Royans (Drôme) le 12/2//18065.

  • Le père Louis (RIMET ou GARNIER RIMEY selon les actes), est noté tantôt voiturier c’est-à-dire qu’il transporte des gens ou des marchandises tantôt cultivateur Il est né à Choranche le 12/8/1782. Il meurt le 10 juin 1844 à Pont-en-Royans.
  • La mère de RIMET est Marie PALLIER. Il n’est jamais noté de profession dans les actes. Elle est née à Saint-Laurent-en-Royans le 29/10/17826. Elle meurt à 37 ans le 22 décembre 1819 à Pont en Royans.

Les grands-parents paternels sont Antoine GARNIER RIMEY ou RIMET dit GRENIER, cultivateur et Marie BODIN, mariés le 11 septembre 1773 à Saint-Laurent-en-Royans7. Les grands-parents maternels sont Jean Baptiste PALLIER, cultivateur en 1806 et Marie MILLION. Ils se sont mariés le 3/2/1780 à Saint-Laurent-en-Royans, il est alors faiseur de peignes pour métier à tisser8.

Jean-Louis RIMET épouse à 30 ans à la mairie de l’anc. 2e arrdt. le 11 août 1837 : Marie, Madeleine, Césarine SELINCOURT, femme de chambre, 22 ans, née le 27/2/1818 à Montagne-Fayel dans la Somme.  Elle est orpheline de mère depuis l’âge de 7 ans et de père depuis l’âge de 14 ans.

  • La mère de Marie SELINCOURT, Marie Anne Mélanie TURLOT, est fileuse de laine en 1807 et 18259. Elle meurt le 26/4/182510.
  • Le père Jacques est noté manouvrier en 1807 et marchand de vaches en 1818 et 1825. Il meurt le 5/11/183211.

Le couple RIMET /SELINCOURT a quatre enfants connus :

  • Théophile, Édouard, né le 21/3/1838, et qui meurt à 4 ans le 5/7/1842
  • Marie Eugénie, née à Paris le 15 décembre 1841. Ouvrière en parapluie quand elle se marie avec Eugène, Jean Baptiste DESPREZ, comptable le 26/4/1864 dans le 3e12.
  • Édouard, né le 29/6/1844, à Paris. Inscrit à la BAI-III vers 1861 (n° 294) comme écrivain-lithographe, il habite alors 44 rue des Gravilliers. La rue des Gravilliers est un épicentre pour les fondateurs de la BAI-III comme GIRARD ou PLOMB et le 44 est le siège du premier bureau parisien de l’AIT (Association internationale du Travail, fondée en 1864 à Londres) en 1865. Il est employé à la Chambre des députés en 1881 (décès son père) et au moins jusqu’en 1903. Il y devient chef du service autographique. Il habite 140 rue Saint-Dominique Saint-Germain en 1874 puis 128 rue de l’Université en 1885 (naissance de sa fille). En 1892, il habite à Asnières au 122 avenue d’Argenteuil13(décès d’un fils à 29 mois). En 1903 il habite à Versailles, au Palais, Cour des princes (mariage de sa fille). Il a épousé Émilie HUCHET, couturière, le 10/2/187214. Il est franc-maçon, à la loge La Justice, en 189115.
  • Théophile, Auguste, né à Paris le 7/5/1848. Accusé d’avoir commandé une bande armée pendant la Commune, il est acquitté16. Il se marie le 24/1/1874 à Paris (1er arrdt) avec Augustine SIMON. Il est alors lithographe, elle est employée de commerce, ils habitent 17 rue Molière 1e17.

Jean-Louis RIMET est veuf à 47 ans. Ses enfants ont 13, 10 et 6 ans. Sa femme meurt dans son village natal chez sa sœur et son beau-frère le 5/9/1854 où elle est revenue depuis plusieurs mois18.

RIMET meurt à 74 ans le 27/7/188119, à Courbevoie (actuels Hauts-de-Seine).

Professions : Il a appris la lithographie à « l’école régimentaire d’artillerie » puis « quitte le service militaire20. Il arrive à Paris avant 1837. Il est lithographe puis imprimeur lithographe en association puis seul exploitant de son imprimerie. Il est rentier en 1874 après l’arrêt de son activité.

Adresses connues :

– personnelles :

  • En 1837, 42 rue Saint-Jacques-De-La-Boucherie, anc. 6e quand il se marie.
  • En 1838, 45 rue de Cléry, 2e arrdt actuel.
  • En 1843 et 1848, 61 rue du Faubourg-Saint-Denis, 10e arrdt actuel. (actes de naissance de Théophile-Auguste et d’Édouard.
  • En 1850, 58 rue du Faubourg-Saint-Denis, 10e arrdt actuel.
  • En 1858 et 1866, cour de Rome, passage qui débouche au 24 rue des Gravilliers, 3e arrdt
  • En 1873, 67 rue de Turenne (mariage de Théophile-Auguste) 3e arrdt
  • En 1881, 87 rue Haute de Bezons à Courbevoie (Hauts-de-Seine)

– professionnelles :

  • En 1843, 19 rue du Bouloi 1er arrdt actuel
  • En 1848, 64-65 passage du Caire, 2e arrdt actuel
  • En 1851, cour des Bleus 268 rue Saint Denis, actuellement 146 rue Saint Denis 10e arrdt
  • En 1857, 100 rue Beaubourg, 3e arrdt actuel
  • En 1866, 33 rue Beaubourg, 3e arrdt actuel
Rue Beaubourg, vue prise de la rue au Maire. Paris (IIIe arrdt.), 1865-1868. Photographie de Charles Marville (1813-1879). CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris.
Ibid. Détail. Une affiche à droite signale “L’imprimerie qui était rue Beaubourg, 100, est transférée même rue, 33.” Le n° 100 a été démoli en 1865 lors du percement de la rue de Turbigo.

Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique21 :

Jean-Louis RIMET signe la lettre ouverte publiée dans Le Temps le 6/10/1867 à la mort d’Auguste PERDONNET [voir billets PERDONNET] avec Hippolyte LANDRIN [voir fiche LANDRIN] (qui a tenu les cordons du poêle et prononcé un discours), Frédéric ERBS [voir fiche ERBS] et Jean Victor BELLAMY [voir fiche BELLAMY] en tant qu’anciens élèves de l’Association polytechnique et/ou Amis de l’Instruction22.

Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique :

En 1844, J.L. RIMET participe à une souscription pour les mineurs de Rive-de Gier organisé par le journal l’Atelier23.

En 1846, il participe à une souscription organisée par le journal L’Atelier24 pour venir en aide à la veuve et aux enfants d’André TRONCIN, tailleur et militant ouvrier25.

Le rapport de police établi en 1866 dans le cadre de la procédure de rachat du brevet d’imprimeur de PETTRE indique : « ses opinions politiques sont inconnues mais rien ne fait supposer qu’elles sont hostiles au gouvernement ».

En novembre 1872, il signe une « adresse de soutien »26 au président de la République THIERS27.

Appartenance à une société de bienfaisance, une association : RIMET est membre de la Société de secours mutuel du 3e arrdt.

 Il est membre de la commission d’initiative de « la Société coopérative d’enseignement indépendant », qui s’organise en juillet 1868. On retrouve dans cette Société :

  • Charles-Honoré PLOMB [voir fiche PLOMB]
  • Frédéric ERBS [voir fiche ERBS]
  • Henri LENEVEUX, membre de la BAI-III puis de la BAI-XIV [voir fiche LENEVEUX]
  • Jean-Pierre HELIGON, ouvrier imprimeur sur papiers peints, proudhonien, libre penseur et franc-maçon, membre fondateur de l’Internationale. Il favorisera la création de la BAI-XIV en juillet 1871 alors qu’il est encore maire de l’arrondissement.
  • Charles CAUZART, au comité d’enseignement, lecteur 336 de la BAI-III, puis membre du comité consultatif et des études de la BAI-XIV
  • Albert LEROY qui fera une conférence organisée par la BAI-III en 1870 et qui participera à la fondation de la BAI-VI [voir billet BAI VI]
  • Ernest HENDLÉ qui fait aussi des conférences organisées par la BAI-III en 1870.
  • Alexandre MASSOL, proche un temps de Charles FAUVETY [voir billet FAUVETY],  un des fondateurs avec GIRARD de la BAI d’Asnières28.                                               Les adhésions et souscriptions sont reçues chez les différents sociétaires et aussi 12 rue du Banquier (13e arrdt), siège des Équitables de Paris, société coopérative de consommation née en 1864 dans le XIIIe arrdt avec DELAMARCHE (élément important de la BAI-III puis fondateur de la BAI-XIV) et Florent, Jacques COLLIN (de la BAI-V) parmi les fondateurs [voir fiche DELAMARCHE].

Après cinq séances publiques auxquels participent aussi Jean-Baptiste GIRARD, Édouard Ernest FRIBOURG [voir fiche FRIBOURG], la société limite l’accès à la sixième séance pour aboutir à la constitution. Il semble que malgré 400 adhérents la société est mise en difficulté en janvier 1869. Ses statuts ne correspondent pas en effet à la loi sur les coopératives du 24 juillet 186729.

Adhésion à la Société Franklin :  non identifiée

Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III :

Voir également ci-dessus.

Par le biais de la lithographie dès 1844 avec les sociétaires du journal l’Atelier dont Henri LENEVEUX.

Il est associé avec GIRARD en 1849.

Relations repérées avec d’autres fondateurs de bibliothèques populaires :

Voir aussi plus haut.

Avec Anthime CORBON, un des fondateurs de l’Atelier, et probablement un membre de l’AIT, qui est un des fondateurs de la BAI-XIV et de la BAI-XV.

Écrits de la personne : pas d’écrits repérés à ce jour

Éléments biographiques complémentaires :

RIMET exerce sa profession dans différentes sociétés de 1843 à 187430.

* RIMET fait partie d’une société formée le 23 octobre 1843 pour l’exploitation d’un brevet d’imprimeur-lithographe délivré à Marie Michel DEULIN (5/11/1816, Paris- 9/7/1859, Londres). Il y a 6 associés dont un ancien négociant, André, Régis MATHEY (27/10/1790, Cluses en Haute Savoie-21/6/1869, Paris 4e arrdt.) qui a la seule signature sociale et qui est chargé de tenir la caisse, les écritures, de faire les marchés, ventes et achats. Antoine ROUX-MOLLARD (3/11/1818, Bonvillard en Savoie -après 1879) et Charles TELLIER sont lithographes. Le sixième associé Jean-Louis-Paul LEROUX est écrivain lithographe ou dessinateur lithographe (24/6/1821, Epaux dans l’Aisne -16/9/1868, Château-Thierry dans l’Aisne). Le siège de la société est 19 rue du Bouloi (Paris 1). Ils lithographient notamment en 1844 une affiche pour le journal l’Atelier et un document pour une association socialiste icarienne (“Liberté, égalité, fraternité, solidarité. Aux démocrates socialistes “).

L’Atelier, organe spécial de la classe laborieuse… : [affiche], Paris, Deulin et Mollard, 1844. Gallica (BnF).

À la suite de malversations, l’affaire est vendue en juillet 1845

* RIMET est un des associés le 1er mai 1849 de « La Fraternelle des ouvriers imprimeurs lithographes »31 dite aussi “GRELLÉ, RIMET ET Cie”. On y retrouve :

  • Jean Baptiste GIRARD [voir fiche et billets GIRARD], imprimeur-lithographe, 2 rue des Vertus, fondateur de la BAI-III
  • François Martin BOUCHERON (15/1/1821, Paris-25/6/1871, Paris 15e ) qui a été inculpé en 1848
  • Antoine GRELLÉ (24/3/1811, Saint Rémy-les-Chevreuses-19/7/1863, Paris 9e)
  • François GARRIOT,
  • François, Pierre CHAPPELIER (5/5/1821, Paris-20/4/1880,  Saint-Ouen 93.), inculpé en 48.

Le siège est 64 et 65 passage du Caire à l’adresse d’Antoine GRELLÉ. « GRELLÉ reste le gérant de l’imprimerie et la part des ouvriers dans le capital est constituée par une retenue sur leurs travaux ce qui laisse GRELLÉ pour longtemps encore majoritaire dans le capital. » Ils impriment notamment la planche n° 18 d’objets présentés à l’Exposition nationale des produits de l’industrie agricole et manufacturière en 1849 pour le Mercure Universel  dont le « lévrier du rail » de DEROSNE et CAIL32. La société, modifiée un mois après l’arrestation et l’emprisonnement de GIRARD (dissolution le 30/6/1850), perdure jusqu’en 1854.

* RIMET travaille ensuite avec Armand PETTRÉ (futur lecteur de la BAI-III) à partir de 1850. PETTRÉ (23/7/1818, Ribecourt dans l’Oise-3/4/1878, Paris 3e) dispose d’un brevet en 1845. En 1848, il a formé une coopérative sous le nom d’Association fraternelle des ouvriers lithographes PETTRÉ et Cie, 268 rue Saint Denis. Ils impriment notamment des cartes pour d’autres associations fraternelles33, notamment l’association fraternelle et égalitaire des charbonniers ainsi que celle des cordonniers. PETTRÉ s’associe avec Pierre François NOMBRAL (26/2/1818 Toulouse- 1900, Toulouse). NOMBRAL est arrêté lors de l’Affaire de la rue Michel Lecomte34, avec J.B. GIRARD et L.J. DELBROUCK, futur fondateur de la bibliothèque de Vernon [voir fiche DELBROUCK]. Laissé libre sous caution puis condamné à 6 mois de prison, il voit sa peine confirmée en appel. Il se pourvoit en cassation et le jugement est cassé pour vice de forme. Il est à nouveau condamné à 6 mois de prison le 27/7/1851. Le 27/3/1850 le dépôt des statuts précise qu’il s’agit d’une société en nom collectif pour PETTRÉ et NOMBRAL et en commandite pour tout citoyen qui adhère aux statuts par une prise d’action. Le capital social est de 20 000 francs divisés en 800 actions de 25 francs35. Ils éditent notamment : Le Vice réel du capital dans les services qu’il rend  de Charles BESLAY36, Paris, Pettré (1851).

* Ensuite, PETTRÉ et RIMET s’associent. En 1856. L’imprimerie PETTRÉ et Cie se présente comme une imprimerie d’ouvriers associés. Ses spécialités sont les travaux de ville : factures, circulaires, cartes de visite, registres, billets de décès. Ils impriment notamment un décret de Napoléon III.

RIMET rachète à PETTRÉ son imprimerie en février 1866. Il s’associe un moment avec Frédéric LEGROS (24/11/1834, Saint Just en Chaussée, Oise -21/10/1900, Paris 9e arrdt.). Il exploite alors 6 presses. Il cesse son activité en 1874 et c’est PETTRÉ qui reprend l’affaire le 12 juin 187437.

Fiche publiée le 23 juillet 2025.

Auteur : Louise Oudin

  1. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  2. AD38, Pont-en-Royans, naissances, collection départementale 1793-1810, page 207-253, acte 17. [↩]
  3. AD38, Choranche, collection départementale, page 194/283, acte 5. [↩]
  4. AD38, Choranche, mariages, collection départementale, 1793-1872, page 243 / 283, acte 1. [↩]
  5. AD26, Saint-Laurent-En-Royans, NMD, an XI-1812, page 104/268. [↩]
  6. AD26, Saint-Laurent-en-Royans, BMD, 1749-1792, page 280 /367. [↩]
  7. AD26, Saint-Laurent-En-Royans, NMD, 1749-1792, page 188/367. [↩]
  8. AD26, Saint-Laurent-En-Royans, NMD, 1749-1792, page 250/367. [↩]
  9. AD80, Montagne-Fayel, BMS,1813-1836, page 106/450. [↩]
  10. AD80, BMS,1813-1836, page 224/450. [↩]
  11. AD80, Fourdrinoy, NMD, 1815-1836, page 282/363, acte 25. [↩]
  12. AD75, 3e arrdt., mariage, 1864, page 14/31, acte 284. [↩]
  13. NB : GIRARD a également résidé avenue d’Argenteuil. [↩]
  14. AD75, 3e, mariage, 1872, page 3/31, acte 124. [↩]
  15. Fichier BOSSU. [↩]
  16. Jean-Claude Farcy, La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880) lire ici. [↩]
  17. AD75 ,1er arrdt., mariages, 1874, page 24/31, acte 46. [↩]
  18. AD80, Montagne-Fayel, NMD, 1850 /1856, acte 12. [↩]
  19. AD92, Courbevoie, décès, 1881, page 56/105, acte 224. [↩]
  20. AN, dossier de demande de brevet d’imprimeur lithographe 1866, F/18/1819. [↩]
  21. Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, histoire, sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952, il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
  22. Le Temps, 6/10/1867. [↩]
  23. L’Atelier, 1/6/1844. [↩]
  24. L’Atelier, avril 1846. [↩]
  25. Michael D. SIBALIS, “André TRONCIN, ouvrier tailleur (1802-1846) : une victime de la prison politique“, Revue d’histoire du XIXe siècle,1991, p. 83-91. [↩]
  26. Le Rappel, 23/11/1872. [↩]
  27. La Cloche, 27/11/1872, lire ici. [↩]
  28. Le Réveil du 8/10/1868, lire ici. [↩]
  29. La liberté, 8/1/1869. [↩]
  30. Voir notamment le Dictionnaire des imprimeurs lithographes de l’Ecole nationale des Chartes : RIMET ; Paul CHAUVET, Les ouvriers du livre ; Isidore FINANCE, Les associations professionnelles ouvrières ; Ian FRAZER , Lectures et lecteurs au XIXe siècle : la Bibliothèque des Amis de l’instruction. — Paris : Bibliothèque des Amis de l’instruction du Ille arrondissement, 1989, page 56. [↩]
  31. Le Droit,  10/5/1849. [↩]
  32. Notice sur les machines et dessins exposés sous le n° 388 [Texte imprimé] / par N.-J. Raffard ; Exposition de 1849. [↩]
  33. Familistère de Guise, collections, association fraternelle des ouvriers lithographes PETTRÉ et Cie. [↩]
  34. Ian FRAZER , Lectures et lecteurs au XIXe siècle : la Bibliothèque des Amis de l’instruction. — Paris : Bibliothèque des Amis de l’instruction du Ille arrondissement, 1989, page 60. [↩]
  35. Le Droit, 10/4/1850. [↩]
  36. BnF catalogue général, voir ici. [↩]
  37. Cercle de la librairie, Bibliographie de la France : ou Journal général de l’imprimerie et de la librairie, 1874. [↩]

Les réseaux des premiers acteurs de la BAI-III : Maurice Meyer

MEYER, Maurice (1826-1888)

 

[Cette fiche appartient au projet “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” (voir ici)]

 

Lorrain installé à Paris vers 1843, MEYER va se trouver un temps secrétaire de la BAI-III et de la société Franklin. Cet inspecteur de l’Instruction primaire, auteur d’articles dans le journal La Presse, peut ainsi aider à l’installation des premières bibliothèques à Paris et en province.

 

NOM : MOÏSE dit MEYER

Prénoms : Maurice1. Louis-Marie à l’état civil

N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 2442, après PERDONNET [voir sur ce carnet les billets PERDONNET] et au début d’un groupe d’aidants à la BAI-III, qui délivrent aussi des cours du soir à l’AP et l’APH : Henri HARANT, Pierre BLANCHET [voir fiche BLANCHET], Germain Augustin LEROYER, Ernest MORIN et Jean Thiébaud SILBERMANN.

Rôle dans la BAI-III : il est élu secrétaire en février 18623 mais ne figure plus dans la liste communiquée au maire en avril 18634. Il est inscrit comme donateur de livres en 1862 à la BAI III5 et en 1865 à la BAI-V6. Voir également les éléments biographiques supplémentaires.

 

État-civil et famille7 :

Maurice MEYER est né le 21 avril 1814 à Nancy, département de la Meurthe (devenu Meurthe-et-Moselle), Lorraine8 Son grand-père paternel, comme son père Mayer (David) MOYSE (né vers 1790) est marchand de chevaux. Sa mère Fanny LÉVY est née à Blieskastel en Allemagne vers 1789. Maurice est l’aîné d’une fratrie de 7 : Maurice, Isidore, Chailly, Delphine, Alexandre, Adelaïde et Julie sont nés en 8 ans entre 1814 et 1822. Le père se suicide en 1824 sans explication laissant à sa veuve 100 000 francs et 7 enfants. L’aîné a 10 ans, la dernière 2 ans. et leur mère 35 ans9.

  • Isidore (1816- ?) est fabricant de gants. Il épouse Ester BEER (1816-1877) en 1837 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle). Ils s’installent à Metz et il dépose un brevet en 1841 pour « la fabrication de pouces de gants à fourchettes adhérentes10». On le retrouve exerçant sa profession à Paris au 51 rue de Lancry 10e en 186011.

 

  • Chailly (1817-1880) entre à Polytechnique à 17 ans (1834) et épouse Flora GOUDCHAUX (1830-1924), nièce de Michel GOUDCHAUX, banquier , membre du consistoire et ministre des finances de la Seconde République. Le Grand Rabin du consistoire de Paris Lazare ISIDOR les unit au « temple de Paris » , synagogue du 15 rue Notre Dame de Nazareth le 17 décembre 184912. Il quitte son poste de directeur de la poudrerie impériale d’Angoulême pour Paris en 1865 quand il est nommé à l’inspection générale des manufactures de l’État. La famille s’installe rue de Turenne 3e, à proximité du lycée Charlemagne13 .

 

  • Delphine (1818-1879) épouse Joseph DERENBOURG (1811-1893), professeur, historien et orientaliste. Ils se marient à Nancy le 21 août 1843. Les trois frères de Delphine sont témoins. Le couple habite déjà Paris et est en charge de la pension israélite COUTANT 8 rue du parc Royal, actuel 3e.  Il est chargé de l’enseignement religieux et il est surtout occupé par des travaux arabisants et hébraïsants qui le mèneront à l’Académie. Ils dirigent ensuite en 1857 l’institut SPRINGER, privé israélite, 30 rue de la Tour d’Auvergne, actuel 9e arrdt.

 

  • Alexandre (1819-1869) ou Alix épouse Estelle SCHMOLLE (1820-1886) à Paris en 1850 et monte une affaire de commerce en gros de lingerie et de broderies avec son beau-père au 40 rue des Jeûneurs, actuel 2e arrdt14.

 

  • Adélaïde (1821-1896) reste célibataire.

 

  • Julie (1822-1872) épouse Isaac, Isidore HACKENBROCH (1818-1902), commissionnaire acheteur spécialisé dans tous les arts notamment le bronze. Il commerce en France et avec l’étranger spécialement l’Allemagne. Il expose 30 boulevard du Temple, actuel 11e15.

Maurice MEYER épouse Élisa CAHEN ou CAËN NATHAN. Elle a 22 ans quand ils se marient à Toul (Meurthe-et-Moselle) le 30/8/1836. Elle est née à Metz d’un père négociant. Elle meurt à 91 ans dans le 18e.  Ils auront deux enfants :

  • Un fils, Maxime, né le 21 mai 1842 à ROUEN, marié à Paris 4e arrondissement le 21 aout 1875. Il est alors commis principal à la préfecture de la Seine.

 

  • Une fille, Lucie, née à Vaugirard le 25/1/1844 et mariée à Paris 3e arrondissement le 10/12/1863 avec Charles WAËL, négociant16. Sont témoins : Auguste PERDONNET, Edouard LEFEBVRE de LABOULAYE17. Elle meurt à 21 ans le 30/1/1865 à Paris 9ème. Témoins, son mari et son père. Lucie a eu un fils, Alphonse Raoul, né le 6/11/1864 à Paris 9ème au 1 rue de Provence. Il se marie avec Rose ISRAËL le 3/4/1909 à Paris 17ème puis avec Hama LÉVI le 3/11/1938 à Paris 16ème.

 Maurice MEYER meurt le 20 janvier 1871 à son domicile à Paris (9ème), il a 56 ans18. Le grand Rabbin du consistoire de Paris Zadoc Kahn officie pour l’enterrement.

 

Professions19 :

MEYER exerce la fonction de régent puis de professeur de rhétorique dans l’enseignement secondaire de 1835 à 1840. Il enchaîne les déplacements : Toul, Tarbes, Metz et Nancy.

Il a une interruption de service pour cause « d’origine israélite » de 7 mois et 9 jours d’octobre 1839 à mai 1840 d’après son dossier aux Archives nationales et d’après une de ses lettres du 29/10/184720. Il est mis en disponibilité en novembre 1840 pour la même raison.

Il est chargé d’une mission littéraire en Seine Inférieure en septembre 1841.

Il est docteur ès-lettres en 1842. Il soutient à Dijon deux thèses (voir le catalogue plus bas), l’une en français et l’autre en latin. Cette dernière porte sur “Ovide et les lectures publiques et privées sous Auguste“.

Il est nommé secrétaire de la commission des Israélites d’Afrique au Ministère de la Guerre de mars 1843 à 1845. Il s’agit d’organiser le culte israélite à Alger21.

Il est attaché au bureau des travaux historiques du Ministère de l’Instruction publique quelques mois en 1845.

Il est professeur suppléant de Monsieur Pierre François TISSOT (1768-1854) au Collège de France en 1845. Il présente la poésie comique des anciens.

Il est professeur chargé de cours à la faculté des lettres de Poitiers en 1848. Il est titularisé à la chaire de littérature ancienne en 1849.

Puis il est chargé de la chaire de poésie latine comme suppléant de SAINTE-BEUVE (voir billet SAINTE-BEUVE sur ce carnet) au Collège de France en 1855. Il donne cours les lundis à midi et demi et les mardis à neuf heures et demie.

Il est ensuite nommé inspecteur de l’Instruction primaire des écoles de la Seine en 1858, poste qu’il préfère à celui de doyen d’université en province qui lui est aussi proposé22.  

Malgré sa recherche d’appui auprès de Louis HACHETTE et des membres de la société FRANKLIN, il n’obtient pas un des trois postes d’inspecteur général de l’Instruction primaire en février 1864.

Il est rédacteur dans la rubrique variétés au journal La Presse (voir sur le carnet le billet sur le soutien du journal La Presse aux bibliothèques populaires). Il rédige des critiques approfondies de livres, la première dès le 26 août 185823.

Adresses connues :

  • Il prend son premier poste à Paris en mars 1843 et habite à Vaugirard en 1844.
  • 62 rue de Bondy en 1850 (actuellement rue René Boulanger) ,10e arrdt.
  • 6 place Royale en 1860 actuellement 6 place des Vosges, 4e arrdt24.
  • 6 rue de Vendôme en 1862 (actuellement rue Béranger), 3e arrdt.
  • 12 passage Laferrière en 1864, 9e arrdt, lors de la naissance de sa petite fille.
  • 31 avenue Trudaine en 1866 et 1871, 9e arrdt.

 

 

Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique25 : 

Professeur de langue française première année le vendredi à l’APH, à l’École TURGOT en 1857/58. Il a pour élève Alphonse HOREMANS, placier, demeurant 13 rue des petites écuries, futur lecteur 141 de la BAI-III.

Professeur de langue française première année à l’AP, MEYER fait cours le samedi matin à 9 heures d’abord à l’École centrale rue de Thorigny en 1858/59 et 1859/6026. Puis, quand les cours de l’AP ouvrent rive gauche en 1860/61,  il déplace son cours à l’École de médecine.  Au programme : notions générales. Éléments du discours. Forme et variations des mots. Verbes réguliers et irréguliers. Analyse grammaticale. Orthographe27.

“Dans les cours qu’il fait à l’Association polytechnique, à Paris, il s’efforce d’inspirer à ses disciples le dégoût du langage vicieux et de la morale pervertie, dont tant d’ouvrages de nos jours sont infectés : et il doit dire, à l’honneur de ses élèves que la méthode qu’il emploie pour arriver à ce but si désiré a déjà porté d’heureux fruits. Cette méthode consiste à poser à ses élèves des questions sur le sens des expressions qu’ils emploient eux-mêmes, ou qu’ils rencontrent dans leurs lectures. Mal servi la plupart du temps, le professeur est conduit à donner à ses auditeurs la signification des mots qu’il a choisis pour exemple, et il le fait en s’aidant du raisonnement28“.

 

Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique : .

Meyer est secrétaire pour Paris du club républicain pour la liberté des élections le 15 mars 184829. Il est chargé d’organiser l’association dans le 10e arrdt. Michel GOUDCHAUX (voir plus haut) en est président.

Meyer est secrétaire du club de génération sociale fondée en avril 184830. Les réunions se tiennent le lundi et le jeudi au lycée Bonaparte31. Lors de la 6e réunion de ce club, le Saint-Simonien  Michel Chevalier intervient sur l’organisation du travail.

Appartenance à une société de bienfaisance, une association :

Il est membre de la société de Linguistique de Paris32.

Adhésion à la Société Franklin : 

MEYER fait partie des fondateurs de la Société Franklin et remplit les fonctions de secrétaire33. Il signe avec 9 autres membres le 10 août 1862 une lettre adressée au ministre de l’Intérieur qui demande l’approbation du projet. La lettre est accompagnée du projet de statut et d’une lettre de FAVÉ [voir fiche FAVÉ] précisant que « tous les fondateurs sont animés des meilleurs sentiments et fidèles au gouvernement de l’Empereur »34. Le siège est au Conservatoire impérial des arts et métiers, rue Saint Martin.

En 1863 c’est lui qui reçoit les demandes pour les “caisses” de “livres de circulation” au siège de l’association hébergée par les éditions Hachette au 24 boulevard Sébastopol, rive gauche (futur Bd. Saint Michel).

Il est présent le 27/4/1865 à la première assemblée générale qui se tient dans le grand amphithéâtre au Conservatoire des arts et métiers et où se trouvent Jean Baptiste GIRARD, Idelphonse FAVÉ, Émile MARGUERIN. MEYER n’est alors plus secrétaire et le nouveau secrétaire Henry Amédée FARÉ semble en être gêné. Le siège de la société est 6 rue de Savoie, 6e arrdt.

Il fait partie des conseillers avec FAVÉ, GIRARD (GIRARD remplace Alexandre LABROUSTE décédé), Édouard LABOULAYE, MARGUERIN et Alexandre VINCENT  en juin 186635.

Il est souscripteur le 31/7/1866 c’est à dire qu’il verse une cotisation annuelle de 10 francs 36.

Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III :

Son n° d’inscription et son rôle initial montrent que MEYER fait partie du petit groupe de l’AP arrivé avec PERDONNET à la BAI-III.

MEYER rédige une critique d’un livre traduit de l’anglais par Édouard LABOULAYE (voir futurs billets sur Laboulaye) en 1855.

En juillet 1861 Maurice MEYER, Auguste PERDONNET et Jean Augustin BARRAL se déplacent à Metz pour l’Exposition universelle qui s’y tient et font chacun une ou deux conférences37. Ils sont tous les 3 professeurs à l’AP. Ces conférences devaient servir de réclame pour les cours réguliers. Après Paris l’association voulait en effet s’organiser en province38. 

En 1863 PERDONNET et LABOULAYE sont les témoins de la fille de MEYER quand elle se marie.

Antoine HALFF lors du colloque de 198439 a signalé des lecteurs susceptibles d’appartenir à la communauté “israélite” :

Lecteur 136 : Rodolphe NUSSBAUMER, 22 ans, bijoutier, 57 rue des Marais. Il est né à Paris le 28 mars 1840 du mariage à Saint Merry en 1828 d’Elisabeth PETER et de Rodolphe, Ruppert NUSSBAUMER40 qui est écroué à Sainte Pélagie avec notamment Jean-Baptiste GIRARD [voir fiche GIRARD], et Joseph-Louis DELBROUCK41 par suite de « l’affaire de la rue Michel Lecomte » en novembre 1850.

Lecteur 148 :Jacques DAVID, bijoutier, 69 rue de Chaillot 16e .

Lecteur 431 : Charles Léopold BING (1845 Francfort-1900Paris), étudiant qui deviendra importateur et exportateur de matières premières avec des comptoirs dans les colonies et une maison à New York42.

Lecteur 328 : Léon Frédéric WEIPRECHT (1845, Paris-1889, Paris), 3 rue Poissonnière 2e.

Lecteur 249 : Jean Thiébault SILBERMANN (1806-1865), conservateur des galeries du Conservatoire des Arts et Métiers (voir plus haut).

Relations repérées avec d’autres fondateurs de bibliothèques populaires :

MEYER est en correspondance avec Jean MACÉ pour la création de la bibliothèque de BEBLENHEIM43. Après avoir étudié les statuts de la BAI-III et le rapport de l’assemblée générale envoyés par MEYER la commission provisoire se réunit et décide de ne pas demander de cotisation aux lecteurs mais de demander une taxe de 5 centimes par livre emprunté et de faire entrer dans la commission (décision prise à l’unanimité) Madame Coraly VERENET directrice du pensionnat où professe MACÉ 44.

En 1863, Jean MACÉ interpelle le consistoire qui prend une position favorable aux bibliothèques communales45.

Écrits de la personne :

MEYER publie principalement des études sur la littérature latine (voir dans le catalogue de la BnF).

Il fonde et dirige durant l’année 1857 un hebdomadaire qui évoque des cours publics : Le Moniteur des cours publics littéraires, scientifiques et philosophiques—[Collège de France. — Sorbonne. —Conservatoire des arts et métiers.— Facultés de province, etc].

Il publie en 1864 une Nouvelle grammaire française des écoles, accompagnée de questions, d’exercices et d’une syntaxe complète chez L. Hachette et Cie (Paris).

Éléments biographiques complémentaires :

Il est le premier secrétaire élu par l’assemblée générale en février 1862. François BAZIN avait provisoirement « rempli la fonction « et HARANT lui succède. Les statuts précisent que le secrétaire est élu pour 3 ans, il est chargé de la rédaction des procès-verbaux, de la correspondance, de la conservation des archives. Il fait chaque année à l’AG un rapport moral. MEYER rédige le rapport de l’AG du 10/8/186246. Il y qualifie la bibliothèque de « bienfaisante et moralisatrice ».  Il dit encore que « l’incapacité qui vient de l’ignorance ou de l’immoralité, voilà ce que la bibliothèque populaire est aussi destinée à soulager et à combattre ». « Par l’association, on se rend fort : par la cotisation, on se rend digne, un devient possesseur du livre qu’on lit, et sa lecture, au lieu d’une faveur, devient un droit. »

Il est présent comme secrétaire à l’AG du 9/11/1862. MEYER se retrouve en minorité : la proposition de nommer le maire Arnaud-Jeanti président de la bibliothèque est rejetée aux voix alors qu’il était pour. La proposition de supprimer « sous le patronage de Arnaud-Jeanti, maire » est rejetée aux voix, il était pour. La proposition que la commission ait à motiver son opposition à la présence de certains livres est approuvée, il était contre47. Difficile de dire quand il part, mais  il ne figure plus sur la liste communiquée au maire par PERDONNET le 2/4/1863.

Antoine HALFF dit que la religion de Maurice MEYER n’influe pas sur le catalogue. Le seul livre dont le titre fait référence à la religion “israélite” est écrit par un abbé ! Il s’agit de Mœurs des Israélites et des Chrétiens par l’Abbé Fleury.

MEYER participe à la vie des Israélites et est membre du comité consistorial de bienfaisance. L’Alliance Israélite universelle est fondée en 1860. Dès 1862, les instances israélites sont favorables aux BAI et à la société Franklin. 

Il est l’un des organisateurs d’une pétition concernant la modification du mode d’élection des grands rabbins des Consistoires dans les départements en 186648.

Le rabbin Zadoc KAHN le remercie pour ce qu’il a fait pour son culte et ses coreligionnaires dans l’oraison funèbre qu’il prononce49 .

MEYER a un neveu (dit le colonel MAYER) qui a laissé un tapuscrit intitulé ” Souvenirs d’un optimiste”. Il y explique que sa famille était très attachée à la République et un peu au judaïsme sans beaucoup le pratiquer. En tout cas la famille était contre les mariages mixtes et les conversions50

Maurice Meyer est chevalier de la légion d’honneur51 et officier d’académie d’après son acte de décès.

 

Fiche publiée le  23 mars 2025. Auteur : Louise Oudin

 

  1. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  2. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  3. CR BAI-III 1861/62 page 19. [↩]
  4. ADVP : VD 6 1191 n°1 1861-1863. [↩]
  5. CR BAI-III,1862, page 7. [↩]
  6. CR BAI-V, 1866, page 40. [↩]
  7. Un grand merci à Marie KATZ, descendante directe d’une sœur de Maurice MEYER, pour la qualité de ses informations sur Geneanet et pour sa générosité lors de nos échanges. [↩]
  8. AD54, Nancy, naissances 1814-1815, page 121/753. [↩]
  9. Fanny LEVY, vient rejoindre ses enfants à Paris avant 1850, et meurt en 1865 dans le 3e arrdt. Deux de ses fils, Alexandre et Chailly, sont témoins de l’acte de décès. [↩]
  10. INPI : archives historiques. [↩]
  11. Annuaire-almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers : Firmin Didot et Bottin réunis, 1860. [↩]
  12. AD75, acte d’état civil reconstitué , mariage, 17/12/1849, page 22/51. [↩]
  13. Rapporté dans l’autobiographie du colonel MAYER, voir plus bas, sans numéro précisé. [↩]
  14. Le Droit, journal des tribunaux, 18 et 19/4/1859. [↩]
  15. En 1853, lors de « la liquidation des dettes de l’ancienne communauté́ juive de Metz », les frères MEYER font partie des 1684 contribuables concernés. Maurice est à Poitiers et cotise pour des « facultés imposables » de 2000 francs, Isidore est à Metz et cotise pour des facultés imposables de 1800 francs, Chailly est à Nancy et cotise pour des « facultés imposables » de 4500 francs. Voir Liquidation des Dettes de l’ancienne communauté juive de Metz mise en recouvrement du rôle de 1853. Éditeur J. Mayer Samuel, 1853. [↩]
  16. AD75 , mariages, 3e,10/12/1863, page 23/31, acte 940. [↩]
  17. Voir futurs billets E. de LABOULAYE. [↩]
  18. AD75,1871, 9e, décès, page 27/31,  acte 468. [↩]
  19. Voir notamment dossier Meyer Maurice, AN, Instruction publique : F/17/ 20930. [↩]
  20. Archives israélites du 1/11/1847. [↩]
  21. Archives israélites, 1/3/1843, page 188. [↩]
  22. Nécrologie de  Maurice Meyer par Octave GREARD extraite du Bulletin de l’Instruction primaire du 1/2/1871. [↩]
  23. La Presse, 26/8/1858. [↩]
  24. Futur siège du Musée Victor Hugo. [↩]
  25. Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, histoire, sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952, il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
  26. L’ami des sciences, par Victor Meunier, 22/1/1860. [↩]
  27. L’ami des sciences, 22/1/1860. [↩]
  28. Moniteur de la Moselle, 31/7/1861. [↩]
  29. L’Assemblée nationale, 16/3/1848, en ligne. [↩]
  30. Les clubs et les clubistes : histoire complète, critique et anecdotique des clubs et des comités électoraux fondés à Paris depuis la révolution de 1848... / par Alphonse Lucas , éditeur  E. Dentu (Paris) en ligne. [↩]
  31. Invitation à la 6e réunion du Club de la régénération sociale, avril 1848. [↩]
  32. Qui lui consacre une douzaine de lignes dans la rubrique nécrologie de son Bulletin. [↩]
  33. Voir sur ce carnet le billet consacré à “La Société Franklin, une rencontre “des deux mondes”“ [↩]
  34. AN : F/1a/632 , dossier de demande d’autorisation pour la création de la société FRANKLIN , comprenant une lettre de FAVÉ , le projet de statut et la lettre de demande. [↩]
  35. Société Franklin pour la propagation des bibliothèques populaires. [↩]
  36. Ibid. [↩]
  37. Le Courrier de la Moselle, 20 juillet 1861. [↩]
  38. Histoire de l’association polytechnique et du développement de l’instruction populaire, 1880. Par l’association polytechnique. [↩]
  39. Lecture et lecteurs au XIXe siècle :la bibliothèque des amis de l’instruction, 1985, acte du colloque du 10/11/1984. [↩]
  40. Rodolphe Ruppert NUSSBAUMER  né en 1807 Suisse, décédé au Texas en 1855  voir MAITRON [↩]
  41. Delbrouck sera le fondateur de la bibliothèque populaire de Vernnon. [↩]
  42. AN : dossier de la légion d’honneur de BING Charles Léopold. [↩]
  43. Sur les bibliothèques communales mises en place par Macé, voir BOULOGNE, Arlette, Des livres pour éduquer les citoyens. Jean Macé et les bibliothèques populaires (1860-1881), Paris, L’Harmattan, 2016 [↩]
  44. Jean Macé, “Histoire d’une bibliothèque communale”, Courrier du Bas-Rhin du 29/1/1863 , article signalé par Tony LEGENDRE dans   une conférence sur Jean MACÉ enregistrée à la BAI III en 1999. [↩]
  45. Réponse de Jules CARVALLO à Jean MACÉ dans les Archives Israélites de France volume 25 n°1. [↩]
  46. CR BAI-III, 1862. [↩]
  47. CR BAI-III. [↩]
  48. L’Univers israélite du 1/9/1866. [↩]
  49. Souvenirs et regrets : recueil d’oraisons funèbres prononcées dans la communauté israélite de Paris (1868-1898) ( en ligne. [↩]
  50. Le Colonel MAYER, sous la direction de  Vincent DUCLERT, Paris, Armand Colin, 2007. [↩]
  51. Voir nécrologie déjà citée. [↩]

Les réseaux des premiers acteurs de la BAI-III : Louis Fontaine

FONTAINE, Louis-Marie (1826-1888)

[Cette fiche appartient au projet “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” (voir ici)]

FONTAINE appartient à une famille enracinée depuis des générations parmi les professionnels de l’emballage du quartier du Marais. Après avoir participé à la BAI-III, il s’implique dans des sociétés de crédit à destination des ouvriers.

NOM : FONTAINE

Prénoms : Louis1. Louis-Marie à l’état civil

N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 242

Rôle dans la BAI-III : aide le bibliothécaire PLOMB3 puis devient administrateur en 18624.

État-civil et famille :

Louis FONTAINE est né le 8 janvier 18265 dans une rue aujourd’hui disparue donnant place des Victoires. Son père, Jean Marie, né à Paris est noté employé puis journalier sur son acte de décès en 18486. Sa mère, Marie-Françoise, Jeanne GUILLEMARD, née à Paris, est blanchisseuse et l’est encore lors de son décès en 1855. Elle meurt à l’Hôtel-Dieu7.

  • Le couple des grands-parents paternels est composé de Louis-Jean FONTAINE (1764 -1842) et Marie Geneviève BONTEMPS (1770- 1846). Ils se sont mariés à Chars (Val d’Oise) en 17968. Ils habitent déjà à Paris où il est cordonnier. Domestique, elle meurt d’une pneumonie à l’hôpital de la vieillesse le 05/12 /18469.
  • Le couple des grands-parents maternels est composé de Charles Nicolas GUILLEMARD (1759-1836) et Marie Jeanne DEBRIE (1778-1841). Ils se sont mariés à Paris. Il est menuisier.
  • L’arrière-grand-père Charles Sébastien DEBRIE (1744-1818) devient l’époux de Anne DAVIGOT le 16/8/1768 à Paris. Il est layetier quand il meurt à Gentilly le 8/1/181810. Son père Sébastien Louis était maitre-layetier, comme ses trois frères, à Paris. L’un des frères, Louis Jacques, signe devant notaire un brevet d’apprentissage le 17 avril 1747, en présence de quatre maîtres layetiers jurés11. Le jeune apprenti est engagé pour 4 ans, il a 14 ans et demi. Une génération au-dessus, le père Louis DEBRIE est aussi maître-layetier lors de son mariage en 168412.
  • L’arrière-grand-père René FONTAINE, est l’époux de Françoise Le FAIVRE. Il est maréchal à Beaumont-sur-Sarthe (Sarthe).
  • L’arrière-grand père Rémy BONTEMPS (1738-1812), est l’époux de Marie Simone COUTURIER (1739-1797). Il est rhabilleur de moulin à Chars13.
  • L’arrière-grand-père Nicolas Alexandre GUILLEMARD est l’ époux de Marguerite Agathe TINTRELIN.

FONTAINE a un frère et une sœur :

  • Charles, Auguste, Amand né le 21 août 1827, marié le 28 juin 1851 avec Jeanne GEGOUT. Veuf il se remarie le 23 décembre 1858 avec Victoire Clarice PESSARD alors qu’il est conducteur d’omnibus. Il est porteur aux halles en 1879 le 3 janvier lors de son décès.
  • Louise, Reine, née le 29 octobre 1831 à Paris, mariée le 1er mai 1852 avec Jean Xavier BOUDEN cordonnier alors qu’elle est blanchisseuse. Le couple a un fils, Paul Désiré le 8 février 1861 avec pour témoins FONTAINE et François, Charles GUILLEMARD, son  grand oncle, tous les deux coffretiers. Elle décède à la Maison Départementale de la Seine à Nanterre en 190114 .

FONTAINE, se marie par quatre fois, suite à des veuvages :

  • Le 10 novembre 184915 il épouse Jeanne Clémence VATTONN, ouvrière en dentelles. Elle meurt le 9 septembre 1869 à 48 ans16.
  • Le 20 juillet 187217 il épouse Julie Constance REY, fleuriste. Elle meurt le 3 mai 1879 à 43 ans18.
  • Le 8 juin 188219 il épouse Marie Anne Joséphine ANTOINE canneuse de chaises. Elle meurt le 3 avril 1884 à 41 ans20.
  • Le 7 mars 188521, il épouse Eulalie GUIDAT, lamière, née en 1830. Elle lui survivra.

Avec sa première épouse Louis FONTAINE a un enfant : Victor Arthur, né dans l’anc. 2e  le 1 décembre 1850. Le 23 mars 1878, Victor Arthur épouse Françoise BÉTOIN22. Il adopte la profession familiale d’emballeur. Lors de ce mariage, ils légitiment une fille Marguerite, née en 1873, qui se mariera avec Emmanuel, Joseph, Louis, SIMON en 1904 en légitimant 5 enfants23.  Victor Arthur meurt  le 30 janvier 1901 à l’hôpital Saint-Antoine. Louis FONTAINE meurt le 6 novembre 1888 à Paris 3e  arrondissement24.

Professions :

FONTAINE travaille le cuir, la toile et le bois25. Sa profession est enregistrée sous le vocable layetier, coffretier, emballeur dans l’Annuaire général du commerce de l’industrie et de la magistrature .

Il est sellier quand il se marie en 1849 et encore à 29 ans quand il commence à étudier à l’Association philotechnique en 1855/56 puis encore quand il s’inscrit à la BAI-III en 1862.

Il figure comme sellier-malletier en 1866 au Crédit au travail.

Il est noté souvent malletier ou fabricants de malles de voyage à partir de 1869.

Il figure à son adresse comme fabricants d’articles de voyage dans l’annuaire de 1874 (12 rue Portefoin) puis 147 rue du temple en 1875 et jusqu’à son décès en 1889.

Il est noté fabriquant d’articles de voyage  pour le commerce en 187526.

Il est noté layetier en 1884 lors du décès de sa troisième épouse. Il semble travailler à son compte et aucune faillite n’est déclarée.

Adresses connues :

En 1826, à sa naissance, 2 rue du Petit reposoir, devenue une fraction de la rue Étienne Marcel. anc. 6e.

En 1831, à la naissance de sa sœur, 20 rue de la Cossonnerie, anc.4e.

En 1849 (premier mariage), 39 rue de la Grande Truanderie, avec sa mère, anc.5e et son oncle François, Charles GUILLEMARD coffretier.

En 1862, et encore en 1866, 8 cité Coquenard, 9e arrdt.

En 1869, 15 rue Portefoin,3e arrdt.

En 1875,   147 rue du Temple, 3e arrdt. à quelques pas de la rue Portefoin.

Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique27 :

FONTAINE s’inscrit à la Philotechnique (APH) alors qu’il a 29 ans et suit les cours pendant 5 ans : de novembre 1855 à mars 1860. Nous n’avons connaissance des cours qu’il a suivis que quand il est inscrit au palmarès. Tous les cours se tiennent dans les amphithéâtres de l’école Turgot.

Pendant l’année 1855/56 il reçoit le 3ème prix de langue anglaise 1ère année, cours assuré par Léon, Louis BURON (12/12/1813 Paris- 15/11/1895 Paris). Bibliothécaire à Sainte-Geneviève, celui-ci demeure au 1 rue Madame et sera donateur de livres à la BAI-V.

Pendant l’année 56/57 il reçoit le 1er prix de langue anglaise 1ère année toujours avec Léon BURON. Il obtient aussi la 2ème mention en 2ème année d’anglais. Le cours est donné par Jules Dominique MÉLIOT (18/1/1808 Dieppe – 8/12/1873 Paris). Professeur d’anglais à Louis Le Grand il demeure 4 rue Royer Collard. Il a été reçu 4e sur les 6 obtenant la première agrégation d’anglais en 184928. A la distribution des prix FONTAINE reçoit un livret de caisse d’épargne au nom de S.A. Le Prince impérial.

Pendant l’année 57/58 il obtient la 2e mention en géographie commerciale et industrielle avec comme professeur François BAZIN [voir fiche BAZIN.].

Pendant l’année 59/60 il reçoit la 3ème mention en hygiène et médecine usuelle 1ere année et le 3ème prix en géographie commerciale et industrielle toujours avec François BAZIN.

La dernière année, en 60/61 lui est attribuée la 2ème mention d’Hygiène 1ère année par Louis HEBERT, pharmacien en chef de l’hôpital de Bicêtre, donateur de livres à la BAI-III. FONTAINE obtient le 2ème prix de langue française 2ème année. Le cours est donné par Adolphe ADAM [voir fiche ADAM], CHARDAR [voir fiche CHARDAR], BRIELE [voir fiche BRIÈLE], DELAMARCHE [voir fiche DELAMARCHE] et CHRETIEN [voir fiche CHRETIEN], sont aussi primés.

Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique : FONTAINE soutient activement le principe de la coopération. Il intervient lors du banquet des sociétés coopératives le 19 septembre 1869. 700 personnes sont réunies au salon des familles , chez Maurice, avenue de Saint Mandé, 12e arrdt. Jean GAUMONT dans son Histoire de la Coopération relève son implication. Il souligne un principe qui semble général : La coopération accueille sans distinction politique même si les « coopérateurs savent ce qu’ils ont à faire ». La Liberté, 21/9/1869. Gallica (BnF).

Pendant la Commune FONTAINE est officier subalterne dans la IIIe légion qui regroupe les bataillons du 3e arrondissement. Il est capitaine de la 7e compagnie du 86° bataillon fédéré. Arrêté, il bénéficie d’un « non-lieu » le 20 septembre 187329. Auguste, BELLAMY, le frère d’un membre actif de la BAI-III, Victor BELLAMY [voir fiche BELLAMY],  est sous-officier dans le même bataillon. Arrêté comme sergent il est condamné30.

Appartenance à une société de bienfaisance, une association : L’année de la création de la BAI-III, FONTAINE est le principal fondateur de la société de crédit mutuel (prêt direct) La Confiance. C’est d’abord un certain MALVANO qui est gérant et FONTAINE est caissier puis secrétaire-trésorier. Il en devient ensuite le gérant jusqu’à la fermeture de la société. C’est une société fondée le 1er juin 1861 avec 10 membres et 50 francs. Elle existe de fait par accord verbal pendant 4 ans. Le 10 octobre 1865 un acte de société a été déposé. Les assemblées générales sont annoncées dans la presse. Elles sont semestrielles et se tiennent le dimanche à 2 heures à la mairie du 11e boulevard du prince Eugène renommé boulevard Voltaire en 1870. La dernière annoncée par la presse est celle du 31/5/187431. Celle du 17/12/1865 est transcrite32.FONTAINE, alors caissier, expose qu’il y a 36 adhérents,principalement des selliers, harnacheurs, coffretiers-malliers, emballeurs, etc. La cotisation hebdomadaire est de 1 franc.

Au dernier semestre 68 prêts faits à 17 sociétaires pour une moyenne de 27,47 francs par prêt. La durée moyenne des prêts est de 6 semaines à un taux de 6%. Pour avoir un élément de comparaison pour apprécier ces chiffres on peut se rapporter à l’étude faite en 1860 par la Chambre de commerce. En excluant les salariés très mal ou très bien payés des 416 000 ouvriers recensés, on arrive à un salaire moyen journalier de 4,51francs par jour pour les 200 000 ouvriers du milieu de la courbe. Les salaires dans ce groupe variant de 3,25 francs à 6 francs33.  

La société comprend 41 membres en 1866 (12 marchands ou fabricants et 29 membres salariés). Le capital réuni au 1/1/1866 est de 1265 francs. Les sommes prêtées sont de 4388 francs pour l’année 1865 et de 10 327 francs depuis la fondation.

En 1870, dans une lettre publiée par Le Siècle, FONTAINE annonce 74 adhérents et plus de 1300 francs de prêts par mois (voir plus bas).

A partir de 1863 il est aussi membre actif du Crédit au travail34 et s’investit dans plusieurs commissions. Il est membre de la commission de statistique des sociétés de crédit mutuel au moins en 186735. Une commission d’initiative est nommée en 1865 par l’assemblée générale du Crédit au travail. Elle est composée « d’hommes ayant autorité dans les milieux ouvriers » et elle publie dans la presse un appel à la création de sociétés d’épargne et de crédit mutuel. Sont signataires de l’appel : FONTAINE alors sellier, ainsi que FRIBOURG, graveur décorateur des BAI-III et XIV et LENEVEUX qui sera à la BAI-XIV en 187136. Une commission consultative ayant pour but d’être l’organisme central, le bureau de propagande de renseignements et de consultations pour les sociétés est nommée en 1868. Sont choisis FONTAINE, gérant de la Confiance ainsi que COHADON de la BAI-V37.

Adhésion à la Société Franklin : 

non identifiée

Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III :

Sans doute par sa profession initiale de sellier (il ya 8 selliers dans la la liste initiale des lecteurs et de 10 dans le palmarès de la Philotechnique. Parmi eux Zéphirin CLOUET [voir fiche CLOUET]. Et par la Philotechnique (voir plus haut).

Par le Crédit au travail38 où l’on retrouve Joseph DELBROUK [voir fiche DELBROUK], César DALY [voir fiche DALY], Pierre Marie ANDRÉ [voir fiche ANDRÉ], Edouard Ernest FRIBOURG [voir fiche FRIBOURG], Ernest MORIN [voir fiche MORIN].

Relations repérées avec d’autres fondateurs de bibliothèques populaires :

Par le crédit au travail FONTAINE est en relation avec des membres _ de la BAI-V : Antoine COHADON, Camille BOCQUET

– de la BAI-VI (voir ici): Albert LE ROY, Charles LAUTH, Anne Charles HERISSON

– de la BAI-XIV : Athanase COQUEREL, Louis ASSELINE, Henri Charles LENEVEUX, Auguste OTT, Charles Mathieu LIMOUSIN, Martin NADAUD, Anthime CORBON

– de la BAI-XV : Édouard GRIMAUX.

Écrits de la personne :

A ce jour on connaît une lettre publiée dans Le Siècle en 1870 :  

Fiche publiée le  24 février 2025. Auteur : Louise Oudin

  1. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  2. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  3. Rapport GRANDEAU dans l’Ami des sciences, 1862. [↩]
  4. CRBAI-III 1861/62 page 20. [↩]
  5. AD75, acte d’état civil reconstitué, naissance, page 20/51. [↩]
  6. AD75, acte de l’état civil reconstitué, décès, page 23/51. [↩]
  7. Archives APHP, registre de population, Hôtel Dieu, registre des décès , 26 avril 1855, page 64/177. [↩]
  8. AD 95, Chars, an IV -an VII, page 48/153 acte I. [↩]
  9. Archives APHP, registre de population, Salpêtrière, registre des décès, 05/12/1846 ,page 79/132. [↩]
  10. AD94, Gentilly, décès 1818, page 6/93, acte 21. [↩]
  11. AN, MC/ET/XXVIII/302, 16/4/1747. [↩]
  12. AN, MC/ET/XLII/343, inventaire après décès établi le 8/11/1725. [↩]
  13. AD95, Chars, registre paroissial, 1808-1812, décès, page 133/146, acte 22. [↩]
  14. AD92,Nanterre, décès, 1901, page 7/222, acte 32. [↩]
  15. AD75, acte de l’état civil reconstitué, mariage, 1849, page 49/51. [↩]
  16. AD75, décès, 3e , 1871, page 7/31, acte 2131. [↩]
  17. AD75, mariage, 3e, 1872, page 16/31, acte 669. [↩]
  18. AD75, décès, 3e, 1879, page 13/31, acte 611. [↩]
  19. AD75, mariage, 3e, 1882, page 22/31, acte 433. [↩]
  20. AD75, décès, 3e, page 23/31, acte 416. [↩]
  21. AD75, mariage, 3e, 1885, page 24/31, acte 165. [↩]
  22. AD75,  mariage, 10e, 1878, page 23/31, acte 313. [↩]
  23. AD75, mariage, 6e, page 8/15, acte 916. [↩]
  24. AD75, décès, 3e, 1888, page 3/31, acte 1318. [↩]
  25. Nosban, Nouveau manuel complet du menuisier, de l’ébéniste et du layetier : comprenant tous les détails sur la nature des bois indigènes et exotiques…. Tome 2, quatrième partie, page 288 , Paris, Roret, 1843. [↩]
  26. Le Petit Journal du 22/7/1875. [↩]
  27. Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, histoire, sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952, il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
  28. André Chervel, « Les agrégés de l’enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 », mars 2015 [en ligne] [↩]
  29. Jean-Claude Farcy, La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880), en ligne. [↩]
  30. Jean-Claude Farcy, La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880), voir ici. [↩]
  31. La République française du 13/5/1874 en ligne . [↩]
  32. Adolphe Gustave BLAISE (dit des Vosges) (1811, Paris anc.3e -1886 Paris9e) dans L’ Association du 18/2/1866 en ligne. [↩]
  33. Lavollée : Revue des deux mondes : recueil de la politique, de l’administration et des mœurs , 1/1/1865 . [↩]
  34. Olivier CHAÏBI : Accorder du crédit à ceux qui n’en n’ont pas. La société du crédit au travail de Jean-Pierre BELUZE et le développement de la coopération (1863-1868) dans Les Études Sociales 2016 n° 164 en ligne. [↩]
  35. La Liberté du 10/8/1867. [↩]
  36. Le Progrès de Lyon du 12/12/1865. [↩]
  37. Le Siècle du 19/11/1868 page 3. [↩]
  38. Liste des commanditaires de la société du crédit au travail, premierssocialismes.edel . univer-poitiers  en ligne. [↩]

Les réseaux des premiers acteurs de la BAI-III : Charles Bresson

BRESSON, Charles Paul Auguste (1833-1907)

[Cette fiche appartient au projet “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” (voir ici)]

Lors de son inscription  à la  BAI-III, BRESSON est conducteur des Ponts-et-Chaussées. Cet ancien typographe est en pleine ascension sociale, notamment grâce aux cours de l’Association philotechnique dont il devient d’ailleurs l’un des professeurs.

NOM : BRESSON

Prénoms : Charles1. Charles, Paul, Auguste à l’état civil

N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 142

Rôle dans la BAI-III : lecteur

État-civil et famille :

Charles BRESSON est né le 8 novembre 1833 dans une rue aujourd’hui disparue (en bas de l’actuel boulevard Sébastopol). Son père, Genest BRESSON, compositeur d’imprimerie ou typographe,est né à Riom le 9/9/1799, décédé à Paris 10e arrdt. le 19 février 1872, à l’hôpital saint Louis3,  est arrivé à Paris avant 1825 et pensionné de l’imprimerie nationale à sa retraite. Sa mère, Clara, Élisabeth LETONDAL4. Le couple des grands-parents paternels est composé de Claude BRESSON (1768-1823) et Marie Élizabeth VIDAL (1777-1829). Ils vivent à Riom dans le Puy-de-Dôme et lui exerce le métier de marchand colporteur en mercerie5. Le couple des grands-parents maternels, Marc Emmanuel LETONDAL (1768-1826) et Anna Maria CARLAT (1778-1836) vit à Pontarlier dans le Doubs. Lui est d’abord officier d’artillerie puis marchand colporteur6. La famille séjourne à La Haye en Hollande au moins de 1793 à 1813.  Ce séjour est pour la grand-mère maternelle de BRESSON un retour dans sa ville natale : elle est née MULLENDORFER à La Haye en 1778. Devenue veuve elle quitte Pontarlier et s’installe comme lingère à Paris. Elle meurt à l’Hôtel Dieu à 58 ans quand BRESSON a 3 ans7.

Lors de leur mariage le 18/4/1825, les parents de Charles  ont pour témoins 4 typographes8. Son oncle, Charles BRESSON9,décédé à Paris 20e le 12/2/186610, est typographe après avoir été caporal au 20e régiment d’infanterie légère en garnison à Metz. Quand il est témoin en 1833 de la naissance de Charles BRESSON il demeure 63 passage du Caire (un passage où se trouvent plusieurs imprimeries).

Le 20 septembre 1870, deuxième jour du siège de Paris, Charles a 37 ans. Il habite 3 rue Corbeau et il épouse Marguerite MARX, 21 ans, fleuriste qui habite au 7 de la même rue. Marguerite est née à Dijon le 20 avril 184911. Le premier témoin est Joseph CLAUDEL, son ancien professeur de mécanique, ingénieur civil, donateur de livres aux BAI-III et BAI-V, pilier des Associations polytechnique et philotechnique12. Sa belle-mère, Jeanne PETITOT13, est lingère et épouse de Jean Georges MARX, cordonnier, né à Pfaffenhausen en Bavière vers 1814 d’un père vigneron et d’une mère née WERLERICH. Un contrat est établi un jour avant le mariage devant maitre Phileas VASSAL14, sous le régime de la communauté réduite aux acquêts. Charles apporte : habits, linges, hardes, bijoux et objets mobiliers à son usage personnel d’une valeur de 2000 francs ; la somme de 3000 francs et 2 actions pour 500 francs chacune. Sa femme apporte habits, hardes et bijoux pour 500 francs ; matériel de fleuriste pour 400 francs.

Sa femme meurt à 34 ans, le 27 juillet 1883, au 1  rue de Lourcine dans le 5e arrondissement15. Leur fille Charlotte meurt à 12 ans, quelques mois après sa mère. Elle était née 12 jours après la semaine sanglante16.

Charles BRESSON meurt à 74 ans le 7 mai 1907 à la « Maison Dubois » (l’actuel hôpital Fernand-Widal) dans le 10e17.

Professions :

Il est lithographe en 1852/53 et 53/54.

Il entre à la ville de Paris comme « piqueur » (surveillant) au service municipal des travaux publics en 1854.

Il est reçu par concours « conducteur des ponts et chaussée » le 1er octobre 1856.

Il travaille au côté d’Edmond HUET à partir de 1859 et pendant 40 ans18.

Il prend sa retraite avec le grade de conducteur principal avec un dernier salaire de 3841 francs et une pension de 2561 francs le 1 juin 189919.

Adresses connues :

En 1833, 6 rue de la Vieille Monnaie, anc. 6e, à sa naissance, devenue une fraction du bas du boulevard Sébastopol.

En 1861, 51 rue Charlot, 3e, avec ses parents.

58 rue de Rivoli, 4e , sur l’annuaire de 1862 de l’école Turgot.

En 1870, 3 rue Corbeau, 10e, (actuelle rue Jacques Louvel Tessier) quand il se marie.

En 1872, 83 rue du château d’eau 10e (décès de son père). En 1883 (décès de sa femme) et jusqu’à son décès en 1907, 36 avenue des Gobelins, 13e20.

Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique21 :

BRESSON s’inscrit à la Philotechnique (APH) à 20 ans et suit les cours pendant 6 années scolaires : de 52/53 à 57/58.  Il retourne donc le soir après son travail, certaines années plusieurs jours par semaine au 17 rue du Vert Bois dans les locaux de l’école TURGOT22 qu’il a fréquentée trois ans. Il est sorti de cette école d’enseignement primaire supérieure dans la promotion 1850, il avait 17 ans23. Il arrête la philotechnique en ayant obtenu les quatre certificats d’études :  relatif aux commerces, relatif aux sciences mathématiques, relatif aux arts industriels relatif à la physique. Ces certificats mis en place par LIONNET ouvrent la porte au patronage de l’APH. Pour chaque certificat il fallait obtenir une mention ou un prix dans 6 ou 7 matières préalablement définies. Ces diplômes pouvaient être présentés à l’embauche.   C’était d’après PRESSARD une des raisons du succès de l’APH24. Il commence par un premier prix de géométrie 1ere année au cours de Joseph VINOT25 en 1852/53. Il continue par deux premiers prix en géométrie de l’espace  et géométrie descriptive (années 53/54). Alors qu’il a quitté la typographie pour un poste de piqueur il obtient deux premiers prix en algèbre et en géométrie descriptive et une première mention en mécanique (1854/55), avec comme professeur Joseph CLAUDEL. Toujours piqueur il poursuit par une première mention en comptabilité, cours donné par Jules REVERT26. Devenu conducteur des ponts et chaussées, il cumule quatre premiers prix : en physique, avec pour professeur Félix HEMENT, en dessin linéaire lavis, dessin de l’ornement et un deuxième prix en mécanique (1856/57). Il termine par trois premiers prix : langue française, comptabilité, arithmétique et deux deuxièmes prix en hygiène et trigonométrie et courbes usuelles (1857/58).

Pendant l’année scolaire 1861/62, il remplace un professeur en algèbre et l’année d’après (1862/63) il est enregistré comme professeur d’arithmétique. BRESSON devient professeur de « sciences mathématiques » à l’Association polytechnique (il ne semble pas y avoir suivi de cours). Il y enseigne pendant 37 ans.

Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique : non repérée

Appartenance à une société de bienfaisance, une association :

A l’AP, il est souscripteur avec un groupe de professeurs (notamment Émile MARGUERIN [voir fiche MARGUERIN],  Adolphe BIRMANN) pour un appel à soutenir une ambulance mise en place par le bureau de l’association en1870 à Passy. Deux cents soldats y sont traités27. Il est membre actif pendant 44 ans de la Société de secours mutuels du service municipal des travaux publics de Paris. En février 1855 il en est le secrétaire, en février 1875 le trésorier. Il est membre actif de l’amicale d’assistance et d’aide mutuelle des anciens élèves de l’école municipale Turgot. En 1859, il collabore à sa fondation puis il est membre du conseil d’administration jusqu’en 189428. Il est membre titulaire de la société de statistique à partir de 189929.

Adhésion à la Société Franklin :  non identifiée

Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III :

Par sa scolarité à l’école TURGOT qui lui fait croiser élèves et professeurs et par l’amicale des anciens élèves. Il faut rappeler que c’est à l’école TURGOT que s’est installée la BAI-III en 1861 et que c’est à cette école, chez MARGUERIN, que se tient la première réunion. Cette année-là 6 professeurs de TURGOT enseignent à la Philotechnique et les 5 premiers sont présents dans l’organigramme des aidants de la BAI : François BAZIN, lecteur 17, Michel, Adolphe BIRMANN donateur de livres, Félix HÉMENT, lecteur 221 et donateur de livres, MARGUERIN, lecteur 10 et donateurs de livres, Ernest MORIN [voir fiche MORIN] lecteur 248, Jean Pierre Hippolyte VANNIER (1805-1891).

Par les associations philotechnique (APH) et polytechnique (AP). Il fait notamment partie des 18 étudiants de l’APH récompensés en grande pompe le 11 janvier 1857 au ministère de l’Instruction publique : on retrouve parmi ces mêmes lauréats Honoré PLOMB, premier bibliothécaire de la BAI-III et Stanislas PIQUART [voir fiche PIQUART], un des aides de PLOMB à la bibliothèque, dont la carrière est proche de celle de BRESSON.

Éléments biographiques complémentaires :

Scolarité et carrière :

BRESSON rentre à l’école TURGOT à 14 ans et en sort trois ans après en 1850.  Pierre Philibert POMPÉE en est le directeur. Les cours de la Philotechnique s’y tiennent le soir à partir d’octobre 1849 sur décision du préfet Jean-Jacques BERGER. POMPÉE et Charles Louis BARRESWIL sont professeurs à la Philotechnique. BRESSON retourne dans les amphithéâtres en 1852 pour suivre les cours du soir de la philotechnique, ce qu’il fera sept années durant. En janvier 1853, Émile MARGUERIN prend la direction de l’école. Ensuite BRESSON reste proche de l’école en participant à la fondation de l’association des anciens élèves à partir de 1859 et en y donnant des cours dans le cadre de l’association philotechnique à partir de 1861. Du point de vue professionnel les dix années d’étude portent leurs fruits. BRESSON accède rapidement à des responsabilités : Il fait un bref séjour au ministère des travaux publics comme employé au service d’expéditions et d’autographies (qui est une technique de reproduction) en 1856. Il retourne à la ville de Paris en 1859 pour prendre le poste de chef de bureau d’Edmond HUET (1827-1906) : d’abord aux services des eaux, canaux et voirie. Il participe notamment aux grands travaux pour amener l’eau potable de la Dhuis et de la Vanne à Paris et à la construction du réservoir de Montsouris. Il suit Huet au service des chemins de fer en 1874. Il participe à « l’étude d’un chemin de fer métropolitain à voie normale avec raccordements des grandes lignes » et à l’étude d’un « cimetière parisien à grande distance avec un chemin de fer d’accès aménagé pour le transport mortuaire ». Il termine sa carrière en s’occupant de la comptabilité dans différents services de 1878 à 1899.

BRESSON est fait officier d’académie le 13 janvier 1880, officier de l’Instruction publique le 30 décembre 1886. Il est décoré de la légion d’honneur par le ministre de l’Industrie et fait chevalier le13 juillet 189930.

 

Décès :

C.P.A (Charles, Paul, Auguste) BRESSON au Père Lachaise, médaillon en bronze de Henri GODET (1863-1937). Photographies Louise Oudin.  

Après une messe à Saint Médard, BRESSON est enterré au Père Lachaise dans une concession de trois tombes qu’il a acquise en 1862 à l’intersection des deux allées principales de la 86e division31. Tout au long de sa vie Charles BRESSON est omniprésent auprès de sa famille, ce qui transparaît notamment dans les actes d’état civil. En août 1895, il fait transférer ses proches enterrés au Père Lachaise dans la concession qu’il a acquise32 : ses parents, grand-parents, sa belle-mère. Sa tante, Arthémise, Pauline LETONDAL33, décédée à Paris 17e arrdt le 12/6/188834, et son époux Armand DELAAGE35, bottier, sont également transférés. Sur la pierre du milieu (voir photographie plus haut), il invite à se souvenir de ses quatre grands-parents.

Écrits de la personne :

Charles Bresson, “Contribution à l’étude des doubles emplois dans l’évaluation des biens en France”, Journal de la Société de statistique de Paris, Tome 45 (1904), pp. 386-390. http://www.numdam.org/item/JSFS_1904__45__386_0/

Fiche publiée le  25 janvier 2024. Auteur : Louise Oudin

  1. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  2. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  3. AD75, décès, 10e, 1872, page 17/31, acte 602. [↩]
  4. Clara, Elizabeth LETONDAL, née à La Haye, Hollande le 12/2/1798, décédée à Paris 11e le 11/9/1862. AD75, 1862, décès,3e, page 20/31, acte 1229. [↩]
  5. AD63, Riom,1821/1824, décès BRESSON, page 200-277. [↩]
  6. AD25, 1826, décès, page 10/29, acte 41. [↩]
  7. AD75, actes de l’état civil reconstitué, décès, 23/12/1836,1, page 38/51. [↩]
  8. AD75, acte d’état civil reconstitué, mariage, 18/4/1825, page 14 à 16/51. [↩]
  9. Charles BRESSON né à RIOM le 30/6/1802, marié à Marie LEROY à Paris le 12/12/1829. AD75, acte d’état civil reconstitué, mariage,12/12/1829, 2, pages 16 à 18/51. [↩]
  10. AD75, décès, 20e, page 3/31, acte 361. [↩]
  11. AD75, mariages, 10e  , 1870 , pages 30/31, acte 950. [↩]
  12. Joseph CLAUDEL, élève de Eugène LIONNET [voir fiche LIONNET] au cours du soir de mathématiques à Épinal alors qu’il est ouvrier, bénéficie d’une bourse pour entrer à l’Ecole centrale dont il sort ingénieur civil en 1839. Il est professeur pendant 27 ans au cours du soir. [↩]
  13. Jeanne PETITOT née à Dijon le 22/8/1828, mariée à Dijon le 8 mai 1848, décédée à Paris 3e le 1/1/1868. AD75, décès, 3e, 1868, page 2/31, acte 6. [↩]
  14. AN, minutes de Phileas VASSAL, MC/ET/XCV/692. [↩]
  15. AD75, décès, 5e, 1883, page 9/31, acte 2148. [↩]
  16. Charlotte, Eugénie, Joséphine BRESSON, née à Paris 10e arrdt. le 8/6/1871, décédée à Paris 10e arrdt le 26/4/1884 (Maison Dubois. AD75, décès, 10e, 1884, page 30/31, acte1745. [↩]
  17. Renseignements issus du dossier de Légion d’honneur Bresson Charles sur la base Leonore. [↩]
  18. Renseignements issus du dossier de Légion d’honneur Bresson Charles sur la base Leonore. [↩]
  19. Bulletin des lois de la République française, 1/7/1899 page 490. [↩]
  20. Liste électorale 1891. [↩]
  21. Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, histoire, sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952, il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
  22. Renaud D’ENFERT, « École du peuple et scolarisation post-élémentaire », Revue d’histoire du XIXe siècle [En ligne]. [↩]
  23. ADVP. : D6/366 : Association amicale des anciens élèves de l’école Turgot, annuaire 1862, Paris, Charles de Mourgues frères, 1862.Page 12. [↩]
  24. A. PRESSARD, Une Histoire de l’Association Philotechnique préfacée par Ferdinand Buisson, (Paris), 47 rue Saint-André-des-Arts, 1898. [↩]
  25. Sur Joseph VINOT, voir Agnès SANDRAS (2019, 16 mai). La bibliothèque des Amis de l’Instruction du VIe arrondissement de Paris (BAI-VI). Bibliothèques populaires. [↩]
  26. Voir Jules REVERT dans : les réseaux des premiers acteurs de la bai-III : Adolphe Noret 7/11/2021. [↩]
  27. Histoire de l’Association polytechnique et du développement de l’instruction populaire en France, 1880, par l’Association polytechnique. [↩]
  28. «L’école TURGOT sous l’administration municipale » par E. COLLIGNON [en ligne]. [↩]
  29. JSFS, Vie de la société. Journal de la Société de statistique de Paris, Tome 40 (1899), pp. 109-125. http://www.numdam.org/item/JSFS_1899__40__109_0/. [↩]
  30. BRESSON, Notice 54780  LH//358/63. [↩]
  31. Information communiquée par la gestion du cimetière : la concession BRESSON, numéro 639, acquise le 6 octobre 1862 par Monsieur Charles Paul Auguste BRESSON a une superficie totale de 9,05 m2. Elle est située dans la 86ème Division cadastres 585 et 586,13ème ligne face à la 85ème Division et 26 et 27 tombes par la 81ème Division. [↩]
  32. AD75, registre journalier,  cimetière du père Lachaise, 26/7/1895-23/9/1895, page 15/31. [↩]
  33. Arthémise, Pauline LETONDAL née à La Haye le 3/9/1813, mariée à Paris le 22/6/1836. AD75, acte de l’état civil reconstitué, mariages, pages 33,34/51. [↩]
  34. AD75, décès,17e, 1888,page 2 /31, acte 1478. [↩]
  35. Jean Louis, Joseph, Armand, Severin DELAAGE né à Grandlup-et-Fay (Aisne) le 22/2/1811, décédé à Paris 9e le 13/11/1864(AD 75, décès, 9e, 1864, page 5/16, acte 1454. [↩]

Les réseaux des premiers acteurs de la BAI-III : Jean Stanislas Piquart

Piquart, Jean Stanislas (1833-1895)

[Cette fiche appartient au projet “Les réseaux des premiers acteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction sous le Second Empire” (voir ici)]

Arrivé à Paris de la Meuse, cordonnier comme son père, Stanislas PIQUART suit brillamment les cours du soir. Il entre sur concours à la Ville de Paris. À la BAI-III, il aide le bibliothécaire.  

NOM : PIQUART

Prénoms : Stanislas1. Jean Stanislas à l’état civil

N° d’ordre dans le registre des inscriptions de la BAI-III : numéro 222

Rôle dans la BAI-III : aide le bibliothécaire PLOMB3.

État-civil et famille:

Jean Stanislas naît le 28 juin 1833 à Montfaucon d’Argonne, département de la Meuse4. Son père, Jean, y est cordonnier (il l’est encore en 1870). Sa mère Elisabeth, Joséphine, née COLLARD, est “ménagère” en 1866. Stanislas est l’aîné d’une fratrie de 3.

Son frère Joseph meurt nourrisson à Montfaucon5. Il est témoin au mariage de sa sœur Marguerite Camille qui est installée chapelière puis  lingère à Paris6. Il a deux nièces Camille Antonine, née le 15/2/1866, à Paris (XXe arrdt).  Elle épouse Joseph, Albert CHAROULET,  marchand de bois et charbon. Blanche Rose, née le 31 octobre 1869, meurt en nourrice dans l’Aisne à 9 mois, 3 mois après le mariage de ses parents le 28 juillet 1870.

Jean Stanislas épouse  Eugénie Anaïs IMBERT , née le 25/10/1837 à Paris, ancien Ier arrondissement7 . Ils se marient le 27/1/1866 à Paris dans le Ier arrondissement8. Orpheline, elle habite alors 194 rue de Rivoli chez son frère, marchand de gants. Le mariage est inscrit dans le registre protestant9. Il est établi un contrat de mariage chez Maître Lavoignat avec régime de la communauté réduite aux acquêts10. Le mari apporte vêtements, hardes, linge et montre pour une valeur amiable de 800 francs et la mariée vêtements, linge et bijoux pour une valeur de 2000 francs. La mariée apporte de plus deux inscriptions de 300 francs de rente et des droits indivis dans une maison à Millau (Aveyron). Célestin PIQUART, le cousin issu de germain de Stanislas, cordonnier à Paris 5 rue de Braque (Paris IIIe), est témoin du mariage.

Eugénie meurt le 28 janvier 1886 à Paris dans le XIIe arrdt arrondissement11. Jean Stanislas meurt à l’âge de 62 ans, le 1 décembre 1895, dans le XIIe arrdt12. Il repose au Père Lachaise13. Ils laissent une fille Jeanne Palmyre née le 24 juin 1869 à Paris, XIIe arrondissement14, baptisée le jour-même dans la religion protestante15. Jeanne Palmyre épouse un instituteur, Albert Fernand, Henri MARTIN le 28 septembre 1886 à Paris dans le XIIe arrondissement16.

Stanislas est veuf quand il devient le parrain de sa petite-fille  en 1887, prénommée Palmyre, Irma, Anaïs, Fernande 17. Elle devient professeur de musique et épouse un professeur de mathématiques.

Professions :

* Cordonnier en 1854/55 et 55/5618.

* Ancien cordonnier, piqueur du service municipal en 1857/58.19.

* Employé aux Ponts et Chaussées en 186120.

* Piqueur au service municipal encore en 1866 quand il se marie et en 1869 à la naissance de sa fille.

* Sous-contrôleur au service des eaux de Paris pour un traitement de 2000 francs avec frais fixes de 500 francs par arrêté le 1/1/187821.

* Conducteur municipal lors du mariage de sa fille en 1886.

* Retraité le 1/10/1889, à l’âge de 56 ans22.

Adresses connues :

Trois adresses trouvées qui se situent toutes dans le XIIe arrondissement.

En 1861 et 1866, 8 Boulevard de Pique-Puce (qui devient Picpus).

2 rue du Charolais en 1886 quand sa fille se marie.

47 Boulevard de Reuilly lors de son décès en 1895.

Liens avec l’Association philotechnique et/ou polytechnique23 :

Il fréquente les cours des deux associations.

Pour la Philotechnique (APH), on peut le suivre dans les cours où il excelle grâce au palmarès publié chaque année. Il a 21 ans en 1854 quand il suit les premiers cours,  il arrête en 1860, année qui précéde la création de la BAI-III. Les cours ont lieu dans l’un des trois amphithéâtres (Est, Ouest ou Nord) de l’école Turgot, 17 rue du Vert-Bois, sauf les cours de dessin qui ont lieu à l’école communale de la rue Sainte-Elisabeth. Les horaires sont soit le soir de 20h30 à 22 heures soit le dimanche de 9h à 10h30 ou de 10h30 à 12 heures.

Pour la Polytechnique (AP),  on ne dispose que du palmarès de 1857/1858 et de 1858/1859. En 1854/55, Piquart se voit attribuer la première mention en comptabilité, (cours donné par Jules REVERT, professeur de comptabilité́, donateur de livres à la BAI-III, le 2ème prix de géométrie plane et la 3ème mention dans le cours de géométrie de l’espace et trigonométrie. Pour 1855/56 : 1ère mention en arithmétique 2ème année (délivré́e par Émile LIONNET [Voir fiche LIONNET] du conseil de patronage, professeur à Louis-Le-Grand, donateur de livres à la BAI-III). 3ème prix en comptabilité ; 2ème prix en algèbre, 1er prix en géométrie plane (Professeur Nicolas Joseph VINOT, astronome, que l’on retrouve à la BAI VI, voir ici), 1ère mention en géométrie de l’espace et trigonométrie, 2ème mention en physique, 1er prix d’hygiène et médecine usuelle (donné par Louis HEBERT, pharmacien en chef de l’hôpital de Bicêtre, donateur de livres à la BAI-III). Médaillé lors de la remise des prix de l’APH du 14/12/1856 dans la grande Salle de la Sorbonne : quatre prix et trois mentions. Il a 24 ans et se voit décerner un prix d’honneur. Lors d’une cérémonie le 14 janvier 1857 il se voit offrir « une magnifique édition des Oeuvres complètes de Buffon » annotées par Flourens24. En 1856/57, il a une 2ème mention langue française 2ème année ; une 1 ère mention mécanique 1re année ; un 2ème prix de physique 2ème année (donné par Félix HÉMENT, professeur au collège Chaptal et à l’école Turgot, lecteur 221, donateur de livres à la BAI-III); une1ere mention Hygiène et médecine usuelle (cours donné par le docteur-médecin Victor POIRSON, donateur de livres à la BAI-III) et reçoit un livret de caisse d’épargne. Pour l’année scolaire 1857/1858 nous disposons des palmarès des deux associations. Stanislas PIQUART suit des cours à l’APH le mercredi, jeudi et samedi soir ainsi que deux cours le dimanche matin. En 1857/58, il reçoit un 2ème prix d’algèbre 2e année (le cours a lieu le jeudi, amphithéâtre nord)  ; une 2ème mention de mécanique 2ème année  (mercredi, amphithéâtre Nord) ; un 1er prix de  physique 2ème année (dimanche, amphithéâtre Ouest)  ; un 1er prix de géographie commerciale et industrielle  (le cours a lieu le dimanche à l’amphithéâtre nord et est animé par François BAZIN [Voir fiche BAZIN], censeur, lecteur 17, donateur de livres à la BAI-III), une 4ème mention de Dessin linéaire et lavis. Piquart reçoit un livret de caisse d’épargne de S.M. l’Empereur.

Il est également 2ème prix de géométrie descriptive du cours suivi à l’AP le samedi à 20 heures dans l’école de la rue communale de la rue Jean Lantier25. En 1859/60, il reçoit un 1er prix de géométrie (cours de MENU de SAINT-MESMIN) et une médaille de bronze.

Appartenance à un courant d’idées, un mouvement politique :

non repérée

Appartenance à une société de bienfaisance, une association :

non repérée

Adhésion à la Société Franklin : 

non identifiée

Relations repérées avec d’autres membres de la BAI-III :

Jean Stanislas a eu l’occasion de croiser pendant 6 années tous les “amis de l’instruction” ayant fréquenté comme élèves ou professeurs l’AP et ou l’APH. Il en est ensuite un pilier important dans les débuts puisqu’il fait partie du petit cercle qui aide le “bibliothécaire” Plomb [Voir fiche PLOMB]

Éléments biographiques complémentaires :

non

Fiche publiée le  12 janvier 2024. Auteur : Louise Oudin

  1. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  2. Registre dit des lecteurs – BAI-III. [↩]
  3. Rapport GRANDEAU dans l’Ami des sciences, 1862. [↩]
  4. AD55, Naissances, Mariages de Montfaucon (1833-1842) acte 15, page 18. [↩]
  5. AD décès 1833-1842 page 133/291, acte 16. [↩]
  6. AD75, 1870, mariages , 20 , page 14/31, acte 200. [↩]
  7. AD75, actes de l’état civil reconstitué, naissances, 5MI1452,  pages 8 à 11. [↩]
  8. AD75,1866, mariages,1, page 8/21, acte 54. [↩]
  9. “France, registres protestants, 1536-1897.” FamilySearch.  Actes de mariages 1864-1867,  image 237/401. [↩]
  10. AN, MC/ET/CIX/1188, Me LAVOIGNAT. [↩]
  11. AD75, 1886, décès,12, page 16/31, acte 350. [↩]
  12. AD75, 1895, décès 12, page 8/31, acte 4462. Décès annoncé dans Le petit Caporal du 5/12/1895, page 4. [↩]
  13. AD75,registre journalier d’inhumation 3/12/1895, page 20/31, numéro d’ordre 384. [↩]
  14. AD75, 1869, naissances, 12, page 6/32, acte 1585. [↩]
  15. France, registres protestants, 1536-1897.” FamilySearch. Société de L’histoire du Protestantisme Français (Society of the history of French Protestantism), Paris. Actes de baptêmes 1867-1882 Image 63/403 . [↩]
  16. AD75, 1886, mariages,12, page 10/31, acte 672. [↩]
  17. AD75,1887, naissances, 12, page 4/31 , acte 1938. “France, registres protestants, 1536-1897.”  FamilySearch.  Société de L’histoire du Protestantisme Français (Society of the history of French Protestantism), Paris. Actes de baptêmes 1883-1900, image 62/361 . [↩]
  18. Palmarès de la philotechnique. [↩]
  19. Palmarès de la philotechnique. [↩]
  20. Liste des lecteurs. [↩]
  21. Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine, 1878, Page 8 . [↩]
  22. Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine.,1889-12.  Page 248. [↩]
  23. Établis d’après les Palmarès, Recueil Association Philotechnique conservé par le département Philosophie, histoire, sciences de l’homme de la BnF. Le Bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire est numérisé de 1843 à 1952, il reprend une partie du palmarès des deux associations. [↩]
  24. Le pays du 14/1/1857. [↩]
  25. Bulletin de la société pour l’instruction élémentaire, 1859-03-01. [↩]

On parle toujours des bibliothèques populaires : bibliothèques populaires et inspections

Dans le dernier ouvrage publié par les Presses de l’enssib, Inspecter les bibliothèques (1822-2022), on trouvera deux contributions sur les bibliothèques populaires :

  • L’Inspection générale et les bibliothèques populaires : tentative de contrôle gouvernemental ou engagement pour l’instruction du peuple ? (1861-1888), par Anaïs Jacques 
  • L’« incident Ulysse Robert » à Saint-Mandé, par Agnès Sandras 

Parmi les premières lectrices de la Bibliothèque des Amis de l’instruction : Anna Angélina et Ernestine Germain

Depuis quelques années, nous nous penchons sur le réseau des premiers lecteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction du IIIe Arrondissement (BAI-III). Nous avons choisi pour des raisons évidentes de nous limiter à une première liste de soixante personnes. Toutefois, il nous arrive de temps à autre pour des raisons tout aussi évidentes de mettre à l’honneur d’autres lecteurs. Geneviève Deblock se penche par exemple sur les premières lectrices inscrites (voir ses précédents billets sur Anne Moriset et  sur Antoinette Godart). Ces femmes nous intéressent d’autant plus que le fait de s’inscrire personnellement sur les registres était significatif sous le Second Empire. Elles pouvaient s’inscrire pour apporter le soutien de leur notabilité à une bibliothèque populaire en construction (c’est le cas à Épernay où l’on retrouve un grand nom du Champagne et à Vernon avec la marquise d’Albufera). Les femmes de milieux populaires si elles étaient mariées bénéficiaient quant à elles de l’inscription de leur mari et leur nom n’était pas porté sur le registre. Ainsi, lorsqu’une lectrice de condition modeste s’inscrivait dans une bibliothèque populaire non confessionnelle alors que son mari était également lecteur, c’était le plus souvent pour montrer leur engagement commun dans une œuvre émancipatrice.Agnès Sandras
Les sœurs GERMAIN

Anna Angélina (1824-1895) et Ernestine (1828-1874)

par Geneviève Deblock

Parmi les trente-neuf femmes que comporte le registre dit des premiers lecteurs de la BAI-III[1], figurent les noms de deux sœurs, Ernestine et Angélina Germain. Elles se sont inscrites ensemble à la BAI-III après le 2 avril 1862, en compagnie de l’époux d’Ernestine, Alphonse Decarpentry : Mme Decarpentry figure au numéro 386 à la suite de son mari Alphonse Decarpentry, numéro 385, employé, 35 ans ; Angélina est enregistrée immédiatement après, au numéro 387, également sous son nom d’épouse, Mme Guillard. Leurs inscriptions ne sont suivies que de leurs adresses, 55 rue d’Allemagne pour la première, 86 Grand-Rue à Pantin pour la seconde, contrairement à Alphonse Decarpentry dont on lit aussi le prénom, le métier, employé, et l’âge, 35 ans. C’est probablement pour des raisons de discrétion que ni leur prénom, ni leur âge ni leur profession n’ont été notés.

Les deux sœurs sont institutrices libres. Elles sont issues d’une famille comptant plusieurs pharmaciens : leur grand-père, Alexandre Mouquet époux  de Jeanne-Marie Pasquier, leur père, Jean-Baptiste Germain époux de Virginie Mouquet (1788-1864), et leur oncle Gervais Chevé époux de Fanny Mouquet (1790-1822), institutrice[2].

Un grand-père pharmacien et révolutionnaire

Leur grand-père, Alexandre Mouquet (1761-1819) est pharmacien en chef et inspecteur des hospices civils de Paris. Très engagé durant la Révolution, il est secrétaire du Club des Amis de la Constitution de la ville de Lorient où il demeure alors, et il fait partie de ceux qui ont réclamé la destitution de Louis XVI. Les femmes assistent aux réunions du Club, et son épouse, « la Mouquet », est mentionnée parmi les participantes. Lors d’un soulèvement populaire en 1792 à Lorient suivi de l’assassinat d’un grand négociant de la ville nommé Jean-Louis Gérard, Alexandre Mouquet ne condamne pas ce meurtre, mais le déplore et prend la défense des citoyens arrêtés et emprisonnés à la suite de cet évènement : « malheureusement [la ville de Lorient] n’est plus vierge. Hier le sang a coulé par les mains du peuple. Depuis fort longtemps on accuse nos négociants d’égoïsme, on les accuse de tout sacrifier à leurs intérêts ». À la suite de ces évènements, il quitte Lorient et on le retrouve en 1793 à Toulouse, où il est pharmacien aux armées et membre du club des Jacobins de la ville. Là, sur la dénonciation du Thermidorien Estaden, il est incarcéré trois mois par ordre du Comité de sûreté générale, et libéré le 21 vendémiaire, an IV (sept. 1795), aucun délit caractérisé n’ayant été reconnu à son sujet[3].

En 1807, il édite une plaquette de 28 pages proposant une réorganisation nationale du service de la santé, dans laquelle il inclut officiers de santé, médecins, pharmaciens, sage-femmes, herboristes, dames de charité, Paris et province[4]. Il décède à 57 ans le 5 févr. 1819 à Gaillon (Eure), où il est pharmacien de la maison de détention.

Un père mort tôt

Le père de nos deux lectrices, Jean-Baptiste Germain (1788-1840), est aussi pharmacien. Fils d’un marchand parfumeur, il naît le 15 janvier 1788 à Castelnaudary. Il est nommé pharmacien aide major le 26 juillet 1811 à l’âge de 23 ans[5]. Il épouse la fille d’Alexandre Mouquet, Virginie (1788-1864), le 29 octobre 1814 à Paris, en l’église St Germain l’Auxerrois.

Le couple n’a des enfants que dix ans plus tard, probablement après une séparation due aux déplacements de Jean-Baptiste Germain comme le laisse supposer la mention « demeurant ensemble » inscrite dans l’un des actes de naissance de leurs filles. Il demeure alors dans l’Eure à Beaumont-Le-Roger, une commune d’environ 2000 habitants, à 30 km d’Evreux et 120 km de Paris[6]. Anna Angélina naît le 18 janvier 1824 et Ernestine le 15 mai 1828. Une troisième fille, Maria, née le 15 juillet 1830, décède très jeune en 1837.

Le 22 janvier 1840, Jean-Baptiste arrive à la succursale d’Avignon de l’Hôtel des Invalides (cette annexe de l’édifice parisien a été créée en 1802 pour accueillir les militaires blessés de l’expédition d’Égypte). Il y décède six mois plus tard, le 9 ou plus vraisemblablement le 22 juillet 1840, à l’âge de 52 ans. Il est alors pharmacien aide-major à l’armée d’Afrique[7]. On peut présumer que son décès ainsi que celui de sa troisième fille[8], Maria, à Toulon en 1837, soient dus à la malaria qui sévit alors en Algérie.

Une mère veuve et maîtresse d’institution

Selon la table de successions et absences conservée aux archives départementales du Vaucluse, sa veuve Virginie Mouquet vient retirer 120, 20 fr le 22 octobre 1840[9]. Elle s’installe alors avec ses deux filles à La Villette, dans la banlieue est de Paris, où elle ouvre la même année une institution de demoiselles, laïque et catholique[10]. Elle n’a pas vraiment le choix d’un métier à exercer pour vivre, car maîtresse d’institution est une des rares professions libérales offertes alors aux femmes. Mais l’ouverture d’une institution privée laïque destinée à l’éducation des filles de la bourgeoisie est un projet plein d’embûches. Cela demande la possession du brevet de capacité présenté par les instituteurs publics, ou bien la justification d’un bagage culturel. Ce sont aussi des entreprises commerciales et elles nécessitent une mise de fonds. Elles sont assez nombreuses, très diverses, plus ou moins rentables, et souvent peu stables d’une année sur l’autre. Elles sont soumises à l’inspection de dames nommées par le préfet, qui étudient la qualité de l’enseignement, la salubrité des locaux, et les mœurs du personnel[11].

Virginie Mouquet est munie d’un brevet d’enseignement primaire élémentaire qui lui a été décerné dans l’urgence à Avignon le 7 août 1840, on ne sait par qui. Elle a alors 52 ans, son mari est mort depuis quelques jours, Angélina a 16 ans, Ernestine a 12 ans. « Cette dame veuve d’un pharmacien militaire et mère de deux grandes demoiselles qui la secondent activement mérite par sa position la bienveillance du comité », est-il noté dans un état de situation des écoles de banlieue en 1843.

À cette date, le pensionnat est situé 3 rue de Nancy. Deux méthodes d’enseignement sont alors principalement pratiquées dans les écoles françaises, la méthode mutuelle propagée par les libéraux, qui repose sur un monitorat orchestré par le maître, et la méthode simultanée préconisée par les conservateurs, qui pratique la transmission directe par le maître aux élèves. Virginie Mouquet adopte la méthode d’enseignement simultané. Officiellement choisie par le ministre François Guizot pour l’importance qui est donnée à l’ascendant moral du maître sur ses élèves, celle-ci prend progressivement le pas sur la méthode mutuelle[12].

L’institution reçoit 33 élèves de 5 à 12 ans pour un prix moyen de 3 francs. L’hygiène y est assez bien observée, la santé des enfants et la tenue de classe sont bonnes. La culture générale est assez bonne. Les « devoirs religieux » consistent en prières, catéchisme et histoire sainte. Les matières enseignées sont épellation, lecture courante, écriture en gros, écriture moyen, grammaire, dictée, orthographe, arithmétique, géographie et histoire de France. Les enfants pratiquent quelques travaux d’aiguille, mais il n’y a ni cours de dessin ni gymnastique, et surtout le local est trop petit[13].

Les sœurs Germain se marient

Les deux sœurs se marient chacune à l’âge de 21 ans, à La Villette. L’acte de mariage d’Angélina date du 30 octobre 1845. Il nous apprend qu’elle est institutrice et qu’elle habite 55 rue d’Allemagne, actuelle rue Jean Jaurès à Paris, dans le 19e arrondissement. Elle épouse Jean Pierre Guillard, un professeur âgé de 29 ans originaire du Morbihan, demeurant 85 rue de Flandre[14].

Quatre ans plus tard, le 10 mai 1849, Ernestine Germain épouse Alphonse Alexandre Constant Decarpentry, fils d’un bijoutier, originaire de Valenciennes, commis négociant, demeurant 55 boulevard de Strasbourg à La Villette.

Elle a 21 ans , elle est mineure, se dit sans profession, et demeure 3 rue de Nancy avec sa mère, maîtresse de pension, « présente et expressément consentante », qui a alors 61 ans.

Nous connaissons les noms des témoins de ce mariage :

Pour Ernestine Germain, deux pharmaciens, confrères de son père, qui ont pu aider Virginie Germain au décès de son mari : Emmanuel Narcisse Beguin, 48 ans (1799-1864), demeurant 78 rue Montmartre, administrateur et ordonnateur du bureau de bienfaisance du 2e arrondissement[15], et un éminent chercheur, Joseph Bienaimé Caventou (1795-1877). Ce chimiste de 54 ans, est professeur à l’école de pharmacie et demeure à Paris, 23 rue Louis Le Grand. Il a été promu Officier de la Légion d’honneur le 27 avril 1845. Il a mis au point avec Pierre Joseph Pelletier le sulfate de quinine. Ce médicament devient incontournable lors de la conquête de l’Algérie, dans la lutte contre le paludisme au sein de l’armée comme parmi les populations civiles. Il est d’abord fabriqué dans le laboratoire de Pelletier, puis il s’industrialise rapidement dans les premières firmes pharmaceutiques françaises. Celles-ci alimentent l’armée et fournissent la France, mais aussi la Russie, l’Allemagne, l’Amérique[16].

Les témoins d’Alphonse Alexandre Constant Decarpentry sont un avocat, Antoine Marius Augustin Turrel (1800-1871)[17] et un instituteur de La Villette, Joseph Désiré Honoré Sole (1822-1877), 27 ans[18].

Angélina n’a pas d’enfant. Elle est la marraine des trois filles d’Ernestine et Constant Decarpentry : Virginie Angèle Eugénie née le 29 avril 1850, Antonia Angèle née le 13 juin 1851, et Henriette Esther Virginie (1853-1910), née le 14 février 1853, qui sera la seule survivante de la famille et la seule héritière lors du décès de sa tante en 1885. Institutrice libre, célibataire, elle décède à 57 ans le 6 sept 1910[19]. Les dates de décès de ses deux sœurs n’ont pu être retrouvées.

Des institutions pour jeunes filles

Entre 1853 et 1857, l’institution pour jeunes filles du 3 rue de Nancy à La Villette accueille entre 70 et 90 élèves payantes,  venant toutes de Paris. Un rapport d’inspection pour l’année 1855-1856 nous indique que la majorité des élèves sont externes. Il n’y a pas de professeur venant de l’extérieur, mais seulement trois sous-maîtresses dont les deux filles de la directrice, Angélina Guillard, 31 ans, entrée en 1841, Ernestine Decarpentry, 27 ans, entrée en 1843, et une ancienne élève de la pension, Melle Henriette Gallemant, 21 ans, entrée en 1850.

L’établissement est petit mais cossu. Il ne comporte pas de chambres, mais un dortoir éclairé la nuit d’une lampe à huile et chauffé, dans lequel couchent aussi deux maîtresses. Le lever se fait à 6h / 6h30 ; le coucher à 8h30/9h. Les enfants ont 8 heures d’étude et 4 heures de récréation par jour. Les travaux d’aiguille occupent une heure par jour. Les repas sont pris à la table de la directrice et des maîtresses, avec la même nourriture que celles-ci : trois repas chauds à 8h, midi, 18h, de la viande à un repas, souvent à deux. Les élèves vont à la messe tous les dimanches, accompagnées de leurs maîtresses. En ce qui concerne l’hygiène et la santé, les vêtements sont simples mais propres, et un médecin est attaché à l’établissement. En ce qui concerne la discipline, il n’y a pas de punition par privation de récréation entière ; des bons-points et une distribution des prix participent à l’émulation des élèves. Comme activités artistiques et de loisirs, on joue la comédie, costumée, avec des costumes des deux sexes, et les élèves peuvent apporter des livres[20]. Les sœurs Germain en empruntent-elles à la BAI-III pour leurs élèves ?

Mais la maison est trop petite, les classes mêmes sont trop étroites. Le local est salubre, mais une fabrique de bougies voisine donne des odeurs très désagréables. En 1857, madame Germain n’a pas de nouvelle autorisation pour cette maison. Elle doit rechercher un autre emplacement, et finalement deux nouvelles institutions voient le jour.

En 1858, Ernestine Germain, Mme Decarpentry, ouvre une école privée pour filles qui compte 35 élèves, 28 quai de Loire à La Villette, dans le futur 19e arrondissement. Puis elle déménage rapidement tout près de là, au 55 rue d’Allemagne, adresse qu’occupait déjà sa sœur lors de son mariage en 1845. Elle y reçoit 90 élèves en 1870[21]. Elle donne cette adresse lors de son inscription à la BAI-III, et elle y décède à l’âge de 55 ans le 14 févr. 1874[22]. Son mari, Alphonse Alexandre Constant Decarpentry décède dix ans plus tard à Tours, hôtel de la Boule d’or, le 6 septembre 1885[23].

De leur côté, Virginie Mouquet et sa fille Angélina ouvrent un pensionnat et externat de demoiselles dirigé par Mme Germain[24], 86 Grande-Rue-de-Paris à Pantin, puis rue de Paris, avec un très grand jardin pour la récréation des élèves[25]. C’est à cette adresse que décède Virginie Mouquet le 26 novembre. 1864, à l’âge de 76 ans[26].

Angélina déménage ensuite, toujours au centre de Pantin, 11 rue de Montreuil[27]. En 1870, l’école de Mme Guillard née Germain reçoit 60 filles payantes, dont 11 pensionnaires. La maison d’école est convenable. Il y a deux institutrices adjointes. Le rapport termine par les mots « Bien à tous égards ». C’est là qu’elle fait en 1874 une demande d’emploi d’inspectrice[28] qu’elle n’obtient pas. Mais en 1884, à l’âge de 60 ans, la médaille d’argent des instituteurs lui est décernée[29].

Lors du recensement de 1881, il est noté qu’elle est veuve. Son mari est donc décédé entre 1870 et 1881.

En 1886 , toujours 11 rue de Montreuil à Pantin, Angélina Guillard est à la tête d’une institution importante composée de quinze personnes, cinq institutrices et professeurs, dont une Polonaise et une Écossaise, 4 sous-maîtresses, une lingère, une infirmière, une femme de chambre, trois domestiques[30].

Elle décède le 26 janvier 1895[31]. Elle réside alors à Paris, 79 rue Manin, (19e arrondissement). Sa seule héritière est sa nièce Henriette Esther Virginie Decarpentry, aussi maîtresse d’institution, qui demeure avec elle[32]. Son  héritage s’élève à 10 540 francs, dont 9000 francs d’actions de la maison Banque Valdon et cie, rue du Louvre.

*****

[1] Pierre Farouilh et Danièle Majchrzak, « Registre des premiers lecteurs de la Bibliothèque des amis de l’instruction du IIIe arrondissement, édition critique », dans Agnès Sandras (dir.), Des Bibliothèques populaires à la bibliothèque publique, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, 2014.Le registre comporte 559 inscrits du 1er juillet 1861 au 3 juillet 1862.

[2] ADVP. Fanny Mouquet (1790-1822), institutrice, épouse en 1812 un pharmacien Gervais Chevé. Mariage à Paris en 1812.

[3] Alexandre Mouquet a possédé une officine à Lorient puis à Paris. Il a été inspecteur et pharmacien en chef des hospices civils de Paris pendant 8 ans. Vers 1802, son officine à Paris se trouvait Cour Batave n°8. Voir à son sujet : Mouquet, Alexandre, Motion proposée à la Société des Amis de la Constitution par Mouquet, l’un de ses membres, le premier juillet 1791,  [Lorient, 1791], 80,  7 p. ; Mouquet à Roland, le 17 sept. (AN F7 3682 18, Liasse 1792) ; Joseph-Marie Lequinio, Affaire de l’Orient . Instruction, [Paris], impr. De Guerin, 1792 ; Philippe MÜLLER, Clubs et clubistes du Morbihan de 1790 à 1795, Nantes, 1885. Selon Philippe Müller, il y avait aussi à Lorient une loge maçonnique pour les dames ; « L’assassinat de Jean-Louis Gérard, négociant lorientais (15 septembre 1792) », Richard M. Andrews, dans Annales historiques de la Révolution française, Année 1967, n° 189, p. 309-338

[4] A. Mouquet, pharmacien, Observations sur les lois relatives au diverses parties de l’art de guérir et moyens de remédier  aux abus qui en résultent…, Paris, Allut, 1807.

[5] L’Annuaire de l’état militaire de France pour l’année 1840, p. 562.

[6] AD 27.

[7] Almanach royal et national, 1840, p. 127.; Registres de réception des pensionnaires à l’hôtel des Invalides à Paris 1673 – 1796    Germain réception 1840 (SHD/GR/2Xy360), acte n° 243d  : « Germain, Jean, né le 15 janvier 1781[sic 1788 selon l’acte de mariage],pharmacien aide major à l’armée d’Afrique. Emploi à la succursale : pharmacien aide major. Reçu à l’hôtel le 22 janvier 1840. Mort le 9 Juillet 1840 [sic : le 22 selon l’acte de décès] ». Aide major est une fonction et non un grade militaire. Il est officier et a un brevet de lieutenant.

[8] AD 83. Marie Germain, décès le 23 octobre 1837 à Toulon.

[9] AD 84. 19 Q 2707, p. 96

[10] ADVP. D2T1 93 ; ADVP D2T1 98 ; ADVP D2T1 114

[11] Françoise Mayeur, L’éducation des filles en France au XIXe siècle, Perrin, coll. Tempus, 2008, rééd. de 1979

[12] Voir Sylvie Jouan, « Retour sur la querelle des méthodes pédagogiques au XIXe siècle : une analyse de l’argumentaire critique contre l’enseignement mutuel », Les Sciences de l’éducation – Pour l’Ère nouvelle, vol. 51, no. 1, 2018, pp. 87-109.

[13] ADVP : D2T1 98. Situation de l’institution en 1843.

[14] ADVP. Mariage le 30 oct. 1845.

[15] Selon son acte de décès, le 7 juin 1864, il est administrateur et ordonnateur du bureau de bienfaisance de son arrondissement et chevalier de la légion d’honneur.

[16] Voir : P.-J. Pelletier et J-B Caventou, « Lettre à MM. les membres de l’Académie royale des sciences, sur la fabrication du sulfate de quinine », Annales de chimie et de physique, t. 33, Paris, Crochard, 1826, p. 333 ; Émile Perrot, « Quinquina et quinine », dans Office national des matières premières végétales pour la droguerie, la pharmacie, la distillerie et la parfumerie, n° 25, Paris, Presses universitaires de France, 1930 ; Claire Fredj, (2016). « Soigner une colonie naissante : les médecins de l’armée d’Afrique, les fièvres et la quinine, 1830-1870 », Le Mouvement Social, 257, 21-45. https://doi.org/10.3917/lms.257.0021; La quinine et le quinquina, blog de Gallica.

[17] Marius Augustin Turrel (1800-1871), avocat, 49 ans, Paris, rue Montorgueil, n° 53.

[18] Joseph Désiré Honoré  Sole (1822-1877), 27 ans, instituteur communal, La Villette, place de l’Hôtel de ville, époux d’Elisabeth PRADEAU (1836-1873) maîtresse de pension.

[19] ADVP, décès d’Ernestine.

[20] ADVP, D2T1 114.

[21] ADVP, D2T1 213 ; ADVP,D2T1 87 ; D2T1 115 ; ADVP, D2T1 213.

[22] ADVP. Déclarants : son mari et David Boitel, 73 ans, employé, 84 quai de Valmy [hôpital St louis] ;  « fille de  [sans autres renseignements] » ; table des décès p. 131, décès le 14 févr. Institutrice. Absence de bien à déclarer (ADVP).

[23] AD37.

[24] ADVP : D2T1 87.

[25] Almanach des 40,000 adresses des fabricants de Paris et du département : contenant les noms et domiciles des principaux fabricants… / par A. Cambon, Janvier 1861

[26] Virginie Mouquet, décès le 26 nov. 1864. Déclarant, son gendre Decarpentry

[27] ADVP, D2T1 213 ; Almanach national : annuaire officiel de la République française pour … présenté au Président de la République  ; AM Pantin, https://patrimoine.ville pantin.fr/ark:/naan/a0115500733280utaj3/8cfb117d88., PANTIN, Recensement, 1881, p. 209.

[28] ADVP : D1T1 82, boîte F-G.

[29] En 1884, Angélina Guillard reçoit la médaille d’argent des instituteurs en tant qu’institutrice libre ; Bulletin administratif de l’instruction publique,1884, 36-623, p. 291 ; voir aussi le Dictionnaire F. Buisson.

[30] AD93. Pantin. Recensement 1886, p. 60 : https://archives.seinesaintdenis.fr/ark:/naan/a011552558619ITdbCs/bf651e8ea8

[31] ADVP. Décès de Angélina Germain.

[32] ADVP : DQ7 12790.

Une des premières lectrices de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction : Antoinette Célina Godart

 

Depuis quelques années, nous nous penchons sur le réseau des premiers lecteurs de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction du IIIe Arrondissement (BAI-III). Nous avons choisi pour des raisons évidentes de nous limiter à une première liste de soixante personnes. Toutefois, il nous arrive de temps à autre pour des raisons tout aussi évidentes de mettre à l’honneur d’autres lecteurs. Geneviève Deblock se penche par exemple sur les premières lectrices inscrites (voir son précédent billet sur Anne Moriset). Ces femmes nous intéressent d’autant plus que le fait de s’inscrire personnellement sur les registres était significatif sous le Second Empire. Elles pouvaient s’inscrire pour apporter le soutien de leur notabilité à une bibliothèque populaire en construction (c’est le cas à Épernay où l’on retrouve un grand nom du Champagne et à Vernon avec la marquise d’Albufera). Les femmes de milieux populaires si elles étaient mariées bénéficiaient quant à elles de l’inscription de leur mari et leur nom n’était pas porté sur le registre. Ainsi, lorsqu’une lectrice de condition modeste s’inscrivait dans une bibliothèque populaire non confessionnelle alors que son mari était également lecteur, c’était le plus souvent pour montrer leur engagement commun dans une œuvre émancipatrice.

Agnès Sandras

 

Antoinette Célina GODART (1839-1865) et son époux Émile Louis Honoré TANNEUR (1838-1865)

par Geneviève Deblock

Parmi les inscrits dans le registre dit des premiers lecteurs de la BAI-III, se trouve un jeune couple d’artisans, les époux Tanneur. Émile Tanneur, graveur, 23 ans, demeurant 41 boulevard Fontarabie, est enregistré sous le numéro 338 c’est-à-dire entre le 1er décembre 1861 et le 2 avril 1862. Madame Tanneur, nom d’épouse d’Antoinette Célina Godart, est enregistrée avec la même adresse un peu plus loin, sous le numéro 409. Ce numéro correspond cependant à une date antérieure, le 23 novembre 1861. En effet, l’ordre chronologique des inscriptions n’est pas toujours respecté. On peut en déduire, comme le proposent Pierre Farrouilh et Danièle Majchzrak, que le registre d’inscriptions est probablement la compilation de plusieurs listes préexistantes. Celles-ci auraient été ensuite recopiées dans un deuxième temps[1]. Les deux époux se sont donc inscrits séparément, mais les dates indiquées n’apportent pas d’informations plus précises. De même, comme on a pu le remarquer pour d’autres femmes, l’inscription de madame Tanneur ne donne pas d’autre information que son adresse.

La famille Godart

Antoinette Célina Godart est originaire des Ardennes. Elle naît le 28 décembre 1839 dans le petit village de Sainte Marie-et-Blaise, à 180 km de Paris.

Ses parents s’y sont mariés le 28 mai 1838[2], sans contrat de mariage. Son père, Nicolas Honoré (1815-1845), a alors 23 ans. Il est peigneur de laine, métier parmi les plus défavorisés. « Il en est qui travaillent quinze à dix-huit heures consécutives, et qui cependant ne peuvent encore parvenir à gagner un franc par jour », lit-on dans le journal provincial L’espoir du 3 novembre 1849[3]. Sa mère, Anne-Marie Buffet (1821-1897) a 17 ans. Elle est couturière. Née à Paris, elle est la fille naturelle d’Antoinette Busquet (1790-1856) une cuisinière originaire de Blaise et demeurant alors 107 rue St Honoré. Le père, Jean Marie Buffet (Reims, 1797- Vanves, 1862), un soldat du train d’artillerie de la garde royale caserné à l’école militaire, ne la reconnaît et ne lui donnera son nom que le 28 février 1838[4], juste avant qu’elle ne se marie.

Célina est l’aînée de trois filles. Ses parents quittent Sainte-Marie-et-Blaise peu de temps après sa naissance, et ses deux sœurs naissent à Paris. Marie Élisabeth Eulalie naît en 1842. Elle décède moins d’un mois plus tard en nourrice à Sainte-Marie-et-Blaise[5] . Élisabeth Alphonsine (1844-1887) naît en 1844 dans le quartier de la Madeleine, 44 rue de la Ferme-des-Mathurins, où son père est alors concierge[6]. Puis la famille déménage quartier Saint Paul, au 7 rue d’Ormesson dans le 4e arrondissement, où le père décède le 2 février 1845 à l’âge de 29 ans, à la suite d’une « très longue maladie dont les frais s’élevaient à 200 francs encore au moins à son décès » [7].

La mère de Célina, Anne-Marie Buffet, se remarie huit ans plus tard, le 18 juin 1853, avec Louis Amable Tanneur (1815-1883)[8]. Elle a 32 ans. Toujours couturière dans le 4e arrondissement, elle demeure 178 rue Saint Antoine. Elle reste proche de son père naturel, qui était « tailleur et marchand » en 1838, et qui prend Louis Amable comme témoin lors de son mariage en 1854[9]. Il est alors journalier.

La famille Tanneur

En 1853, Louis Amable Tanneur est âgé de 38 ans. Originaire de Seine-et-Marne (Fontenay-Trésigny, à 50 km de Paris), il est issu d’une famille de onze enfants dont le père est berger. Il est veuf de Cléophée Mulot, décédée à Paris le 16 janvier 1853 à l’âge de 39 ans[10]. Le couple formé par Célina et Louis Amable a eu également trois enfants. Les deux premiers sont nés à Belleville, Émile Louis Honoré (1838-1865)[11], futur époux de Célina Godart avec qui il adhèrera à la BAI-III, puis Félix Honoré Aimable (1840-1857)[12]. La troisième, Louise Céline Cléophée (1845-1859)[13] est née à Paris.

Arrivés d’abord à Belleville entre 1837 et 1840, où Louis Amable était jardinier, ils se sont ensuite installés à Paris dans l’ancien 11e arrondissement, près du cimetière du Père Lachaise. En 1845, ils demeurent 113 rue de la Roquette[14] ; en octobre 1846, ils signent un bail de neuf ans[15] avec un entrepreneur de monuments funéraires dénommé Nicolas Vacheron pour un appartement situé 38 rue de la Folie-Regnault : une pièce servant de bureau en rez-de-chaussée et deux chambres au 1er étage, avec un petit terrain[16]. Louis Amable est alors marchand marbrier et, toujours jardinier, il s’occupe de l’entretien de tombes. Il est également garde national. On trouve en effet mention d’une tunique de garde national dans l’inventaire de ses vêtements établi à l’occasion du décès de sa première épouse. Plus tard, lors de la Commune de Paris, alors qu’il a 56 ans, il pourrait faire partie d’un groupe de gardes du 66e bataillon fédéré mentionné dans le Journal officiel de la Commune, qui signale le dévouement de Marguerite Guinder, femme Lachaise [17].

Le nouveau couple formé par Anne Marie Buffet et Louis Amable Tanneur conserve l’appartement du 38 rue de la Folie-Regnault avec cinq enfants issus des deux lits. La famille est encore confrontée à une succession d’épreuves. Après le décès à 66 ans de la mère d’Anne-Marie, Antoinette Busquet, qui vivait à la même adresse, Félix Amable Honoré meurt en 1857 à l’âge de 17 ans, puis sa sœur Louise Céline Cléophée en 1859 à l’âge de 14 ans. Le frère de Louis Amable, Jean Louis Maximilien demeurant tout près au 140 rue de la Roquette[18], décède en 1859 d’un cancer du foie. Anne Marie et Louis Amable ont eux-mêmes deux enfants, qui meurent en bas âge : Léon Louis Marie Tanneur (1855-1856)[19], puis Céline Louise Tanneur (1861-1863)[20] dont le parrain et la marraine sont Émile Tanneur et Célina Godart. Celle-ci signe au bas de l’acte de baptême « f. Tanneur » pour femme Tanneur.

Antoinette et Émile

En 1858, Émile Louis Tanneur a 20 ans. Il demeure 140 rue de la Roquette[21]. Comme la grande majorité de sa classe d’âge, il sait lire et écrire, mais il ne sait pas compter (niveau d’instruction 1, 2). Il est exempté de ses obligations militaire (des varices, et une hernie inguinale à droite)[22]. Le mariage du jeune couple est célébré le 11 mai, d’abord civilement puis religieusement à Saint Ambroise[23], après un nouveau déménagement de la famille, dans la même rue de la Folie-Regnault, au numéro 44 où ils deviennent alors propriétaires. Célina Godart a 19 ans, elle est modiste. Émile Tanneur est graveur sur marbre.

Les quatre témoins du mariage sont deux membres de la famille et deux amis de la famille : pour l’époux, son grand-oncle par alliance, Louis Thirion[24], époux de Gertrude sa tante paternelle, et un ami de la famille, Pierre Antoine Victor Lecomte, marbrier, que l’on retrouve plus tard dans d’autres circonstances de la vie familiale.

Pour l’épouse, le premier témoin est son grand père, Jean-Marie Buffet demeurant au Grand Montrouge[25], quoiqu’il soit déclaré comme ami sur l’acte de mariage. Le second témoin est Pierre Charles Lardeau[26], le concierge du 44 rue de la Folie-Regnault. Il était témoin de Anne-Marie Buffet le 18 juin 1853, lors de son mariage avec Louis Amable Tanneur. Il est encore témoin lors de la déclaration de naissance d’Alphonsine Pauline Tanneur en 1860, et lors de celle de Célina Louise Tanneur en 1861.

En 1859/60, et peut-être depuis plus longtemps, Émile Louis Tanneur suit les cours du soir de la société Philotechnique[27]. Il a 21 ans. Il est marié depuis 1 an et demi. Ses professeurs en dessin linéaire et lavis sont Proal, Tripon et Fouché. On retrouve son nom lors des distributions des prix aux côtés de plusieurs autres élèves, dont deux figurent comme lui sur le registre de la BAI-III : en dessin linéaire, Henri François Michel [voir la fiche MICHEL] lecteur à la BAI-III n° 16 et Armand Chevigny tous deux employés au service du plan de Paris, reçoivent le 1er prix ex-aequo en dessin linéaire ; Felix Keller commis architecte, reçoit le 2e prix ; Noël Combey menuisier en fauteuils et lecteur n°157 à la BAI-III, reçoit le 3e prix ; Émile Tanneur, la 1e mention, Charles Sprewitz, ébéniste, la 2e mention, François Joseph Drechesler, commis de magasin, la 3e mention, Alexandre Moutiers, graveur sur métaux, la 4e mention, Stéphane Farque commis architecte. De même, pour les cours en Lavis : 1er prix Felix Keller, 2e prix Émile Tanneur, 3e prix Michel, 1e mention Monnot, commis architecte, 2e Chevigny, 3e Drechesler, 4e Louis Marchese commis aux écritures, 5e Sprewitz, 6e Farque.

C’est aussi en 1859, que le jeune couple déménage au 157 rue de la Roquette, toujours dans le 11e arrondissement, où naît leur fille Louise Antoinette Valentine (1859-1937)[28]. Le grand-père Louis Amable et la grand-mère par alliance Anne-Marie Buffet sont les parrain et marraine. Une deuxième fille, Alphonsine Pauline, naît en août 1860, mais elle décède en novembre[29].

En 1861, ils déménagent de nouveau. Ils vont habiter au 41 boulevard Fontarabie, dans le 20e arrondissement, toujours près du cimetière du Père Lachaise, mais plus au nord, et ils s’inscrivent à la BAI-III.

Mais en 1865, Émile décède le 8 janvier dans un appartement qu’ils avaient loué au 79 Boulevard Beaumarchais[30], et Antoinette Célina décède le 14 mars chez ses parents, au 44 impasse de la Folie-Regnault[31], à la suite de plusieurs maladies selon l’inventaire après décès.

Au cœur du réseau socio-professionnel de la BAI-III

Pour statuer sur la situation de Louise Valentine Tanneur devenue orpheline, un conseil de famille est constitué le 1 juin 1865 devant le juge de paix. Puis, un inventaire après décès des biens de ses parents est établi [32] sur la demande du grand père, tuteur de droit de sa petite fille. Les deux documents juridiques permettent de mieux appréhender la position et la vie de ce jeune couple d’artisans dans les années 1860.

Le conseil de famille entourant le tuteur doit être composé « des parents et alliés de l’enfant, et à défaut de parents ou alliés en nombre suffisant, des amis ». Or, aucun parent n’en fait partie, et, signe de la solidarité existant entre voisins et petits artisans indépendants, il est entièrement composé d’amis : six marbriers demeurant tous dans le quartier de la Roquette, et l’on peut imaginer, compagnons de travail de Louis Amable et de son fils, trois représentant la ligne paternelle, et trois représentant la ligne maternelle, dont un subrogé tuteur, François Thérèse Adolphe Cabot originaire comme les Tanneur et les Mulot de Fontenay-Treigny, et donc vraisemblablement cousin éloigné ou ami de la famille[33]. Parmi ceux-ci, un entrepreneur de monuments funèbres, Pierre Antoine Victor Lecomte qui pourrait être le lecteur n° 220 inscrit sur le registre dit des lecteurs de la BAI-III. Il demeure dans le quartier de la rue de la Folie-Regnault, au 167 rue de la Roquette en 1858, et après une faillite au 7 rue Saint-Maur en 1865. Il a aussi été témoin au mariage d’Émile Louis Honoré et Antoinette Célina. Il a accompagné Louis Amable en 1865 pour la déclaration du décès de son fils. Il décède à l’âge de 61 ans le 13 mars 1866, et ce sont Louis Amable Tanneur et Auguste Lacave, autre membre du conseil de famille, qui vont déclarer son décès[34].

L’inventaire après décès du jeune couple[35] décrit un mobilier en acajou, simple mais plutôt cossu, prisé 680 francs, dans « un appartement [une pièce] que Mme Tanneur-Godart occupait lors de son décès […], passage de la Folie-Regnault » (Le loyer de l’appartement 79 boulevard Beaumarchais, où est décédé Émile Louis Honoré, a été réglé par Louis Amable). À la différence de l’inventaire après décès de la mère d’Antoinette Célina, le jeune couple possède aussi parmi le mobilier une guitare, l’instrument de musique qui remplace le piano pour les classes moyennes et populaires, et une importante bibliothèque de soixante volumes. Prisée 40 francs, elle est composée de classiques, d’ouvrages d’écrivains contemporains, de poésie, et semble-t-il de musique : « 30 volumes reliés, œuvres de Raspail, Boileau, Racine, Lamartine, Nouvier[e][36], Boretti, La Bédoyère, Chateaubriand, Molière ; 30 volumes brochés, œuvres de George Sand, Balzac, Lord Byron, Sainte-Beuve, Rabelais, Théophile Gautier, et Brantôme ».

Parmi les écrivains mentionnés, Marcel Nouvière est un auteur de vaudevilles et de comédies populaires jouées dans les années 1850. Le jeune couple a pu assister à une des représentations de son vaudeville Ninon et Ninette, donné pour la première fois à Paris, au théâtre des Folies dramatiques, boulevard du Temple, le 5 octobre 1858.

Enfin, le lien est maintenu avec les Ardennes, province d’origine de la famille Godart : la maison de Saint-Blaise a été conservée, et Louise Valentine en est héritière avec sa tante Elisabeth Alphonsine.

Louise Valentine, est élevée par ses grands-parents, tous deux propriétaires. Elle épouse le 6 août 1878, à Paris, 11e arrondissement, à l’âge de 19 ans, Constant Médéric Marchand. Elle est couturière, il est employé de commerce et il a 29 ans.

Louis Amable décède le 3 avril 1883, à l’âge de 68 ans, passage de la Folie-Regnault, où il est toujours marbrier. Son épouse Anne-Marie Buffet décède à l’âge de 76 ans le 23 novembre 1893, 49 rue Ledru Rollin dans le 12e arrondissement, où elle demeure avec Louise Valentine et son mari.

En 1886, la sœur d’Antoinette Célina, Elisabeth Alphonsine Godart, épouse Joseph Auguste Cozette[37]. Elle a 42 ans, elle est fleuriste, et l’un des témoins du mariage est un ami, Edmé Alexandre Christophe, frère de Clémentine Miche lectrice n° 262 et cousin de Jean Chardar, lecteur n° 4 et Charles Chardar, lecteur n°92 [Voir la fiche Jean CHARDAR].

***

[1] Pierre Farouilh et Danièle Majchrzak,, « Registre des premiers lecteurs de la Bibliothèque des amis de l’instruction du IIIe arrondissement, édition critique », dans Agnès Sandras (dir.), Des Bibliothèques populaires à la bibliothèque publique, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, 2014.

[2] Mariage Godart Buffet le 28 mai 1838 à Sainte-Marie-et-Blaise, Ardennes (AD8).

[3] L’espoir, journal provincial de l’arrondissement de Rethel, Ardennes (AD8).

[4] Anne-Marie Buffet, Paris, acte de naissance reconstitué (ADVP).

[5] Marie Elisabeth Eulalie GODART (1842-1842), Naissance Décès le 6 avril à Sainte-Marie-et-Blaise (Ardennes), décès à 3 semaine et 2 jours (AD8). La mise en nourrice en province, ici dans la famille, est une pratique très répandue.

[6] Elisabeth Alphonsine Godart, naissance le 14 août 1844 dans le 8e arrondissement, 44 rue de la ferme des-Mathurins. Baptême Le 15 août, Paroisse de la Madeleine (8e arrondissement).

[7] Contrat de mariage du 3 juin 1853 (AN MC/ET/LXXXIX/1344) ; table des décès (ADP : DQ8 799).

[8] Mariage de Louis Amable Tanneur et Anne Marie Buffet, le 18 juin 1853 à Paris, 4e arrondissement (ADP).

[9] Mariage de Jean-Marie Buffet et Marie-Marceline Champenois, le 15 juillet 1854 (ADP).

[10] Mariage de Louis Amable Tanneur fils de Georges Louis Pierre TANNEUR et de Anne Elisabeth BODEAU, et Cléophée Mulot, le 29 mai 1837 à Chaumes-en-Brie, Seine-et-Marne (AD77). Décès de C. Mulot à Paris le 16 janvier 1853 (actif de la communauté : 2543fr25, dont la moitié pour la succession, plus une maison avec jardin en Ardennes).

[11] Émile Louis Honoré (1838-1863) naît le 25 mars 1838 à Paris. Il est baptisé à Saint-Jean Baptiste de Belleville (ADP).

[12] Félix Honoré Aimable Tanneur naît le 22 mars 1840 à Belleville où son père, jardinier, demeure rue des Amandiers. Il est baptisé le 29 mars à Saint-Jean-Baptiste De Belleville (ADP D6J 2406), et décède le 17 juin 1857, 38 rue de la Folie-Regnault (ADP, actes d’état civil reconstitués).

[13] Louise Céline Cléophée Tanneur née le 16 février 1845 à Paris, 113 rue de la Roquette, 8e arrondissement, décédée à la même adresse le 25 mai 1859, à Paris, 8e arrondissement (ADP).

[14] Naissance de leur fille.

[15] Pour un loyer de 300 francs par an.

[16] Cléophée Mulot, inventaire après décès, chez le notaire Alexandre Pierre Le Comte (AN.MC/ET/LXXXIX/1340).

[17]Voir le Maitron.

[18] Adresse de son oncle Jean Louis Maximilien (1796-1859), hospitalisé à l’hôpital de la Charité de juin 1858 à janvier 1859, où il décède le 6 janvier 1859 d’un cancer du foie (ADP, actes reconstitués ; APHP, archives numérisées).

[19] Leon Louis Marie TANNEUR , baptisé le 28 novembre 1855 à Sainte Marguerite, Paris, décédé le 19 avril 1856, à 4 mois, en nourrice à Chantôme de Binas, Loir et Cher, chez François COUTOUX, jardinier

[20] Céline Louise TANNEUR (1861-1863)[20], née le 28 janvier 1861.

[21] Adresse de son oncle Jean Louis Maximilien (voir plus haut).

[22] Tableau de recensement de la classe 1858 (ADP, D1R1 99).

[23]Mariage (ADP).

[24] Louis Isidore Thirion (1814-1898), épouse le 2 juin 1838 Gertrude Tanneur (1813-1898) sœur de Louis Amable, à Coubert, Seine-et-Marne (AD77). Il est alors manouvrier, elle est domestique

[25] Il était tailleur et il demeurait à Paris, 4e arrondissement, lorsqu’il a reconnu sa fille Anne-Marie Buffet le 26 mai 1838, puis journalier lors de son mariage avec Champenois Marie Marceline le15/07/1854, à St Jacques du Haut. Louis Amable était un de ses témoins (ADP).

[26] Pierre Charles Lardeau, (1796-1868). Estropié de la main droite, il est exempté du service militaire en 1816 (ADD1R1/8). Il épouse Anne-Marie Borel le 3 mars 1817 à Paris, Saint-Paul-Saint-Louis. Il est témoin le 18 juin 1853 au mariage de Louis Amable Tanneur et Anne Marie Buffet, témoin à la naissance de Alphonsine Pauline Tanneur en 1860 (1860-1860), puis à celle de Céline Louise Tanneur en 1861 (1861-1863), fille de Louis Amable et Anne Marie BUFFET, décédé le 10 février 1868 à l’âge de 72 ans au 44 rue de la Folie-Regnault/ 4 passage de la Folie-Regnault où il est concierge, Fichier des électeurs de Paris, 1866(AD D4M2 5).

[27] Voir Des liens historiques étroits entre les premières Bibliothèques des Amis de l’instruction et l’Association philotechnique, Louise Oudin et Agnès Sandras.

[28] Naissance de Louise Antoinette Valentine le 5 septembre 1859 à Paris ; baptême le 7 septembre, 157 rue de la Roquette (ADP).

[29] Alphonsine Pauline Tanneur (1860-1860) née le 26 aout 1860, rue de la Roquette, n° 157, père graveur, 22 ans mère, 20 ans, modiste ; décès le 10 nov. 1860 à Dixmont (Yonne), canton de Villeneuve-sur-Yonne, chez François LEMERLE, manouvrier.

[30] Émile Tanneur, décédé le 8 janvier 1865, 26 ans, en son domicile Bd Beaumarchais, n° 79. Pierre Antoine Lecomte, marbrier, 60 ans, rue St Maur, n° 7 accompagne Amable Tanneur lors de la déclaration.

[31] Antoinette Célina décède le 14 mars 1865, 25 ans, sans profession, à son domicile 44 rue Folie-Regnault et passage Folie-Regnault, n°4, 11e arrondissement. Les déclarants : son beau-père Louis Amable Tanneur, 49 ans, propriétaire, 44 rue de la Folie-Regnault, Sosthène Lefevre de Sainte Marie, 26 ans, employé, Paris, rue St Louis, n° 26.

[32] Inventaire après décès de ses parents, Paris, par M Charles Louis Morel d’Arleux le 14 juin 1865, n° 725 (AN MC/ET/CI/1360).

[33] Conseil de famille Tanneur  devant le juge de paix, 1 juin 1865 (ADP D8U1 149) :

« Pour composer la ligne paternelle :

  1. François Damien marbrier, demeurant à Paris, rue de la Roquette n° 113, ami
  2. Pierre Antoine Victor Lecomte [Lecteur n° 220 ?] marbrier demeurant à Paris rue St Maur Popincourt, n° 7, ami
  3. Auguste Lacave, marbrier demeurant à Paris rue de la Roquette, n°158, ami

Pour composer la ligne maternelle

  1. François Thérèse Adolphe Cabot, marbrier, demeurant à Paris, rue de la Folie-Regnault, 44, ami
  2. Michel Blanchon marbrier, Paris, rue de la Roquette, n°161, ami
  3. Jean Bordes, marbrier, Paris, rue de la Roquette, n° 169, ami*
  4. Nomination d’un subrogé tuteur, à l’unanimité François Thérèse Adolphe Cabot», rentier, décédé le 23 juillet 1873, passage de la Folie-Regnault, né à Fontenay-Tresigny , (Seine-et-Marne).

[34] Pierre Antoine Victor Lecomte : Gazette des tribunaux, 23 mars 1859 ; décès à Paris le 13 mars 1866.

[35] Inventaire après décès. Maison sise passage Folie-Regnault, n°4 et impasse n° 44 :

 « Dans une pièce au premier étage éclairée par une fenêtre donnant sur la cour,

  • Un dessin dans un cadre doré, un autre dans un cadre de bois peint, un Christ, aussi encadré de bois peint et une gravure dans un cadre doré, prisés 40 f.
  • Une pendule en zinc doré, monocylindre en verre, prisée 25 f.
  • Une table ovale en acajou prisée 30 f.
  • Une armoire à glace en acajou prisée 80 f.
  • Un buffet bibliothèque en acajou prisé 120 f.
  • Une table de nuit en bois… prisée 3 f.
  • 4 chaises … de paille prisées 6 f.
  • Une guitare prisée 7 f.
  • Une couchette en noyer, une paillasse, un lit de plume, deux matelas, un A…., deux oreillers, une couverture en laine, un édredon et une descente de lit, prisés 120 f.
  • Total : 431 fr.

Dans le buffet bibliothèque,

  • Un plat, une cuiller à …..en fer battu, six verres, une carafe, une Salière et trente-cinq pièces en porcelaine et faïence (plats, soupières, assiettes, tasses et soucoupes), prisés 3 fr., trente volumes […]

En évidence

  • Une petite fontaine prisée 3 fr.

Linge

  • huit draps en toile et coton, huit taies d’oreiller, en coton, six rideaux de vitrage, en mousseline brochée, prisés 35fr.
  • Huit serviettes, une nappe en toile, une toile à matelas, douze torchons, deux tabliers en indienne, prisé 12 fr.
  • Deux petites couvertures en laine prisées 6 fr.
  • Habits, linge et hardes du sieur Tanneur. Six chemises en coton, une blouse en toile grise, un paletot en drap noir, un autre en drap gris, un autre en velours, un gilet gris clair, un gilet en drap noir, trois pantalons drap noir et de fantaisie, deux paires de bottines, sept paires de chaussettes, laine et coton, dix mouchoirs en toile, trois en coton, deux cravates, douze faux-cols, trois bonnets de coton, prisés 70 fr.
  • Habits, linge et hardes de la défunte dame Tanneur. Neuf chemisiers, quatre camisoles, trois pantalons, six paires de bas, deux paires de bottines, dix jupons blancs et de laine, un schal (sic, châle) noir, quatre autres robes en laine et en étoffe d’été, deux chapeaux, trois paires de manches, huit cols de lingerie, un petit schal (sic, châle ),une alliance en or, prisé 85 fr.

Total des objets : 685 »

[36] Marcel Nouvière, Ninon et Ninette en collaboration avec Léon Beauvallet (1828-1885) et de Jallais

[37] Elisabeth Alphonsine Godart, Mariage à 44 ans le 12 octobre 1886 avec Joseph Auguste COZETTE, 49 rue de Panoyaux(ADP)

 

 

 

 

Quand Alexandre Dumas et une bibliothèque populaire contribuaient à la réputation … du melon de Cavaillon ! (1/3)

Chromo – Chocolat Félix Potin – Le melon – 1900 – Médiathèque de Roubaix-  Cote : IMA_CI04_L3_D021. Bibliothèque numérique de Roubaix : https://www.bn-r.fr/ark:/20179/BNR136861

En 1864, Alexandre Dumas obtient de la ville de Cavaillon (Vaucluse) une rente annuelle de douze melons contre l’envoi de ses ouvrages à la bibliothèque locale. La presse s’empare de cette nouvelle qui constitue encore aujourd’hui, dans les journaux comme sur Internet, un véritable marronnier. Au-delà de l’anecdote amusante, le troc de douze melons contre des romans populaires recèle bien des enseignements sur les débuts des bibliothèques populaires (car on le verra dans de prochains billets la bibliothèque locale est populaire, et cela a son importance dans le don de Dumas et les réactions des journaux), les effets de mode dans la presse satirique du Second Empire, et la relation du public aux romanciers populaires. Continuer la lecture de « Quand Alexandre Dumas et une bibliothèque populaire contribuaient à la réputation … du melon de Cavaillon ! (1/3) »

Les “Bibliothèques Populaires” de René Bazin (1908)

En 1908, dans La Revue française politique et littéraire, l’académicien René Bazin décrit une bibliothèque populaire parisienne et son atmosphère au moment du prêt de livres. Je vous laisse d’abord découvrir ce texte et vous propose ensuite quelques éléments de réflexion à son propos. Continuer la lecture de « Les “Bibliothèques Populaires” de René Bazin (1908) »